11/01/2009
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #63
1 Novembre 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
Reclaim the fields
Une initiative de la jeunesse paysanne européenne
Changer d’indicateurs
Un débat de société sur le développement que nous voulons
Inner City Development Cooperative (Manille, Philippines)
Une catastrophe
Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro, nous vous présentons deux articles rédigés respectivement par Judith et Martine à la lumière de leur participation respective à deux rencontres récentes en Europe. Les deux rencontres, à partir de thématiques très différentes, abordent de front des approches alternatives au développement tel que nous le connaissons.
Pour leur part, des jeunes paysans établissent des approches et des stratégies pour une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement et ancrée dans les communautés locales. D’autre part, nous savons tous que l’indicateur économique dominant est le calcul du Produit Intérieur Brut (PIB). Or, cet indicateur est totalement inadéquat pour mesurer le bien-être humain, voire la «vraie» richesse des sociétés. À titre d’exemple, mentionnons que la récupération et le recyclage des déchets ajoutent plus au PIB qu’une réutilisation des biens qui sont planifiés pour durer plus longtemps. La pièce de théâtre, «le paradoxe de l’Erika» met en scène comment ce désastre écologique est transformé en indicateur de croissance du PIB de la France!! Nous pourrions énumérer de nombreux autres exemples. Ainsi, il est très important que d’autres indicateurs soient mis en place.
Enfin, nous désirons vous faire part de la catastrophe qui a frappé le quartier de Tatalon à Manille. Nous avions décrit dans le Bulletin #44 le travail inspirant de la Inner City Development Cooperative. Maintenant, tout est à reconstruire.
Nous voulons témoigner notre solidarité avec les membres de cette communauté.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Reclaim the fields
Une initiative de la jeunesse paysanne européenne
Reclaim the Fields était une rencontre d’environ 300 jeunes agriculteurs-paysans et jeunes sans-terres ayant des projets de différentes sortes, venus de différents pays d’Europe. Le concept «Reclaim the fields» pourrait se traduire en français par : « Réapproprions-nous les terres agricoles !». Le campement s’est tenu sur une ferme collective, Cravirola, près de Minerve dans le Sud-ouest de la France, du 30 septembre au 4 octobre. Il a été organisé par un mouvement de jeunes très proches de Via Campesina, créé à Rostock, lors de la rencontre anti-G8 en 2007.
Le campement a été largement autogéré (camping, cuisine collective, ateliers et sessions plénières…). Le but était de traiter des diverses questions qui sont devenues de plus en plus critiques dans le cadre des crises multiples actuelles (financière, économique, changement climatique, sociale, et particulièrement alimentaire…). Les participants étaient soit des paysans ayant déjà démarré un projet, ou qui en avaient l’intention. Les questions clés discutées étaient celles de l’accès à la terre et aux semences. Un accent particulier était mis sur le droit traditionnel des paysans de conserver, échanger et ressemer leurs semences.
Certaines des discussions visaient aussi la question du prix juste des produits ainsi que les circuits directs de la ferme aux consommateurs, la reconnaissance sociale des paysans, l’opposition au modèle industriel dominant et le besoin d’une réforme pour avoir une politique agraire et agriculturale juste. D’autres ateliers traitaient des idées pour développer la capacitation et les formations populaires plus adaptées au modèle paysan, et sur les leviers qui permettraient à ceux qui veulent travailler la terre de le faire. Mais la question de loin la plus récurrente «était celle de l’accès à la terre. La situation est différente d’un pays à l’autre, avec une loi et des prix qui varient d’un pays et d’une région à l’autre.
L’importance des communautés locales et le développement local durable
Une des questions centrales et récurrentes était la recherche de la meilleure façon d’articuler et d’organiser les choses sur le plan local. L’agriculture paysanne est probablement l’un des moyens les plus efficaces de combattre le changement climatique, améliorer la santé et maintenir ne économie locale durable. Certaines des discussions les plus intéressantes concernaient les moyens de réussir à se faire accepter au sein des communautés rurales. Ceci concerne non seulement les nouveaux arrivants, mais aussi le cas des transmissions d’une ferme au sein d’une même famille, particulièrement si la transmission se fait de père en fille, ou si la nouvelle génération souhaite changer la manière de gérer la ferme (un changement vers l’agriculture bio, ou bien de l’élevage de bétail vers le maraîchage, par exemple).
