5/02/2012

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #88
1er Mai 2012

Sommaire

Les langues locales, un véritable outil pour soutenir les pratiques agricoles durables

Message de l’équipe éditoriale


La mondialisation s’est imposée, pour le meilleur et pour le pire. Elle apporte avec elle des éléments positifs, des échanges interculturels, le partage des connaissances, entre les peuples de la planète, de nouvelles formes de solidarité. La conscience progresse en quoi nous formons une seule humanité, et que nous disposons d’une seule planète, avec des ressources limitées. Mais la globalisation économique ne respecte rien. Ce que nous appelons le néolibéralisme provoque des crises de diverses natures, financières, économiques, politiques, environnementales et sociales. Les effets négatifs s’accumulent, et aujourd’hui ils sont mieux connus.

Un effet négatif de la mondialisation résulte des guerres de conquête et de la domination coloniale des siècles derniers. Elles ont imposé leurs langues, leurs références culturelles, et trop souvent leurs propres religions, avec des impacts destructeurs sur la majorité des langues et des cultures du monde. Chaque année, des langues disparaissent et sont perdues à jamais! Aujourd’hui les nouvelles formes de «conquête» sont le fait de grands médias culturels dont la «lucrativité» est le but. Ils refont l’histoire, défigurent la réalité, formatent une culture de masse, dès le plus jeune âge. Un seul exemple en rapport avec cette livraison du Bulletin : qu’a donc à voir la Pocahontas de Walt Disney avec la réalité du choc culturel imposé aux cultures amérindiennes aux XVIII °et XIX° siècles ?
Mais la résistance et la riposte s’organisent, souvent par le biais d’un développement local endogène. Présentement dans tous les continents, les populations locales se réapproprient leurs propres cultures avec fierté. Les langues et les cultures comme des organismes vivants doivent se développer et se reproduire, autant que les autres formes de vie de notre planète. Les valeurs, les mythes, mais aussi les cultures techniques traditionnelles, appropriées aux ressources naturelles des lieux, sont une voie de réappropriation tout à fait pertinente. Dans un grand nombre de milieux, langues et cultures deviennent aujourd’hui le vecteur de leur auto-développement. À cet effet, les langues locales tant décriées par les colonisateurs peuvent devenir un des véritables leviers forts du développement local durable.

Dans ce numéro, Judith illustre cette approche avec l’exemple de l’Institut Africain de l’Alimentation et du Développement durable au Mali qui aide les femmes agricultrices du peuple bambara à enrichir leur langue afin de s’approprier des aspects scientifiques dans leur propre langue plutôt que d’utiliser la langue du colonisateur (le français dans le cas présent). Les cultures locales témoignent de la vitalité dont les femmes sont capables pour se faire entendre quand elles y sont décidées. Elles renouvellent la preuve que la diversité est le véritable fondement de l’universalité humaine.

La culture de masse ne passera pas! Nous sommes à la fin d’une ère de domination de près de cinq siècles. Le développement holistique des communautés est en train de reconstruire le capital social local pour permettre la continuité de la vie. Ce renouveau, s’il réussit à relier la fierté de l’héritage avec l’ouverture (plutôt que les murs érigés contre les voisins que l’on voit trop souvent se dresser), dans un monde interdépendant, peut reconstruire les solidarités sur les bases de la biodiversité naturelle et culturelle.

Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

Les langues locales, un véritable outil pour soutenir les pratiques agricoles durables

Par Judith Hitchman


Un aspect du colonialisme, qui est souvent négligé est la manière dont les langues autochtones ont été marginalisées et supplantées par les trois langues qui dominent encore aujourd'hui la plupart des régions de la planète : l’anglais, le français et l’espagnol. Dans certains cas, comme en Irlande, il y a eu une période de l'histoire pendant laquelle les gens qui étaient surpris à parler leur langue maternelle ont été condamnés à la peine de mort!

Cet article porte essentiellement sur la manière dont les langues locales en Afrique peuvent devenir un outil puissant d'autonomisation. Il montre également comment le travail dévoué d’organisations peut aider à développer les outils linguistiques de développement local durable dans des collectivités qui ont souvent été négligées. Un bel exemple de ce travail est avec des femmes agricultrices bambaras au Mali, dont beaucoup sont analphabètes.

Le bambara est l'une des principales langues parlées au Mali avec le peul et le mandingue. Par contre, la langue officielle utilisée dans l'éducation formelle est toujours le français. Comme dans de nombreux autres pays africains, cela signifie qu’à moins d’avoir fréquenté l'école secondaire, la maîtrise de la langue dominante (l'anglais, le français ou le portugais, selon le colonisateur) est souvent très limitée. C’est également l'une des raisons pour l’introduction d’une langue commune — le kiswahili — dans plusieurs états de l'Afrique orientale, car elle permet une meilleure communication entre les peuples, bien que l'éducation soit toujours en anglais dans cette région du continent. Dans de nombreux pays africains, dont le Mali, les femmes ont traditionnellement été particulièrement pénalisées : les jeunes filles sont souvent retirées de l'école plus tôt que les garçons, soit à la fin du primaire, si ce n'est pas plus tôt afin de prendre les tâches traditionnelles de l'agriculture, la corvée d'eau du puits, la cuisine et autres tâches ménagères.

Un aspect du monde technologique d'aujourd'hui est que la science et la soi-disant «vérité scientifique» sont utilisées pour imposer beaucoup de choix inacceptables tels que l’accaparement de terres et les semences OGM aux petits agriculteurs analphabètes. Cette histoire relate comment un groupe de femmes agricultrices du Mali s’est pris en charge, les rendant capables de parler aux scientifiques, aux ONG de développement et aux politiciens. Elles ont ainsi pu affirmer leurs points de vue dans toutes les discussions. Cette histoire montre comment le développement du langage local contribue à recréer un «lien manquant» qui permet aux savoirs traditionnels d'être mieux valorisés et reconnus par les scientifiques.

Assétou Samaké a fondé en 2009 l'Institut africain de l'Alimentation et du Développement Durable (IAD) qui emploie cinq personnes. Deux sont des spécialistes de l’enseignement des sciences, spécialisés dans le développement de programmes d’études en bambara, un est spécialiste en éducation environnementale et activités de loisirs pour les enfants, un autre est botaniste, avec une spécialisation en génétique des plantes, ainsi qu’un technicien dans la riziculture. L'Institut a développé un certain nombre de partenariats stratégiques, y compris avec l’association N’Ko pour la défense des langues locales et la promotion de la culture, l'Association des Organisations Professionnelles Paysannes (AOPP), la coalition pour la protection du patrimoine génétique africain, et l'Université de Bamako, dans le but de développer les langues nationales comme outil et comme soutien à l'apprentissage. Ce travail à son tour contribue à renforcer la compréhension et le partage des connaissances entre les différentes personnes travaillant dans un domaine donné tel l'agriculture. L'objectif global est de développer une communication scientifique dans les langues locales.

Le lien manquant

L'IAD a développé une pédagogie active universitaire dans les communautés rurales paysannes. Les deux communautés, universitaires et paysannes, se retrouvent autour d'un sujet d'apprentissage commun dans l'objectif d'échanger les savoirs, mais aussi de trouver des solutions partagées. Cette démarche commune a permis de mesurer le grand fossé qui existe entre les universitaires maliens qui parlent à la fois le français et le bambara et les communautés rurales qui ne parlent que le bambara. Même si deux communautés possèdent des savoirs très opérationnels, il n’avait pas été possible de les fédérer, ni de créer une synergie.

La principale difficulté était la faiblesse de vocabulaire scientifique.

L’expérience de pédagogie active des universitaires dans les communautés rurales les a poussés à élaborer des mots scientifiques pour faciliter les échanges entre les communautés. Ils ont commencé avec les végétaux car le centre d'intérêt est l'agriculture; les communautés paysannes possèdent beaucoup de savoirs dans le domaine agricole. En général, les femmes en savent beaucoup, car ce sont elles qui transmettent les connaissances aux nouvelles générations.

L’IAD continue à travailler dans les villages. L'objectif final est d'élaborer un lexique en bambara sur les objets biologiques, car cela est indispensable pour que les paysans puissent comprendre et avoir accès aux connaissances en cours sur les sciences du vivant, notamment les sciences et métiers des semences à cause du développement fulgurant de la biotechnologie dans l'agriculture.

En travaillant en étroite collaboration avec les agricultrices dans le domaine (au sens propre et figuré), Assétou et son équipe ont aidé à construire un nouveau vocabulaire scientifique complet en bambara. Elles ont créé des expressions qui correspondent à la langue utilisée par les scientifiques, et progressivement enrichi la langue avec des expressions qui ne sont pas «importées», comme c'est généralement le cas, mais plutôt créé de nouvelles expressions dans une langue qui est largement basée sur des images et des gestes qui existent déjà (le bambara est une langue très figurative, c'est donc un processus complexe).