Réussir à se faire accepter implique forcément un effort des deux côtés. Il faut toujours faire ses preuves auprès de la communauté, en tant que nouvel arrivant que l’on apporte non pas des menaces, mais du positif. Devenir un membre accepté à part entière au sein d’une communauté rurale est donc un des leviers du succès. Et savoir se faire accepter est d’une très grande importance. Peu importe s’il s’agit d’arrivants “néo-ruraux”, ou bien de personnes natives des lieus, mais de savoir si elles sont perçues comme “différentes” ou “marginales”. La question de la conversion à l’agriculture bio évoque les mêmes questions, mais se trouve actuellement au coeur d’une promotion grand public, souvent plus favorablement accueillie.
L’Accès à la terre
L’idée d’apprendre à travailler au sein des communautés locales et d’obtenir un soutien des autorités locales et de faire en sorte que des terres soient réservées à l’agriculture paysanne et le maraîchage a souvent été mentionnée. Ceci doit aussi tenir compte de la notion de la propriété et des projets collectifs, aussi bien que la notion plus traditionnelle de la propriété individuelle. L’idée pour l’avenir était aussi de développer une communauté en-ligne pour informer et échanger sur les terres disponibles qui pourraient convenir aux projets des uns et des autres. Des structures telles que Terre de Liens et la Nef en France, sont d’une aide précieuse, mais insuffisante. Trop de terres restent inoccupées et en friche. Même si l’idée première est de trouver un accès par des moyens paisibles et légaux, il faudra une réforme agraire profonde pour trouver des solutions plus équitables. Le Mouvement des Sans Terre au Brésil, ainsi que la pratique d’occupation des terres inutilisées est aussi très efficace…Chaque pays a sa législation propre qui peut, soit faciliter, soit constituer un obstacle majeur. L’accès à la terre est très fortement contrôlé en France, et ceci constitue souvent une difficulté.
La vente et les circuits directs des produits
Tous les réseaux et les solutions existantes comme l’Agriculture Soutenue par les Communautés (ASC) et les AMAPs (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) font partie des réponses. Le maintien des marchés locaux qui permettent aux paysans de vendre leurs produits directement, les ventes à la ferme, lier la vente à l’agrotourisme, et d’autres initiatives encore, doivent être soutenues. Il existe aussi bon nombre d’initiatives atypiques qui ne rentrent pas dans des moules tout faits, et qui ont besoin d’être considérées. Le basculement vers l’inclusion des petits producteurs ‘bio’ en France dans les appels d’offres des autorités locales pour la nourriture des cantines scolaires en France est une chose positive. Mais tout ceci requiert du lobbying et de la communication avec les structures locales.
La dimension urbaine est une chose à ne pas négliger, en termes de maraîchage périurbain ou urbain (lotissements) mais aussi dans la mesure où il faut développer des liens avec les mouvements sociaux urbains pour améliorer les conditions de vie et l’accès à une nourriture saine et de prix abordable.
Le campement s’est terminé avec une manifestation paisible devant les locaux régionaux de la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural) une structure étatique qui joue un rôle puissant dans la vente et l’acquisition des terres. Ceci a clairement démontré la volonté des jeunes, nombreux dans leur détermination, d’acquérir des terres, de construire un mouvement européen de jeunes paysans.
Auteur : Judith Hitchman
Article original en français et en anglais
http://reclaimthefields.org/
http://reclaimthefields.org/content/action-à-la-safer
http://www.terredeliens.org
Changer d’indicateurs
Un débat de société sur le développement que nous voulons.
Nos indicateurs nous rendent aveugles ! La crise que nous traversons va bien au-delà d’une crise financière et économique. Aujourd’hui, l’indicateur principal de mesure de la richesse reste le produit intérieur brut et son évolution, à savoir, la croissance économique. Or, cet indicateur ne prend en compte que les échanges monétaires, laissant de côté les éléments qui n’ont pas de « prix » alors qu’ils sont bien souvent inestimables… Des chercheurs s’interrogent sur des mesures alternatives du bien-être. Tandis que la croissance du PIB a servi de référence au progrès depuis la 2ème guerre mondiale, il est devenu plus que jamais nécessaire de repenser le progrès en termes de bien-être de tous, sans exclusion, y compris les générations futures et donc de réduction des écarts, de partage des ressources, de cohésion sociale et de développement durable ….
Dans l’ensemble des initiatives et des travaux récemment consacrés à ce sujet, le rapport de la Commission Stiglitz a ouvert une brèche.
Deux rencontres récentes ont placé leur focus sur des indicateurs territoriaux de bien-être.