Alimata Traoré, agricultrice de la région de Sikasso au Mali, prend la parole lors de la rencontre satellitaire entre le DFID et les membres du Parlement britannique, Accra, janvier 2012, photo de Michel Pimbert

En quelques années seulement, les effets sont tout à fait remarquables. Combiné avec le soutien apporté par leurs partenaires, les femmes sont devenues très organisées dans leurs propres structures de coopération. Elles ont construit un réseau efficace et une chaîne qui leur permettent de produire, stocker et commercialiser leurs produits de manière à assurer une valeur ajoutée et de meilleurs prix. Elles peuvent discuter avec des scientifiques, et de manière cohérente, justifier leurs pratiques d'élevage et agricoles traditionnelles, plus efficaces que les semences hybrides ou OGM, des intrants chimiques ainsi que du soutien dont elles ont vraiment besoin.

J'ai eu le privilège de faire partie d'une équipe d'interprètes qui ont soutenu un Dialogue Politique de Haut Niveau entre ces femmes et de membres de l'AGRA (le lobby révolution verte en Afrique), ainsi qu'avec les membres de la Chambre du Parlement et de la coopération décentralisée du Royaume-Uni. La réunion était organisée par l'Institut international pour la politique de l'environnement et le développement (IIED) à Accra au Ghana en janvier dernier. Ces femmes, en dépit d'être pour la plupart analphabètes, étaient parmi les plus éloquentes et puissantes que j'ai rencontré depuis de nombreuses années. Leur force et leur courage sont remarquables.

Par-dessus tout, la puissance de l'appui fourni par Assétou Samaké et son équipe pourrait servir de modèle pour d'autres pays et d'autres langues. Malheureusement de nombreuses langues indigènes/locales ont déjà été perdues, principalement en Amérique, où le concept indigène du «vivre ensemble» — les relations entre les membres de la communauté indigène et la nature — est un modèle unique et important. Plusieurs langues disparaissent chaque année. S’exprimer dans sa propre langue est un droit fondamental,
mais malheureusement n’est pas vraiment universel. C’est également l'un des principes clés de Babels, le réseau mondial d'interprètes bénévoles, une émanation du Forum social mondial, afin de permettre à chacun de s'exprimer dans la langue de son choix. Mais pour être en mesure de le faire, le chaînon manquant en ce qui concerne le développement durable est en effet le type de travail effectué par l’IAD : à savoir «inventer» les conditions appropriées équivalentes pour permettre un échange complet et égal, l'autonomisation des communautés, et mettre en évidence les connaissances traditionnelles qui, autrement, pourraient disparaître.

À propos du bulletin

Ce bulletin est publié en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Il est réalisé de manière totalement bénévole depuis le premier numéro publié en 2003.
L’équipe éditoriale tient à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication dans la traduction et la révision:
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Civil Policy Research Institute(CPRI) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Les bulletins sont sur le web à deux adresses.
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/

Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

4/02/2012

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #87
1er Avril 2012
Sommaire
Nouvelles orientations et voies pour l’économie solidaire et le développement centré sur les habitants. Kochi, Kerala (Inde), 2 au 4 mars 2012
Message de l’équipe éditoriale


Yvon était invité au titre du Réseau Canadien de Développement Économique Communautaire (RCDÉC) à la conférence du réseau COMMACT (Common Wealth Network for People-Centred Development) en Inde, du 2 au 4 mars dernier. Rappelons qu’il était déjà présent à la rencontre de COMMACT à Liverpool en septembre 2004. Martine y participait également en tant que déléguée du Réseau Euronetz, co-organisateur de cette rencontre et Judith à titre d’interprète. Par la suite, Yvon a poursuivi les relations en s’associant à la rencontre de Brisbane (Australie) en octobre 2008.

Ces rencontres, ainsi que celles du Forum Asiatique d’Économie Solidaire à Manille en octobre 2007, puis en novembre 2009 à Tokyo et à Kuala Lumpur en novembre 2011 ont permis d’installer une meilleure compréhension mutuelle. C’est très utile, car en Europe et en Amérique du Nord, nous sommes souvent peu au fait de la manière dont la société civile agit et comment elle se définit en Asie. Lors de ces deux dernières rencontres, Yvon et Martine étaient étroitement associés, dans le cadre des activités européennes des Pactes Locaux, animés de la même volonté de promouvoir une approche territoriale démocratique de l’organisation des solidarités. La présence de Judith a également permis d’engager d’autres relations vers les acteurs de la souveraineté alimentaire ainsi que des réseaux internationaux mieux implantés dans l’aire linguistique anglophone.

Les abonnés de notre Bulletin savent que le fil conducteur du Comité de rédaction, aujourd’hui comme hier, reste centré sur les réponses que les habitants et les communautés apportent à leurs propres besoins, de façon souvent durable. C’est pourquoi, depuis 2003, nous contribuons au réseautage en économie sociale et solidaire, même si nous ne faisons pas formellement partie de ces réseaux. En effet, ces organisations et les praticiens qui se reconnaissent de ce mouvement n’abordent pas seulement le développement, sous un angle thématique ou sectoriel. Ils s’intéressent aussi aux conditions, holistiques et globales, d’enracinement dans les communautés et les collectivités locales, du local au global. Comment s’organiser localement, et aux différents paliers, pour réussir le contrat démocratique et refonder le développement des territoires face à la globalisation ? Telle est la question que d’un numéro à l’autre, nous souhaitons illustrer et informer.

La rencontre de Kochi aura également permis à Yvon d’actualiser ses connaissances d’ASSEFA, après une première rencontre sur place en 2002. Nous décrivions le travail d’ASSEFA dans le #60 de notre bulletin. Nous y reviendrons dans une prochaine parution, car cette association qui regroupe maintenant 10 150 villages est toujours aussi inspirante par ces pratiques.
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

Nouvelles orientations et voies pour l’économie solidaire et le développement centré sur les habitants. Kochi, Kerala (Inde), 2 au 4 mars 2012

Par Yvon Poirier


C’est sous le thème « Nouvelles orientations pour l’économie solidaire et le développement centré sur les gens » que se sont réunis une soixantaine de participants principalement de l’Inde (30), de la Malaise (18), du Népal (6), de l’Australie (4), du Royaume-Uni (3) et du Canada, l’auteur du présent article.

La rencontre était organisée par le réseau COMMACT - Common Wealth Network for People-Centred Development (réseau du bien commun pour un développement centré sur les gens). Ce réseau, originalement pour des organisations du Commonwealth britannique, s’est réuni une première fois à Goa en Inde en 1988. Comme il n’y a plus de lien formel avec le Commonwealth britannique, le nom est devenu Common Wealth en deux mots, ce qui permet d’avoir des membres dans d’autres pays. Le réseau se réunit à un rythme de 2 à 4 ans. COMMACT est légalement constitué en Australie et est présidé par David Thompson de l’organisation Jobs Australia. David Thompson est également membre du conseil d’administration du Réseau international de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS).

Considérant que la majorité des membres de COMMACT sont en Asie, l’organisation est également membre de la Coalition asiatique d’économie solidaire (ASEC), le réseau continental membre du RIPESS. Ainsi, il y a une volonté affirmée de travailler ensemble dans le contexte asiatique. À ce titre, Denison Jayasooria, membre du Conseil d’administration du RIPESS représentant l’Asie participait à la rencontre de Kochi.
Assis : Noël d'Silva (Inde), David Thompson (Australie), Bhanwar Singh (Inde), Devasmitha Sridhar (Inde), Jenny Mercer (Australie) et Ganesh Purohit (Inde). Debout : autres participants indiens.


L. Kumar, David Thompson, S. Loganathan, Yvon Poirier




Cette conférence aura été l’occasion d’entendre des intervenants qui ont une longue expérience de développement communautaire axée sur les besoins des communautés. À titre d’exemple, mentionnons 4 interventions :
S. Loganathan de l’Association Sarva Seva Farms (ASSEFA) a fait part des 40 années dévouées aux populations des villages indiens. Aujourd’hui, ce sont plus de 10 000 villages, avec une population d’environ 5 millions de personnes, qui s’auto développent d’une manière holistique, en s’inspirant de Gandhi.
• Le professeur Datuk Yusof Kassim, président de COMMACT Malaisie, a expliqué la place des politiques de développement centré sur les gens dans les plans de développement du gouvernement. Il a proposé des modalités concrètes pour une approche plus inclusive des populations défavorisées, notamment dans les régions éloignées de la capitale Kuala Lumpur.
Paul Sinnapan, de la Binary University (Malaisie) nous a expliqué sa longue expérience dans les communautés défavorisées dans les régions rurales, notamment en utilisant le les coopératives d’épargne et de crédit comme instrument clef pour les collectivités concernées. Au total, ce sont plus de 500 organisations de ce genre, dont certaines ne sont pas encore légalement constituées, qui ont été créées par les gens eux-mêmes.
Jagananda, longtemps militant d’organisations de la société civile, occupe présentement le poste de Commissaire à l’information de l’État d’Orissa en Inde. Pour que les populations puissent se prendre en main, il est important que les services publics répondent aux requêtes des citoyens concernant la divulgation de l’information. Il nous faisait part que dans le cas d’un PPP (partenariat public-privé), l’entreprise refusait de divulguer des informations considérées comme privées. Il a ordonné qu’elle réponde car 49% de ses fonds proviennent du secteur public. La Cour suprême de l’Inde a confirmé sa décision!