Les Territoires de Coresponsabilité ont organisé leur Première rencontre internationale, le 25 septembre 2009, dans la ville de Mulhouse, pionnière dans ce processus.
Dans sa stratégie de cohésion sociale, le Conseil de l'Europe définit cette dernière comme étant « la capacité de la société à assurer le bien-être de tous par la coresponsabilité de ses différentes parties prenantes (acteurs publics, privés, citoyens). Un lien est établi avec le développement durable en y incluant le bien-être des générations futures, faisant du bien-être de toutes les générations un objectif de progrès sociétal ». Sous son impulsion, plusieurs territoires ont commencé à mettre en œuvre cette nouvelle approche en partant de cette définition et d’une méthode où les citoyens sont invités à repenser l’organisation de la société dans laquelle ils vivent, à partir des besoins réels identifiés de façon concertée.
La première application de la méthode a été conduite dans la Ville de Mulhouse, à partir de 2005 en France, avec l’appui de Samuel Thirion (de la division pour le développement de la cohésion sociale). C'est celle qui a permis de mettre au point les premières bases. Elle reste aujourd'hui la plus avancée dans son développement. Dans la suite, des applications ont été conduites également dans le Département de Timisoara en Roumanie, la Province Autonome de Trento en Italie et à Paris en Région Ile-de-France. Elles ont donné lieu à la mise en place du concept de Territoires de coresponsabilité.
La méthode est actuellement reprise dans le cadre du Programme National de Lutte contre la Pauvreté en Milieu Rural (PLPR) au Cap Vert, co-financé par le FIDA, permettant de l'inscrire dans un cadre institutionnel qui fait le lien entre le niveau communautaire, le niveau régional et le niveau national. Un lien entre l'approche locale et les politiques régionales est également en voie de se concrétiser en Région Wallonne (Belgique).Actuellement d'autres territoires, régions et/ou pays envisagent de l'utiliser ou de s'en inspirer, notamment en Bretagne (France) avec l'appui de l'ONG PEKEA et au Gabon.
La mise en place de cette stratégie suppose : l'élaboration d'indicateurs pour définir et mesurer le bien-être de tous; notamment avec les citoyens; le partage concerté des responsabilités pour assurer un progrès vers le bien-être de tous, y compris celui des générations futures ; le suivi-évaluation du progrès sociétal ainsi réalisé.
Des informations sur le site http://spiral.cws.coe.int
Le programme ISBET (Indicateurs sociétaux de Bien Etre Territorialisés), présentait ses premiers résultats le 5 octobre à Rennes (France) : « Comment compter ce qui compte sur un territoire ? », organisés par PEKEA et le Club des Gouvernements locaux.
Pekea est est l’acronyme d’un terme anglais qui a pour objet de qualifier le projet de construire un savoir politique et éthique sur les activités économiques. Plus de 900 personnes en sont membres. Elle est reconnue par l’ONU, en tant qu’ONG consultative auprès du Conseil Economique et Social. Ses membres sont issus du monde de la recherche et de l’université, d’associations, surtout ONG, qui mènent des actions alternatives sur le terrain et de citoyens concernés. Une cinquantaine de pays ont des participants. L’organisation en réseau et la forte utilisation d’Internet donnent une dimension internationale à l’organisation dont le siège mondial est à Rennes. Les textes en ligne sont publiés en trois langues, le français, l’anglais et l’espagnol.
Pourquoi un club de gouvernements locaux ? À l’initiative de Rennes Métropole, l’idée de club a été discutée et travaillée entre élus de quelques collectivités locales. Formellement, 3 Gouvernements locaux ont initié la création du club en 2006 : Rennes Métropole, Département d’Ille et Vilaine, Région Bretagne, rejointes en 2007 par la Région Nord Pas de Calais. Le CGL est présidé par Alain Yvergniaux, Conseil régional de Bretagne.
La question essentielle des gouvernements locaux, leur ambition première est d’améliorer le bien-être des membres de la communauté dont ils ont la responsabilité. C'est-à-dire de prendre un certain nombre de décisions et de mesures aptes à améliorer ce bien-être, c'est-à-dire encore à faire croître la valeur sociétale globale. On voit à l’évidence la convergence entre le projet de PEKEA qui veut donner un contenu au concept de « valeur sociétale » et cette volonté des gouvernements locaux d’avoir une indication sur le niveau de bien-être de la communauté locale dont ils ont la charge ; y parvenir permettra d’éclairer la prise de toute mesure appropriée qui puisse accroître ce niveau de bien être sociétal.