Plusieurs autres interventions en plénière, et dans des ateliers, auront permis d’approfondir les divers autres sujets tels que l’économie sociale et solidaire et les défis du réseautage. Les participants ont clairement exprimé leurs volontés de continuer le renforcement mutuel par des activités de réseautage et d’échange d’informations.
Site web COMMACT (en anglais seulement)
http://commact.com/

À propos du bulletin

Ce bulletin est publié en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Il est réalisé de manière totalement bénévole depuis le premier numéro publié en 2003.
L’équipe éditoriale tient à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication dans la traduction et la révision:
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Les bulletins sont sur le web à deux adresses.
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/

Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

3/02/2012

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #86
1er Mars 2012

Sommaire
Le lancement du Sommet des peuples : « La transition, c’est maintenant ! »Porto Alegre (Brésil) 24 au 29 janvier 2012.

Message de l’équipe éditoriale

Nous faisions mention dans le dernier numéro de l’importance de RIO+20 pour l’avenir de la planète et de l’humanité.
Martine participait à une rencontre préparatoire au Brésil au mois de janvier dernier, à titre de membre de la délégation du Collectif français RIO+20.

Quel lien avec le développement local durable ? À priori, on pourrait penser que ces enjeux mondiaux sont loin de nos préoccupations quotidiennes dans nos localités respectives. Mais, comme nous le savons tous, les impacts du mode de développement actuel affectent toute la planète, y compris dans nos propres milieux de vie. Nous n’y échappons pas.
Ainsi, nous ne pouvons que formuler le souhait que ce deuxième «Sommet de la terre» 20 ans après celui de Rio en 1992, aboutisse enfin à des engagements concrets afin de préserver la planète pour les générations futures. Et le souhait que la mobilisation dans le cadre d’un Sommet des peuples, qui se tient en parallèle, réussisse à faire entendre la voix « des gens », la nôtre, celle des peuples, des communautés et des simples citoyens ! Nous-mêmes nous devons constamment revoir nos modes de vie et de consommation, afin de les rendre compatibles avec la sauvegarde de la biosphère.

Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

Le lancement du Sommet des peuples : «La transition, c’est maintenant !» Porto Alegre (Brésil) 24 au 29 janvier 2012.

Par Martine Théveniaut



Le principal obstacle est identifié : la fragmentation des réponses va de pair avec l’absence d’un horizon d’attente susceptible de réunir les forces vives autour d’une perspective commune. Chaque État parle pour son pays. Les groupes majeurs défendent leurs intérêts sectoriels. Et un total ne fait pas un global. RIO+20 est une invitation faite à la société civile mondiale de se rencontrer… au Brésil ! Brésil, berceau de résistances sociales organisées, vitalité et longévité des relations entretenues avec l’Europe!

L’ambition de «Réinventer le monde»

Le «Sommet des peuples Rio+20 pour la justice sociale et environnementale» porte le projet d’être un moment fondateur, inscrit dans le même calendrier que la Conférence officielle de l’ONU, pour affirmer la force politique des peuples organisés et leur capacité à traiter des grands problèmes du monde, car ces problèmes sont aussi les leurs ! Les réseaux qui préparent ce Sommet sont réunis dans une «coupole» ouverte. Elle compte 300 à 400 organisations, représentées par un comité de facilitation composé de personnes et de réseaux clés du Brésil : peuples indigènes, femmes, communautés noires, syndicats… Le FBES (Forum Brésilien de l’économie solidaire) en fait partie, représenté par Andrea Mendes.
Des réseaux des pays voisins y participent. La Bolivie occupe une place en vue avec la présence très investie de Pablo Solon, négociateur pour son pays à Cancun qui a démissionné de ses fonctions de conseiller gouvernemental. Des communautés indiennes des 8 pays du bassin du fleuve Amazone – avec un projet collectif fondé sur leurs «cosmovisions» – résistent à des décisions imposées dans des agendas et avec des méthodes non concertées. L’internationalisation de la coupole est engagée avec l’entrée de réseaux d’Afrique du Sud, du Maghreb ou de Palestine.
L’événement occupera le Parc du Flamengo à Rio de Janeiro du 17 au 23 juin 2012, organisé de façon parallèle et indépendante en groupes de discussion autogérés, autour d’une Assemblée Permanente des Peuples, qui fonctionnera dans des relations «outside» / «inside» de vigilance et de proposition avec les «négociateurs» institutionnels.

Le Comité de facilitation de la préparation du Sommet des peuples fonctionne lui-même avec un comité exécutif constitué de la puissante coordination syndicale de la CUT (Centrale Unique des Travailleurs), de La Via Campesina du Mouvement des Sans-Terres, et le GRAP-FSM (Groupe de Réflexion et d’Appui au Forum Social Mondial) (1).

Forum des mouvements sociaux brésiliens et Sommet des peuples : deux dynamiques imbriquées.

Au départ, ce FST (Forum social thématique) était conçu pour 2 000 à 3 000 personnes venant dans l’objectif de préparer le Sommet des Peuples en systématisant les travaux de groupes thématiques au travail depuis plusieurs mois.
Leurs travaux sont structurés autour de quatre axes transversaux :
Fondements éthiques et philosophiques: subjectivité, domination et émancipation ;
Droits de l'homme, Peuples, territoires et défense de la Terre-Mère ;
Production, distribution et consommation: accès aux richesses, biens communs et économie de transition ;
Sujets politiques, architecture du pouvoir et démocratie.
La mise en commun des résultats doit «soutenir l'articulation des expériences avec les contributions politiques dans un processus d’internationalisation» : agenda des transformations, forums électroniques, différentes langues pour les participants. (2) La délégation du Comité français RIO+20 a été constituée pour y contribuer sur la base de ses propres travaux et envisager quelle participation à une stratégie collective. (3)

Les interférences entre les différents objectifs de la rencontre n’ont pas permis de tirer tout le parti possible des travaux des groupes thématiques, avec une organisation essentiellement bénévole. L’héritage idéologique d’un «centralisme démocratique», une autogestion inflationniste et la surchauffe émotionnelle des leaderships se sont heurtés. Dire qu’on ne part pas de rien, c’est aussi accepter de se donner des règles du jeu pour installer la confiance, par la transparence d’un processus de construction collective. En réalité, l’événement a pris beaucoup plus d’ampleur que prévu. Il a mobilisé largement les Brésiliens en période pré-électorale des municipales et leurs voisins autour du contexte géopolitique de l’Amérique Latine: de 20 000 à 30 000 participants et pas loin de mille activités auto-organisées ! Peu d’Africains et très peu d’Asiatiques. Beaucoup découvrent l’imbrication des dynamiques du FST et du Sommet des peuples.
La rencontre a néanmoins permis de faire un point des ressources et des faiblesses d’une société civile qui tente de se saisir du gouvernail à partir de ce qu’elle est aujourd’hui. En ce sens, c’était probablement une étape, indispensable et utile, dans un processus d’affirmation inédit.

Le point du processus officiel.

Le Draft 0 de l’ONU publié en janvier, «Le futur que nous voulons!» est mauvais. Les déclarations du Groupe des 77 ne proposent rien. La mécanique institutionnelle est bloquée, alors que pris un par un, les représentants de bien des pays sont critiques. Au chapitre gouvernance, un vrai problème est que chacun parle au nom de son pays. Il n’existe pas de vision transversale et pas de légitimité pour défendre les biens communs, pas d’organisation onusienne pour porter ce sujet. Certains États sont plus engagés que d’autres, Brésil, Chine, Petits Etats Insulaires en Développement, plusieurs pays d’Amérique latine, l’Inde en demi-teinte. Les différents pays de l’Afrique sont plus réceptifs du fait de l’installation d’un premier organe officiel de l’ONU à Nairobi. Le Canada, fermé, peut faire échouer la conférence.

Il y a des attentes onusiennes concernant un troisième secteur non lucratif, de nouvelles mesures du progrès pas seulement économiques, l’accès aux droits, aux services, une montée d’intérêt sur les océans. Certains thèmes sont mûrs pour progresser: eau, souveraineté alimentaire, une authentique représentation de la société civile comme troisième pilier. Devant l’emprise de lobbys qui règnent sur les instances onusiennes, pourquoi ne pas institutionnaliser un processus consultatif formalisé, à la façon des Comités économiques et sociaux européens, ou du Mécanisme Société civile du Comité de la Sécurité alimentaire de la FAO, ou d’une tribune officielle des engagements des États suivie au niveau international.

L'entrée en scène politique des «indignés».