Le projet ISBET (Indicateurs Sociétaux de Bien Etre Territorialisés), financé par la Région Bretagne, inscrit dans le programme PEKEA, se situe dans cette perspective. D’un point de vue analytique, ce projet s’articule autour de trois axes :
1. Le calcul d’un IDH Régional et de déclinaisons territorialisées (IDH2, IDH3, IDH4…) ;
2. La construction d’indicateurs territorialisés avec la participation et l’implication des citoyens et des parties prenantes sur deux territoires bretons.
3. Une réflexion théorique sur les procédures de construction participative d’indicateurs.
La démarche de construction collective d’indicateurs de bien-être (l’axe 2 du projet) s’inspire de celle du Conseil de l’Europe. L’objectif de cette démarche est ainsi de rendre visible ce qui compte vraiment pour les citoyens dans le but d’être force de proposition dans l’élaboration des politiques publiques actives en matière de cohésion sociale territoriale, de développement durable… La participation des citoyens, des associations, des acteurs économiques… à la construction d’une définition partagée du bien-être de tous et pour tous apparaît comme un préalable essentiel pour révéler ce qui compte vraiment pour eux.
Cette démarche est actuellement expérimentée sur deux territoires de communautés de communes sous attraction urbaine de Rennes : Val d’Ille et Pipriac dans le département d’Ille et Vilaine.
Contacts : PEKEA, Michel Renault, coordinateur du projet ISBET et avec les informations transmises par Claire Cartieaux
http://www.pekea.org
Martine Theveniaut (qui a participé à ces deux réunions).
Inner City Development Cooperative (Manille, Philippines)
Une catastrophe
Dans le Bulletin #44, publié le 1er décembre 2007, nous vous avions présenté la Inner City Development Coop (ICDC) qu’Yvon avait eu l’occasion de visiter en octobre 2007 à l’occasion du premier Forum asiatique d’économie solidaire.
Or, une tragédie vient d’affecter la communauté. Le typhon Ondoy a frappé très durement le 26 septembre dernier. Tel que décrit dans un message reçu de la part Zeny de Jesus de ICDC, le désastre s'est abattu sur l’ensemble de la communauté, incluant 99% des membres de la coopérative. Et ce n’est pas tout, un incendie a en même temps détruit 600 logements. Le message explique bien la situation.
Comme ça arrive souvent, les plus pauvres sont les plus affectés quand les désastres surviennent, notamment parce que le bidonville est situé dans des zones plus propices à des inondations.
Malgré tout, avec l’outil collectif qu’ils possèdent, la coopérative, ils ont immédiatement pris en charge les activités de survie pour eux et pour la communauté.
Ayant constaté la force et la volonté de la coopérative et de ses membres, je suis certain qu’ils réussiront à reconstruire leur communauté, et à renouveler les efforts pour sortir la population de la pauvreté.
Auteur : Yvon Poirier
Même si l’article suivant n’est qu’en français, il permet de visualiser, grâce aux photos, les dégâts.
http://blog.lefigaro.fr/babyloan/2009/09/manille-ou-lirresistible-montee-des-perils.html
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #63
1 Novembre 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
Reclaim the fields
Une initiative de la jeunesse paysanne européenne
Changer d’indicateurs
Un débat de société sur le développement que nous voulons
Inner City Development Cooperative (Manille, Philippines)
Une catastrophe
Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro, nous vous présentons deux articles rédigés respectivement par Judith et Martine à la lumière de leur participation respective à deux rencontres récentes en Europe. Les deux rencontres, à partir de thématiques très différentes, abordent de front des approches alternatives au développement tel que nous le connaissons.
Pour leur part, des jeunes paysans établissent des approches et des stratégies pour une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement et ancrée dans les communautés locales. D’autre part, nous savons tous que l’indicateur économique dominant est le calcul du Produit Intérieur Brut (PIB). Or, cet indicateur est totalement inadéquat pour mesurer le bien-être humain, voire la «vraie» richesse des sociétés. À titre d’exemple, mentionnons que la récupération et le recyclage des déchets ajoutent plus au PIB qu’une réutilisation des biens qui sont planifiés pour durer plus longtemps. La pièce de théâtre, «le paradoxe de l’Erika» met en scène comment ce désastre écologique est transformé en indicateur de croissance du PIB de la France!! Nous pourrions énumérer de nombreux autres exemples. Ainsi, il est très important que d’autres indicateurs soient mis en place.
Enfin, nous désirons vous faire part de la catastrophe qui a frappé le quartier de Tatalon à Manille. Nous avions décrit dans le Bulletin #44 le travail inspirant de la Inner City Development Cooperative. Maintenant, tout est à reconstruire.
Nous voulons témoigner notre solidarité avec les membres de cette communauté.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Reclaim the fields
Une initiative de la jeunesse paysanne européenne
Reclaim the Fields était une rencontre d’environ 300 jeunes agriculteurs-paysans et jeunes sans-terres ayant des projets de différentes sortes, venus de différents pays d’Europe. Le concept «Reclaim the fields» pourrait se traduire en français par : « Réapproprions-nous les terres agricoles !». Le campement s’est tenu sur une ferme collective, Cravirola, près de Minerve dans le Sud-ouest de la France, du 30 septembre au 4 octobre. Il a été organisé par un mouvement de jeunes très proches de Via Campesina, créé à Rostock, lors de la rencontre anti-G8 en 2007.
Le campement a été largement autogéré (camping, cuisine collective, ateliers et sessions plénières…). Le but était de traiter des diverses questions qui sont devenues de plus en plus critiques dans le cadre des crises multiples actuelles (financière, économique, changement climatique, sociale, et particulièrement alimentaire…). Les participants étaient soit des paysans ayant déjà démarré un projet, ou qui en avaient l’intention. Les questions clés discutées étaient celles de l’accès à la terre et aux semences. Un accent particulier était mis sur le droit traditionnel des paysans de conserver, échanger et ressemer leurs semences.
Certaines des discussions visaient aussi la question du prix juste des produits ainsi que les circuits directs de la ferme aux consommateurs, la reconnaissance sociale des paysans, l’opposition au modèle industriel dominant et le besoin d’une réforme pour avoir une politique agraire et agriculturale juste. D’autres ateliers traitaient des idées pour développer la capacitation et les formations populaires plus adaptées au modèle paysan, et sur les leviers qui permettraient à ceux qui veulent travailler la terre de le faire. Mais la question de loin la plus récurrente «était celle de l’accès à la terre. La situation est différente d’un pays à l’autre, avec une loi et des prix qui varient d’un pays et d’une région à l’autre.
L’importance des communautés locales et le développement local durable
Une des questions centrales et récurrentes était la recherche de la meilleure façon d’articuler et d’organiser les choses sur le plan local. L’agriculture paysanne est probablement l’un des moyens les plus efficaces de combattre le changement climatique, améliorer la santé et maintenir ne économie locale durable. Certaines des discussions les plus intéressantes concernaient les moyens de réussir à se faire accepter au sein des communautés rurales. Ceci concerne non seulement les nouveaux arrivants, mais aussi le cas des transmissions d’une ferme au sein d’une même famille, particulièrement si la transmission se fait de père en fille, ou si la nouvelle génération souhaite changer la manière de gérer la ferme (un changement vers l’agriculture bio, ou bien de l’élevage de bétail vers le maraîchage, par exemple).
Réussir à se faire accepter implique forcément un effort des deux côtés. Il faut toujours faire ses preuves auprès de la communauté, en tant que nouvel arrivant que l’on apporte non pas des menaces, mais du positif. Devenir un membre accepté à part entière au sein d’une communauté rurale est donc un des leviers du succès. Et savoir se faire accepter est d’une très grande importance. Peu importe s’il s’agit d’arrivants “néo-ruraux”, ou bien de personnes natives des lieus, mais de savoir si elles sont perçues comme “différentes” ou “marginales”. La question de la conversion à l’agriculture bio évoque les mêmes questions, mais se trouve actuellement au coeur d’une promotion grand public, souvent plus favorablement accueillie.
L’Accès à la terre
L’idée d’apprendre à travailler au sein des communautés locales et d’obtenir un soutien des autorités locales et de faire en sorte que des terres soient réservées à l’agriculture paysanne et le maraîchage a souvent été mentionnée. Ceci doit aussi tenir compte de la notion de la propriété et des projets collectifs, aussi bien que la notion plus traditionnelle de la propriété individuelle. L’idée pour l’avenir était aussi de développer une communauté en-ligne pour informer et échanger sur les terres disponibles qui pourraient convenir aux projets des uns et des autres. Des structures telles que Terre de Liens et la Nef en France, sont d’une aide précieuse, mais insuffisante. Trop de terres restent inoccupées et en friche. Même si l’idée première est de trouver un accès par des moyens paisibles et légaux, il faudra une réforme agraire profonde pour trouver des solutions plus équitables. Le Mouvement des Sans Terre au Brésil, ainsi que la pratique d’occupation des terres inutilisées est aussi très efficace…Chaque pays a sa législation propre qui peut, soit faciliter, soit constituer un obstacle majeur. L’accès à la terre est très fortement contrôlé en France, et ceci constitue souvent une difficulté.