Leur présence a pris une place stratégique dans le déroulement. Ils campent devant l'assemblée législative de l'État du Rio Grande do Sul. Invités par les organisateurs du FST, trois jours de suite, entre midi et 14 h, ils témoignent et discutent entre les séances officielles d’un programme non stop. Ils animent une séance plénière le 3ème jour. Très entourés, sollicités, pressés de rejoindre la dynamique qui se met en place, ils ne sont pas tous membres du FSM, «soutiennent» ce combat, conscients que «les organisations en place ne répondent pas aux problèmes qui se posent». Indignés de Grèce, d'Espagne et de Catalogne, d'Angleterre, des USA, étudiants du Chili ont compris que «les partis n'ont pas la réponse». Ils considèrent de leur responsabilité de changer les choses et de trouver des outils pour approfondir un autre modèle de démocratie et d'exercice du pouvoir».

Un an après le démarrage des soulèvements populaires, les indignés de différents pays du monde arabe disent mieux savoir aujourd'hui «en travaillant entre des extrémismes, où sont leurs amis et leurs ennemis : les islamistes, mieux organisés, ont gagné la première manche en remportant les élections ; les pays occidentaux ont laissé faire les dictateurs dont ils se sont défaits avant de les soutenir pour des raisons qui ne sont pas désintéressées ; une extrême gauche divisée a perdu l'énergie de changer le monde».

Esther Vivas, venue de Catalogne, dit que « dans son vécu il est devenu clair que le capitalisme est incompatible avec la démocratie. La réponse des indignés est radicale et frontale. Ce n’est pas une réforme cosmétique de la social-démocratie, mais la volonté d’une vraie démocratie qui soit aussi économique et autogérée. Elle s’acquiert actuellement dans le vécu au quotidien et dans des réponses non-violentes: veiller sur des personnes isolées et sans soin, empêcher des expulsions de familles insolvables qui se multiplient. Pour le moment le gouvernement n'ose pas les agresser policièrement, car la majorité de la population les soutient. Les défis sont nombreux : combiner les formes de résistance et les luttes encore éparpillées en une dynamique collective de résistance : locale, nationale, internationale ; garder l'appui populaire ; approfondir les analyses en y intégrant le développement durable qui n'était pas encore perçu comme prioritaire, mais qui rejoint l'anticapitalisme (sol, eau...). Il faut se préparer à une résistance qui va augmenter de la part des gouvernements, car c'est le début d'une révolution sociale».

Le mouvement altermondialiste continue de s’interroger sur son avenir.
Des anciens ont posé le constat lors du Forum Social Thématique de Porto Alegre : «On est toujours convaincu de la justesse de nos idées, mais on ne sait pas sortir de l’entre soi… Notre problème c’est le renouvellement» dit à la tribune Chico Whitaker, 80 ans, un des fondateurs. De fait, les FSM ne rallient qu’à la marge les forces vives engagées dans les grandes mobilisations populaires actuelles pour plus de démocratie. Ce FST fait partie des tentatives de réforme en cours pour trouver un second souffle. Certes la CUT et Via Campesina restent une force de résistance capable de mobiliser les grands nombres. Ceci dit, leurs membres sont partagés sur «l’économie verte», dans un dilemme, car l’industrialisation du pays, ce sont aussi des emplois, comme le leur dit la présidente Dilma! Des activistes du développement durable étaient aussi présents dans la marche d’ouverture du 24 janvier, sur d’autres positions. Les débats entre eux ont été très vifs semble-t-il.

Le FST s’est conclu par une déclaration de l’Assemblée des mouvements sociaux (4) et le lancement du Sommet des Peuples, au Gazomètre de Porto Alegre, samedi 28 janvier au soir, introduit par des organisateurs du comité exécutif du FST. “Unis dans la diversité”, telle est la direction indiquée par Carmen Foro, secrétaire de l'environnement à la CUT : l’intérêt des alliances a pris le pas sur les divisions! C’est la meilleure nouvelle de ces rencontres…

En tant que membre française du Collectif RIO+20 et membre du RIPESS Europe, ce FST a constitué un point d’étape très instructif des acquis d’un an de préparation. Des documents solides, des lignes de fond, des dissensus identifiés… soutiennent un intérêt direct et mobilisent du monde. La société civile est placée devant la responsabilité de ses choix : s’unir pour former collectivement des coalitions constructives et changer l’agenda, pour faire des propositions concrètes issues de son expérience «gagnables dès 2012». Des passerelles ont été installées, sur une durée de 4 jours, entre la conférence officielle et le Sommet des peuples par le Brésil qui a tout intérêt à des résultats meilleurs qu’à Copenhague ! La stratégie se cherche. Avec le soutien de Luiz Fernando Pezao, vice-gouverneur de Rio de Janeiro, coordinateur de l'infrastructure de l'État, la Ville de Rio compte plaider auprès de l’ONU, entre le 20 et 22 juin, une meilleure prise en compte d’échelons de gouvernance publique infrarégionaux. Un secrétariat permanent est voulu par le Brésil pour faire un lien mieux articulé entre l’économique et les Objectifs du Millénaire sur la pauvreté. Des objectifs de DD (développement durable) feront partie des résultats : universels pour toute l’humanité, aspirationnels sur quelques cibles à 2030. L’importance pondérée, accordée aux cibles économiques, sociales et environnementales sera fonction de la force des messages et du poids des coalitions.

(1) http://www.grap.org.br/forum-social-tematico/
(2) http://dialogos2012.org/category/noticias/?lang=fr (portugais, anglais, français espagnol)
(3) Tribune ouverte par le Collectif RIO+20 qui réunit en France une quarantaine d’organisations pour la préparation de la Conférence
http://collectif-france.rio20.net/2012/02/15/rio20-une-transition -maintenant-tribune-du-14022012-sur-mediapart/
(4) Disponible en 4 langues sur le site http://rio20.net/fr/documentos

À propos du bulletin

Ce bulletin est publié en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Il est réalisé de manière totalement bénévole depuis le premier numéro publié en 2003.
L’équipe éditoriale tient à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication dans la traduction et la révision:
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Les bulletins sont sur le web à deux adresses.
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/

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Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

2/01/2012

Bulletin International de Développement Local Durable 

Bulletin d’information #85
1er Février 2012

Sommaire

Maîtres de leurs propres destinées

Message de l’équipe éditoriale


Quels vœux pouvons-nous faire et partager avec nos lecteurs, quand de si lourds dangers menacent notre planète et l’avenir des générations futures?

L’actualité met la Conférence de RIO+20, du 20 au 22 juin 2012, au premier plan du calendrier citoyen. C’est un moment charnière pour donner enfin un coup de barre dans la bonne direction pour reprendre le gouvernail : réchauffement climatique, domination des « Marchés», pouvoirs exorbitants d’oligarchies qui règnent sans contrôle démocratique. Qu’attendre des États? Tétanisés par leurs crises internes, ils repoussent indéfiniment leurs responsabilités dans la préparation, ici et maintenant, d’un futur viable. Les majorités sont volatiles. Leurs conduites sont inféodées aux pouvoirs de l’argent.

Notre vœu le plus cher pour 2012 est la réussite du « Sommet des peuples Rio+20 pour la justice sociale et environnementale » qui se tiendra du 18 au 23 juin. Une plateforme brésilienne plurielle réunie dans un Comité facilitateur s’est mobilisée pour rassembler les peuples . Fort de sa pluralité et d’une préparation qui cherche à concentrer les acquis, il structure des propositions et permet d’améliorer les rapports de force, afin de faire entendre la voix de la société civile internationale dans un espace autonome de discussion démocratique. L’évènement se déroulera parallèlement au sommet officiel. Notre espérance est que les forces et propositions réunies à cette occasion réussissent à infléchir le gouvernail, à installer les fondations d’un nouvel agenda international, pour sortir de l’irresponsabilité actuelle.

Nous sommes avant tout des acteurs de terrain. Nous sommes réalistes. Ce futur sera long et ardu à construire, car cela suppose de prendre en compte et d’intégrer de nouveaux angles de vue dans une pensée régnante monolithique. Il ne faut donc pas tout attendre des institutions : elles sont défaillantes et surtout inappropriées pour encadrer avec efficience les problèmes qui se posent. Les témoignages que nous présentons depuis maintenant plus de huit ans, nous permettent d’affirmer que les efforts des communautés humaines partout sur la planète parviennent à se donner, continument, des conditions économiques, sociales et culturelles qui placent les besoins humains, et ceux de la planète au premier plan. C’est pourquoi nous continuerons notre mission de témoignage et d’analyse pour que la gouvernance, depuis le local jusqu’à l’international en vienne à partir des réalités et des potentiels plutôt que de marcher sur la tête! La finalité c’est l’organisation des activités humaines autour de la satisfaction des besoins des personnes et des peuples, et non pas le rendement maximum au plus court terme de l’argent.

L’article d’Yvon, fondé sur sa propre expérience de vie, montre avec force que si l’on veut renouer avec des pratiques de solidarité dans les communautés de vie, il ne manque souvent pas grand-chose. Nous n’avons pas à réinventer la roue. Les générations précédentes, en passant par les Pionniers de Rochdale et les banques Raiffeisen en Allemagne au XXe siècle, etc.…nous ont montré le chemin. Il faut tout simplement s’adapter, étendre de telles pratiques au niveau des plus grandes régions, voire même des pays. Ce n’est pas si facile, nous le savons bien, mais nous savons aussi que le système capitalisme ne représente plus l’avenir de l’humanité. Il faut s’y préparer!

L’actualité de la citoyenneté en 2012, c’est aussi l’Année internationale des coopératives, décrétée par l’ONU. Notre second vœu est que cette année soit l’occasion de réintégrer les acquis des générations qui nous ont précédés vers celles qui nous suivent, sont motivées et s’indignent pour qu’elles soient accompagnées à devenir actrices de la transformation de leur propre milieu. La coopération, c’est moins s’affirmer du côté de la puissance dans le système tel qu’il fonctionne aujourd’hui, car il y a beaucoup à y perdre! C’est que chacun prenne sa part de responsabilité pour renouer et déployer ensemble l’immense potentiel d’une économie pour et par les communautés elles-mêmes. Merci à Yvon Poirier pour ce témoignage qui relie ainsi hier à demain, en ces moments de vœux!

Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

Maîtres de leurs propres destinées

Par Yvon Poirier


Dans le présent article, l’expression «Maîtres de leurs propres destinées» fait référence au titre d’un livre publié en 1939, mais également à l’histoire d’une communauté dans laquelle l’auteur de cet article est né et a grandi.

Ce livre (1) a été écrit par William Coady du département d’éducation des adultes de l’Université Saint-François Xavier, situé à Antigonish en Nouvelle-Écosse, province de l’Est canadien. Il explique comment, à travers un processus «d’éducation des masses», les communautés de pêcheurs et d’agriculteurs se sont donné des coopératives comme outil économique pour prendre en main leurs propres destinées : devenant propriétaires collectifs pour la mise en marché des produits de la pêche, grâce à des caisses d’épargne et de crédit et des magasins coopératifs. Par le biais de cercles d’études, dont certains féminins, les gens ont pris conscience qu’ils pouvaient gérer eux-mêmes les activités économiques plutôt que de les laisser aux mains des capitalistes, prétendument seuls compétents pour gérer des entreprises. Par la suite, dans les années 40 et 50, le livre aura servi d’outil, à travers des cercles d’étude, pour la formation de coopératives dans les trois Provinces Maritimes de l’Est du Canada, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard.

Encore aujourd’hui, on identifie toujours cette approche de prise en main par les communautés de leurs activités économiques comme le «Mouvement Antigonish». Le succès de cette approche éducative est internationalement reconnu à travers le Coady International Institute qui depuis 1959 a formé plus de 5 000 personnes de pays en développement www.coady.stfx.ca/ (en anglais seulement). L’auteur du présent article, au hasard de diverses rencontres, a connu plusieurs personnes, notamment en Asie, qui ont étudié pendant une année à l’Institut.

D’autre part, l’expression décrit bien comment une petite communauté francophone située dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard a spontanément adopté la formule coopérative, sans même le connaître, dès 1862.

Il est utile de préciser ici que le territoire de ces trois provinces était une colonie de la France à partir de 1604, connue sous le nom d’Acadie. Après la conquête de cette colonie par la Couronne britannique, la grande majorité des «Acadiens» ont été déportés entre 1755 et 1763, femmes et enfants séparément des hommes, par bateau vers l’Europe, vers les colonies britanniques plus au Sud (avant la guerre d’indépendance américaine), et même vers la Louisiane, encore colonie française à cette époque. Ainsi, ces francophones Acadiens sont des survivants de ce «nettoyage ethnique», soit parce qu’ils ont échappé à la déportation, soit parce qu’ils sont revenus.
Ainsi, dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard, ils constituent seulement environ 4% de la population totale, mais sont surtout concentrées dans une région nommée aujourd’hui «Région Évangeline». Ainsi, dans cette région, ils sont largement majoritaires. Ils ont leurs propres institutions, dont une école publique de langue française pour les niveaux primaires et secondaires.

L’esprit d’entraide et de solidarité qui s’était forgé pendant les siècles précédents, afin de survivre dans un environnement minoritaire, aura rendu tout naturel la création d’une première coopérative, dès 1862 (2), qu’on appela une banque de grains de semence afin de constituer «une réserve où le plus grand nombre s’est engagé à déposer une certaine quantité de semences pour subvenir au besoin des plus pauvres d’entre eux lorsque le temps des semences sera venu…». D’autres banques similaires ont été créées dans la région et ce n’est qu’en 1946 que la première cessa ses activités. Vers la fin du XIXe et le début du XXe siècle, un grand nombre de coopératives ont été créées, certaines pour quelques années seulement, d’autres pour de plus longues périodes. Une fromagerie opéra de 1896 à 1952 (elle fusionna avec d’autres coopératives de fromage de la province). Il y eut des coopératives pour la mise en marché de pommes de terre, des œufs, pour des services d’animaux reproducteurs, un moulin pour moudre le grain, etc.

Après la Deuxième Guerre mondiale, une nouvelle génération de coopératives, inspirée par les écrits de William Coady, a vu le jour. Ces nouvelles coopératives s’expliquent également en partie par une forte diminution de l’agriculture, et le développement important du marché de la pêche, en particulier celle du homard.

C’est ainsi que s’est créée en 1954 la coopérative des pêcheurs, une fusion de deux plus petites coopératives. La coopérative fonctionne toujours. Avec son usine de transformation, elle est non seulement le plus important employeur (saisonnier) de la région, mais aussi un des plus importants employeurs «privés » de toute la province.



Lors de la bénédiction des bateaux de pêche (31 août-2008)

Pendant ces années, les membres de la communauté, souvent les mêmes, ont également doté la région d’un magasin d’alimentation, d’une caisse populaire (coopérative d’épargne et de crédit), pour ne nommer que les principales. Ainsi, la majorité des membres de la communauté sont membres de plusieurs coopératives.

Aujourd’hui en 2012, la plupart des activités économiques de la région Évangeline sont toujours coopératives, malgré la globalisation avec ses grandes surfaces et les grandes chaînes. En plus de la pêche, de l’alimentation et du crédit, l’épargne, il a été créé une coopérative funéraire. Récemment, une coopérative vit le jour et est vouée à l’intégration d’immigrants francophones dans la région, dont une famille de réfugiés du Rwanda. La plus importante réalisation des dernières années aura été la construction d’un foyer de personnes âgées, «La Coopérative le Chez Nous» avec une trentaine de chambres.

L’histoire de cette région est chère à l’auteur de l’article, car ses racines y sont. Après ses études universitaires, il déménage à Québec, à plus de 900 km. Néanmoins, il est resté en relation avec sa famille qu’il visite régulièrement.

Ses souvenirs de jeune garçon, accompagnant son père aux diverses coopératives dans les années 50, sont toujours clairs et impérissables. D’ailleurs, après le décès de son père en 1987, il a trouvé dans le livre de William Coady, des notes prises à l’occasion d’une rencontre d’un cercle d’étude en 1946. Le hasard a également fait que les funérailles de son père ont été organisées par les fondateurs d’une nouvelle coopérative funéraire dont il était membre. Tout comme il est tout naturel que sa mère, âgée de 95 ans, soit aujourd’hui une résidente du foyer «Le Chez Nous ».

Même s’il ne vit plus dans cette région, la formation qu’il a reçue dans sa famille et dans la communauté l’a prédisposé et formé à poursuivre dans cet esprit de solidarité pour un monde meilleur à travers ses engagements envers l’économie solidaire et une société plus juste, pour l’ensemble des habitants de la planète.

(1)Masters of their own destiny, M.M. Coady, Harper @ Brothers Publishers, United States of America, 1939, 170 p. Ce livre, publié en anglais seulement, est disponible sur demande.
(2)Les informations historiques sont puisées dans le livre «Le mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangeline (1862-1982) », Cécile Gallant, 283 pages

Sur le web
Région Évangéline (Fr et En):
http://regionevangeline.com/index.cfm/
http://museeacadien.org/
Acadiens (Wikipedia)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Acadiens (FR)
http://en.wikipedia.org/wiki/Acadians (EN)
http://es.wikipedia.org/wiki/Acadiano (ES)


À propos du bulletin

Ce bulletin est publié en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Il est réalisé de manière totalement bénévole depuis le premier numéro publié en 2003.

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12/01/2011

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #84
1er Décembre 2011

Sommaire
Cloughjordan : Écovillage irlandais


Message de l’équipe éditoriale

Dans ce numéro Judith nous décrit le seul Écovillage d’Irlande, situé à Cloughjordan, à un peu plus d’une heure de route de la capitale, Dublin.
L’intérêt de cette démarche est qu’elle dépasse le cadre strict d’initiatives d’agriculture biologique ou d’une démarche d’Agriculture soutenue par la communauté (ASC).

Cette approche holistique d’une communauté locale va dans le sens d’initiatives dont nous avons témoigné dans des numéros précédents et renforce notre conviction qu’un monde meilleur est non seulement possible, mais qu’il se construit quotidiennement un peu partout sur la planète.

Prochaine parution : 1er février 2012

Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

Cloughjordan : Écovillage irlandais

Par Judith Hitchman

Cloughjordan est le premier, et pour l’instant le seul Écovillage en Irlande. Situé dans le nord-ouest du comté de Tipperary, le village se trouve à un peu plus d’une heure de route de Dublin, mais à 3 heures de ma maison familiale dans le comté de Waterford. Avec Fergal Anderson, qui vient juste de quitter son travail à Bruxelles auprès de la Via Campesina pour s’installer comme agriculteur sur les terres de sa famille à Galway, nous étions chaleureusement accueillis par Davie Philips, Président du Conseil d’Administration de la Ferme Communautaire de Cloughjordan. Nous avons également pu faire la connaissance de certains autres membres du Conseil, et rendre visite à la ferme “du bas”. Le temps inclément et les contraintes horaires nous ont empêchés de nous rendre sur celui “du haut”.

Origines

Né en 1999 - les premiers membres furent impliqués dans le Dublin Food Coop et s’y sont rencontrés – le projet est un ensemble qui fut conçu comme modèle de vie durable. Le site a été sélectionné pour différentes raisons: l’accès facile à la capitale, Dublin; la gare; la diversité religieuse de la communauté du village qui se prêtait à une tolérance plus importante... Le village est composé d’une cinquantaine de familles, essentiellement d’origine néo-rurale plutôt que rurale. 80 des 130 terrains du village ont déjà été vendus. Il y a également une auberge qui comporte 32 lits, ouverte non seulement aux visiteurs, mais également pour héberger les stagiaires qui viennent pour les très nombreuses formations qui se déroulent au sein du village (agro-écologie, biodynamie, agriculture, permaculture, résilience communautaire, leadership etc..).Il est prévu de développer une partie du site pour y inclure une zone d’entreprises sociales vertes. Étant donné que les principes, et du village et de la ferme, sont basés sur la copropriété et le développement communautaire dans le meilleur sens du terme, la valeur ajoutée d’un tel projet sera énorme. Une boulangerie au feu de bois à l’ancienne est sur le point de s’ouvrir sur le site. Le boulanger est déjà très connu à Dublin.

Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur l’Écovillage. Il est construit sur un site de quelque 67 acres (27 hectares) de terres. Ce qui le rend unique en son genre, et ce en quoi il diffère de beaucoup de projets un peu similaires, est qu’il se trouve en plein milieu d’un petit village existant et ancien. Plutôt que de créer de la friction et faire fuir les locaux, ce projet a revitalisé la communauté existante. Et malgré une méfiance au départ, il existe maintenant une véritable acceptation des “choses étranges” qui s’y passent, et qui sont un chantier en cours de développement continu. Cela inclut le seul ensemble de panneaux solaires en Irlande, un système d‘énergies renouvelables communautaires qui fournit l’eau chaude et le chauffage à toutes les maisons, un système de prise de décisions communautaire, et des maisons de plusieurs genres, construites par les habitants eux-mêmes (chanvre, chaux et autres matériaux écologiques...). Malheureusement les autorités locales ont refusé d’accorder le permis pour un système d’épuration par des roseaux, malgré le fait que des systèmes pareils marchent bien à d’autres endroits en Irlande. Mais les autorités locales irlandaises fonctionnent en toute autonomie les unes des autres...

Les activités

Le but principal de cet article est de décrire le projet plutôt unique en son genre de l’agriculture soutenue par la communauté, qui est intégré dans l’ensemble du projet de l’Écovillage. L’approche est la même que pour le restant du projet, et 60% des membres de l’ASC viennent de l’Écovillage. Ces dernières années, les jardins communautaires et municipaux, sont devenus un véritable phénomène. Et les jardins potages sont une mode. Mais Cloughjordan est la première ferme en Irlande structurée en ASC (Agriculture soutenue par la communauté). Il existe cependant un nombre croissant de projets en AMAP (version française des ASC) en Irlande. La ferme n’est pas certifiée bio. Il n’y a tout simplement pas de besoin d’entamer un processus lourd et coûteux, étant donné que les consommateurs sont les propriétaires des produits, et que la ferme ne vend donc rien; il s’agit d’un projet communautaire basé sur la confiance. La ferme utilise néanmoins les processus biologiques et biodynamiques. Il existe deux parcelles, celle du “haut” et celle du “bas”. Les terres sont louées, les 12 acres du bas et 28 du haut. La ferme organise aussi des projets à vocation éducative: des cours de cuisine, des sessions de cueillette, des activités scolaires pour des enfants et jeunes de tout âge.


La nature unique de la ferme est qu’elle est contiguë au village. La partie basse se trouve juste derrière les maisons. Cela veut dire que les 57 familles membres sont, pour la plupart d’entre elles plus impliquées et plus conscientes que la tendance générale. Les contributions hebdomadaires sont très modestes, basées sur la taille de la famille et les revenus. Mais au moment où je m’y suis rendue, les légumes fraîchement cueillis étaient tout simplement déposés dans un vieux hangar ouvert trois fois par semaine, et libre aux membres de s’y servir comme bon leur semble. Ce système en libre-service n’a posé aucun problème à ce jour. En d’autres saisons, les légumes sont déposés deux fois par semaine. Quelques membres de l’ASC habitent des villages ou des villes avoisinantes, comme Nenagh, à 10 kilomètres de là. Cela implique un besoin d’organiser des paniers une ou deux fois par semaine.

La ferme fournit aussi du lait cru des vaches de la race du Kerry à ses membres. Ceci est possible, en dépit des contraintes des réglementations de l’UE, qui interdisent maintenant la vente du lait cru, car le lait n’est pas vendu: les membres sont considérés comme les propriétaires, du fait de leur appartenance au projet collectif. Cela inclut aussi des œufs et des céréales, tout comme les légumes. Un bon nombre de variétés anciennes de légumes sont cultivées sur la ferme. Et moyennant une cotisation supplémentaire, les membres peuvent partager aussi des cochons et des agneaux. J’ai compté au moins une quinzaine de variétés de légumes dans les champs, ce qui représente une belle diversité pour les possibilités climatiques. Des «wwoofers» (réseau mondial de bénévoles dans l’agriculture bio) du monde entier viennent aussi travailler à la ferme. Dans le passé, la ferme fut gérée par différentes personnes, mais la situation est maintenant bien stabilisée. Un aspect bien amusant est la manière dont sont stockés les légumes: un vieux conteneur de camion a été acheté pour la somme modique de 200€. L’intérieur est aménagé pour tenir les légumes hors de la portée des animaux sauvages qui seraient tentés de s’y servir, et avec des compartiments pour les différentes variétés de légumes. Le tout est bien aéré.

Les agriculteurs locaux se méfiaient initialement des innovations de la ferme. Mais les bons résultats, la qualité indéniable des légumes font qu’ils ont peu à peu accepté l’approche écologique.

La méthode décisionnelle utilisée pour la ferme et le village dans son ensemble est une adaptation du MSV (Modèle des Systèmes Viables). Cette adaptation permet à tous ceux qui s’impliquent d’œuvrer avec un maximum d’autonomie. Le résultat est une démocratie participative réelle avec une structure organisationnelle cohérente. Le niveau d’implication dans les différents projets a pour résultat une communauté réellement durable qui s’épanouit, et un développement local durable.

La ferme compte tenir une conférence ASC nationale en février prochain, afin de créer un réseau irlandais, et d’effectuer une cartographie de l’existant. Cloughjordan est maintenant membre d’Urgenci, le réseau international de l’ASC, et à ce titre, les a invités à y participer. Quel plaisir à venir!

http://www.cloughjordancommunityfarm.ie/
http://thevillage.ie/
http://www.cloughjordan.ie/mainpage/index.htm
http://www.wwoof.org/

À propos du bulletin
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Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
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11/10/2011

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #83
1er Novembre 2011
Sommaire
Économie sociale et instances municipales : Pour un développement durable des collectivités locales

Message de l’équipe éditoriale


Comme nous le disons depuis le début de la publication du Bulletin en 2003, la construction des réponses, du bas vers le haut, en partant des communautés humaines et des ressources des territoires, est nécessaire à des sociétés plus justes, dans une perspective de développement durable.
Cet article d’Yvon a été écrit pour la revue Développement Social au Québec, dans le numéro publié à l’occasion du Forum international de l’économie sociale et solidaire (FIESS) qui s’est tenu à Montréal du 17 au 20 octobre dernier. Yvon développe l’exemple des relations qu’entretiennent divers acteurs socioéconomiques organisés sur une base municipale au Québec, deuxième plus importante province du Canada avec une population de 8 millions (Canada 34,5 million). Le numéro complet est disponible sur le site de la revue : www.revueds.ca (en français et en anglais).
Son article, documenté et précis, illustre de quelle manière fonctionnent les outils de développement local au Québec : tous ont un mandat d’action légitimé par la loi, des règles de fonctionnement collectives et paritaires, la prise en compte de la singularité des territoires, une stratégie de développement entrepreneurial à plusieurs entrées, des outils financiers d’investissement, des dispositions adaptées au secteur de l’économie solidaire (nommé économie sociale au Québec), reconnu à part entière. L’ancienneté de cet outillage des territoires au Québec permet de disposer de résultats mesurables en termes d’emplois et d’entreprises créées, ainsi que de longévité. La philosophie d’action reconnaît le profit, mais n’en fait pas LA finalité (lucrative pour quelques-uns au détriment des communautés). La méthode engage les autorités locales dans un processus participatif et stimule la mobilisation de tous. Cet article confirme la maturité d’une alternative économique que le FIESS aura mise en lumière en rassemblant des réalisations du monde entier qui ont en commun de porter des réponses aux besoins essentiels à partir de la base.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

Économie sociale et instances municipales : Pour un développement durable des collectivités locales

par Yvon Poirier


Au Québec, la relation particulière entre l’économie sociale et les instances municipales – et par extension les collectivités locales – est originale et mérite qu’on s’y intéresse. La dynamique entre l’économie sociale et les municipalités passe notamment par des Centres locaux de développement (CLD) et des Conférences régionales des élus (CRÉ) qui, toutes deux, soutiennent à leur façon le déploiement de l’économie sociale.

CLD : un soutien technique et financier de l’économie sociale
Au Québec, la responsabilité du développement local et du soutien à l’entrepreneuriat revient aux municipalités régionales de comté (MRC) ou aux grandes villes. La loi stipule cependant qu’elles peuvent confier l’exercice de cette compétence à un Centre local de développement (CLD). Il existe 120 organismes de ce type au Québec : 111 CLD proprement dits et, dans certains secteurs de Montréal, 9 Corporations de développement économique communautaire (CDEC) qui possèdent un « mandat CLD » . Ce sont tous des organismes à but non lucratif dont le mandat est d’accompagner les entrepreneurs privés et collectifs dans la réalisation de leur projet d’affaires et d’offrir l’ensemble des services de première ligne aux entreprises. Les CLD et CDEC constituent un point de rencontre entre le monde municipal et l’économie sociale.

C’est en décembre 1997 que le gouvernement du Québec votait la loi 171 qui crée les CLD. Cette loi fait suite au Sommet de l’économie et de l’emploi de 1996, qui a reconnu l’économie sociale comme axe stratégique de développement, cherchant notamment à adapter les politiques de soutien aux entreprises. Avec cette loi, les CLD ont reçu comme mandat de développer une stratégie en matière de développement de l’entrepreneuriat, y compris celui qui se fonde sur l’économie sociale. Au même moment, le gouvernement dotait chaque organisme d’un Fonds de développement des entreprises d’économie sociale (FDEÉS), lequel permet le soutien spécifique de ce secteur. Aujourd’hui, les organismes n’ont plus l’obligation de posséder un FDEÉS, mais une très grande majorité a maintenu un outil financier spécifique pour soutenir l’économie sociale. Selon les données du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, c’est plus de 100 millions de dollars qui ont été investis par les FDEÉS dans les entreprises d’économie sociale en 10 ans (1998-2008), créant ou maintenant plus de 47 000 emplois et 5 700 entreprises.

Capitale-Nationale et économie sociale
En 2008, le gouvernement du Québec a adopté un Plan d’action gouvernemental pour l’entrepreneuriat collectif. Ce plan d’action vise à optimiser l’impact de ce secteur d’activité économique et il entend donner aux acteurs du milieu des moyens concrets et adaptés à leur réalité afin d’accroître le dynamisme des régions et de répondre aux besoins des communautés dans une perspective de développement durable.

Le plan d’action prévoit que chaque Conférence régionale des élus (CRÉ) signe une entente spécifique en matière d’économie sociale. Cette dernière est définie de la façon suivante par le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire : « Une entente spécifique est une convention qui associe une CRÉ et un ou des ministères ou organismes gouvernementaux ou d'autres partenaires pour l'exercice des pouvoirs et des responsabilités de la CRÉ, notamment pour la mise en œuvre des priorités régionales et pour l'adaptation des activités gouvernementales aux particularités régionales. » En vertu de son mandat, le Chantier de l’économie sociale du Québec accompagne la mise en place de ces ententes, notamment en soutenant la constitution des Pôles régionaux de l’économie sociale dans chacune des régions, action également prévue dans le plan d’action.

Les entreprises d’économie sociale se sont dotées, dans la région de la Capitale-Nationale d’un pôle d’économie sociale constitué de 27 membres. Le pôle a adopté quelques règles à cet égard, c’est-à-dire qu’il doit y avoir équilibre entre les coopératives et les OBNL, parité entre les femmes et les hommes, représentation des sous-régions (Charlevoix, Portneuf), représentation des divers secteurs d’activités. Le pôle d’économie sociale est intégré à la CRÉ de la Capitale-Nationale et cette dernière a entériné les règles fixées pour la nomination des membres du pôle . L’économie sociale représente, pour la région de la Capitale-Nationale, un modèle porteur, car « Les statistiques montrent que le taux de survie après 10 ans est de 44 % pour les coopératives en général, en comparaison de 19,5 % pour les entreprises qui ne sont pas des coopératives. » De plus, les entreprises d’économie sociale sont fortement ancrées leur milieu et n’envisagent jamais de procéder à des délocalisations.

La politique de la Ville de Montréal
En 2009, la Ville de Montréal inaugurait le Partenariat en Économie sociale et solidaire pour un développement solidaire et durable, première politique publique municipale dans ce domaine au Canada. Ce partenariat est le fruit d’une collaboration entre les acteurs de l’économie sociale et la Ville de Montréal.

« Les objectifs du partenariat sont de reconnaître formellement la contribution de l’économie sociale au développement économique, social et culturel de la métropole; de soutenir l’économie sociale en s’appuyant sur les acquis passés, en renforçant les moyens existants et en adoptant de nouvelles façons de faire qui permettront son épanouissement; de consolider et d’accroître la contribution des acteurs de l’économie sociale au développement durable de la métropole du Québec par le biais de la création et du développement d’entreprises collectives répondant aux besoins de ses citoyens. »,

Le Partenariat entend agir sur cinq grands axes qui sont le soutien à l’entrepreneuriat collectif, des pratiques d’approvisionnement solidaires, une promotion intégrée de l’économie sociale, un rôle accru de l’économie sociale dans les grands projets de développement métropolitain et un apport plus grand de l’économie sociale à l’amélioration de la qualité de vie de la population par des interventions en culture, en loisirs, en tourisme, en habitation, en développement durable.

En 2007, le chiffre d’affaires de l’économie sociale à Montréal a été évalué à 2 milliards de dollars. Près de 3 600 établissements génèrent 61 500 emplois, soit 7 % de l’emploi total sur l’île de Montréal (autant que l’industrie touristique).

Des coopératives au service des populations locales

En dehors des grands centres urbains, les entreprises d’économie sociale sont souvent un élément clé de la survie même des villes et des villages.

À ce titre, les populations locales, la plupart du temps avec le soutien de leur municipalité, ont mis en place des activités afin de développer ou de maintenir des services de proximité, essentiels pour lutter contre la migration vers les grands centres, ou même simplement des déplacements onéreux vers des plus grands centres régionaux. Les organismes d’économie sociale ralentissent l’exode rural, voire même inversent la tendance dans certains cas.

Ainsi, depuis 15 ans, une quarantaine de coopératives de santé ont été créées et sont en activité dans les diverses régions du Québec. La majorité de ces coopératives sont nées afin d’assurer une meilleure accessibilité à des services de soins primaires. On retrouve ainsi dans la clinique, un ou des médecins et parfois, d’autres professionnels (infirmières, pharmaciens). Dans les plus petites localités, les médecins abandonnent la pratique en cabinet privé pour se déplacer vers de plus grands centres, et la population se voit totalement privée de ce service essentiel.

Ainsi, afin d’éviter des déplacements de 50 ou de 100 km, les populations locales ont créé ces coopératives afin de mettre en place une infrastructure qui soit plus attrayante pour les médecins. Dans la majorité des cas, c’est la municipalité elle-même, la caisse Desjardins locale ou souvent les deux organismes ensemble qui ont soit démarré ou accompagné la démarche de développement (salles, animation de réunions, etc.). Dans la plupart des cas, c’est plus de 80 % de la population locale qui est membre de la coopérative. Toutefois, les non-membres ont accès aux services couverts par le régime public d’assurance maladie.

Dans un grand nombre de petites villes ou villages, des services essentiels comme une station-service ou une épicerie disparaissent, car ils ne sont pas rentables pour les grandes entreprises dont c’est là le seul critère. Afin d’éviter des pertes de temps et des déplacements onéreux, des citoyens et citoyennes, accompagnés de la municipalité, ont créé des coopératives multiservices afin de doter la communauté de ces services de base, accompagnés d’autres services comme un comptoir postal ou un guichet automatique. Il est important de souligner que la vaste majorité de ces projets adopte la forme d’une coopérative de solidarité, à savoir des coopératives avec plus d’une catégorie de membres.

Des défis à relever
Bien que depuis 1998, grâce aux CLD et aux CDÉC, des relations entre les autorités locales et le secteur de l’économie sociale se soient développées, elles demeuraient souvent indirectes ou occasionnelles, surtout dans les régions où l’économie sociale était peu organisée en réseau. Dans le monde rural, les municipalités sont souvent très actives dans la mise en place et le soutien à des entreprises collectives. Dans plusieurs secteurs, dont l’habitation, les loisirs, la culture, les services de proximité, les services aux personnes et la gestion des matières résiduelles, les municipalités s’appuient sur les entreprises d’économie sociale pour répondre aux besoins de la collectivité. Dans les milieux urbains, ce n’est que par la mise en place de la Politique de la ville de Montréal en 2009, et la mise en place des Ententes prévues dans le Plan d’action gouvernemental pour l’entrepreneuriat collectif qu’un partenariat formel entre les autorités locales (grâce aux CRÉ) et les acteurs de l’économie sociale des diverses régions ont établi des relations formelles, entre autres pour la promotion et la consolidation de l’économie sociale. Dans la plupart des régions, ce partenariat est toujours dans sa phase initiale et beaucoup reste à faire pour le consolider. Mais déjà, ces partenariats ouvrent tout un chantier de travail pour développer dans chacune des régions des entreprises d’économie sociale en mesure de répondre aux besoins des citoyens de chacune des municipalités du Québec, que ce soit en environnement, en transport durable ou en services de proximité.

Article publié d’abord (en français et an anglais) dans la revue Développement Social, Volume 12, No. 2, Octobre 2011
http://www.revueds.ca/

Message de l’équipe éditoriale
La production de ce bulletin, en français, en anglais, en espagnol et en portugais, est réalisée de manière totalement bénévole.
Nous tenons à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication :
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

10/02/2011

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #82
1er Octobre 2011

Sommaire

Nyéléni Europe: Un important pas en avant pour le mouvement de la Souveraineté Alimentaire en Europe

Fondation du RIPESS Europe, Solidarity Economy Network, Barcelone 9 et 10 septembre 2011


Message de l’équipe éditoriale


Judith nous fait état de l’avancement du mouvement de souveraineté alimentaire en Europe. Nous sommes encouragés par le développement de cette approche, que nous constatons dans l’ensemble des continents.

D’autre part, nous sommes heureux de partager une excellente nouvelle, à savoir la fondation de RIPESS Europe. Martine et Judith participaient à cette rencontre historique, tenue à Barcelone les 9 et 10 septembre dernier.

Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

Nyéléni Europe: Un important pas en avant pour le mouvement de la Souveraineté Alimentaire en Europe

Du 16 au 22 août, plus de 500 participants venus de 40 pays se sont réunis à Krems, en Autriche, afin de partager leurs expériences et de développer l’avenir des réseaux et des actions pour accroître la souveraineté alimentaire en Europe.

Méthodologie et contenu

La méthodologie fut basée sur celle de la première rencontre de Nyéléni, qui s’est tenue au Mali en 2007, qui garantissait que tout le travail en groupe et en sous-groupes était fortement interactif. Le programme était divisé en 5 thèmes, qui traitaient respectivement des a) modèles de production, b) des marchés alternatifs, des chaînes de distribution et réseaux alimentaires locaux, c) des aspects sociaux et conditions de travail, d) de l’accès à la terre et aux autres ressources, et e) des politiques publiques. Une attention toute particulière était portée sur une participation jeune, dont le quota était fixé à 30%, ainsi qu’à celle des femmes. Il y avait aussi des réunions par groupe d’intérêt (producteurs, ONGs…) et un grand nombre d’activités auto-organisées, tout comme une excellente manifestation et une foire publique, sur une des multiples places historiques de la vieille ville, destinées à aider à la prise de conscience publique.

Volontaires


Comme cela se doit pour une telle rencontre, la nourriture préparée sur place fut locale et bio, et les excellents repas végétaliens (à base de produits non-animaliers) étaient préparés par une équipe de bénévoles. Cette cuisine était de loin la meilleure cuisine collective de ce type que je n’ai jamais mangé! Une grande équipe d’interprètes bénévoles ont couvert une vaste gamme de langues de l’Europe de l’est, de l’ouest, du sud et du nord.

Caractéristiques du travail de la semaine

L’aspect prédominant de la rencontre était l’ambiance et le dévouement au travail calme et concentré des participants. Était-ce parce que nous étions dans un pays de l’Europe centrale? La participation massive de jeunes incroyablement engagés? Ou bien parce que par ces temps de crise, la solution évidente semble être de ne pas critiquer, mais plutôt de construire de vraies alternatives au système néolibéral?

Beaucoup de réseaux tels La Via Campesina, Urgenci (le réseau international de l’Agriculture Soutenue par la Communauté-ASC), les Amis de la Terre et autres acteurs du mouvement de la Souveraineté alimentaire étaient des acteurs clés dans ce processus. Les questions comme l’ASC et autres formes de ventes directes, 2) l’accès aux offres d’appels publiques par des petits producteurs, 3) les systèmes de garantis participatifs (SGP), comme la certification alternative par les pairs pour la production bio, 4) le besoin de voir naître des réglementations qui favorisent l’agriculture paysanne et la transformation des produits plutôt que les industriels, l’interdiction des semences OGM, et la liberté pour les agriculteurs d’échanger, de vendre et de sauvegarder leurs semences, faisaient partie des différents éléments perçus comme le chemin qui permettrait au mouvement de la souveraineté alimentaire européen d’avancer avec des alternatives économiques et sociales entre les différentes parties prenantes à tout niveau pour créer un véritable dialogue social territorial.

C’était une semaine pleine d’inspiration, surtout de voir tant de jeunes pleins d’énergie et dévoués participer aux travaux.

La Déclaration Finale de Nyéléni Europe se trouve sur le site Internet à www.nyelenieurope.net

Judith Hitchman

Fondation du RIPESS Europe, Solidarity Economy Network, Barcelone 9 et 10 septembre 2011.

Dans le cadre de la stratégie du RIPESS international et deux ans après la 4ème rencontre de Globalisation des solidarités, accueillie au Grand Duché de Luxembourg, une centaine de délégués et de représentants de réseaux européens ont fondé le RIPESS Europe. Ils n’auraient pas pu réussir cet événement, presque sans moyens, sans la mobilisation et l’accueil efficace et convivial de la XES, Xarxa Economia Solidaria, membre du REAS espagnol. Environ 50 hébergements solidaires chez l’habitant ! Les pays présents ont été : Allemagne, Belgique, Catalogne, France, Espagne, Hongrie, Italie, Luxembourg, Portugal, Roumanie, Suisse. Avec la présence d’une délégation des voisins méditerranéens du Maroc, de Tunisie et d’Égypte.

Au menu du Congrès : la discussion et la validation des propositions qu’avait préparé le Comité de préparation, composé de membres actifs dans la préparation de Forum européen LUX’09 en avril 2009 (Manifeste et grandes lignes des statuts) ; la désignation du premier Comité d’Organisation. Il est composé d’un panel, pondéré entre : plateformes nationales, réseaux régionaux ou interrégionaux, réseaux sectoriels ou intersectoriels, personnes-ressources ou chercheurs.

Les activités des deux prochaines années ont été définies dans leurs grandes lignes à partir de la mise en commun des travaux qui seront conduits dans 6 Groupes de Travail :
GT1-- Cartographie, extension, identité et coopération
GT2 – Services sociaux d’intérêt général (SSIG), relations entre le secteur public et l’ESS
GT3 - Développement territorial, économie solidaire, souveraineté alimentaire pacte local : quelles convergences pour construire collectivement?
GT4 - Consommation responsable, commerce équitable, et tourisme solidaire, finances éthiques : construire le marché social.
GT5 - L’ESS comme alternative au système capitaliste
GT6 – RIPESS Europe : stratégies, positionnements, méthodes et plus-value : comment prendre toute sa place dans le débat européen.

L’approche territoriale transversale qu’apportent plus particulièrement les P’ACTES Européens prend sa part dans la fondation : avec une femme comme déléguée principale, Priscila Soarès, 30 ans d’aménagement régional participatif en Algarve, au Sud du Portugal, et France Joubert. Le GT3 qu’ils animent s’est donné l’objectif de produire des convergences en réalisant des voyages apprenants : bon outil pour apprendre les uns des autres : 2 ou 3 sont prévus en 2012 : au Maroc, en Catalogne, en Roumanie.
Des collectifs d’acteurs vers l’acteur collectif, les conditions sont réunies pour que l’Europe apporte sa quote-part de réussite à la grande transition !
Martine Theveniaut
http://www.ripesseu.net/

Annonce

Le nouveau site web du Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS) est maintenant en ligne, et ce en français, en anglais et en espagnol:
www.ripess.org

Le site sera régulièrement alimenté de nouvelles et des annonces d’évènements, ainsi que diverses ressources et informations.

Prenez note que vous pouvez vous y inscrire afin de recevoir directement des nouvelles à l’avenir.


Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :

http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/

Message de l’équipe éditoriale
La production de ce bulletin, en français, en anglais, en espagnol et en portugais, est réalisée de manière totalement bénévole.
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