La vente et les circuits directs des produits
Tous les réseaux et les solutions existantes comme l’Agriculture Soutenue par les Communautés (ASC) et les AMAPs (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) font partie des réponses. Le maintien des marchés locaux qui permettent aux paysans de vendre leurs produits directement, les ventes à la ferme, lier la vente à l’agrotourisme, et d’autres initiatives encore, doivent être soutenues. Il existe aussi bon nombre d’initiatives atypiques qui ne rentrent pas dans des moules tout faits, et qui ont besoin d’être considérées. Le basculement vers l’inclusion des petits producteurs ‘bio’ en France dans les appels d’offres des autorités locales pour la nourriture des cantines scolaires en France est une chose positive. Mais tout ceci requiert du lobbying et de la communication avec les structures locales.
La dimension urbaine est une chose à ne pas négliger, en termes de maraîchage périurbain ou urbain (lotissements) mais aussi dans la mesure où il faut développer des liens avec les mouvements sociaux urbains pour améliorer les conditions de vie et l’accès à une nourriture saine et de prix abordable.
Le campement s’est terminé avec une manifestation paisible devant les locaux régionaux de la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural) une structure étatique qui joue un rôle puissant dans la vente et l’acquisition des terres. Ceci a clairement démontré la volonté des jeunes, nombreux dans leur détermination, d’acquérir des terres, de construire un mouvement européen de jeunes paysans.
Auteur : Judith Hitchman
Article original en français et en anglais
http://reclaimthefields.org/
http://reclaimthefields.org/content/action-à-la-safer
http://www.terredeliens.org
Changer d’indicateurs
Un débat de société sur le développement que nous voulons.
Nos indicateurs nous rendent aveugles ! La crise que nous traversons va bien au-delà d’une crise financière et économique. Aujourd’hui, l’indicateur principal de mesure de la richesse reste le produit intérieur brut et son évolution, à savoir, la croissance économique. Or, cet indicateur ne prend en compte que les échanges monétaires, laissant de côté les éléments qui n’ont pas de « prix » alors qu’ils sont bien souvent inestimables… Des chercheurs s’interrogent sur des mesures alternatives du bien-être. Tandis que la croissance du PIB a servi de référence au progrès depuis la 2ème guerre mondiale, il est devenu plus que jamais nécessaire de repenser le progrès en termes de bien-être de tous, sans exclusion, y compris les générations futures et donc de réduction des écarts, de partage des ressources, de cohésion sociale et de développement durable ….
Dans l’ensemble des initiatives et des travaux récemment consacrés à ce sujet, le rapport de la Commission Stiglitz a ouvert une brèche.
Deux rencontres récentes ont placé leur focus sur des indicateurs territoriaux de bien-être.
Les Territoires de Coresponsabilité ont organisé leur Première rencontre internationale, le 25 septembre 2009, dans la ville de Mulhouse, pionnière dans ce processus.
Dans sa stratégie de cohésion sociale, le Conseil de l'Europe définit cette dernière comme étant « la capacité de la société à assurer le bien-être de tous par la coresponsabilité de ses différentes parties prenantes (acteurs publics, privés, citoyens). Un lien est établi avec le développement durable en y incluant le bien-être des générations futures, faisant du bien-être de toutes les générations un objectif de progrès sociétal ». Sous son impulsion, plusieurs territoires ont commencé à mettre en œuvre cette nouvelle approche en partant de cette définition et d’une méthode où les citoyens sont invités à repenser l’organisation de la société dans laquelle ils vivent, à partir des besoins réels identifiés de façon concertée.
La première application de la méthode a été conduite dans la Ville de Mulhouse, à partir de 2005 en France, avec l’appui de Samuel Thirion (de la division pour le développement de la cohésion sociale). C'est celle qui a permis de mettre au point les premières bases. Elle reste aujourd'hui la plus avancée dans son développement. Dans la suite, des applications ont été conduites également dans le Département de Timisoara en Roumanie, la Province Autonome de Trento en Italie et à Paris en Région Ile-de-France. Elles ont donné lieu à la mise en place du concept de Territoires de coresponsabilité.
La méthode est actuellement reprise dans le cadre du Programme National de Lutte contre la Pauvreté en Milieu Rural (PLPR) au Cap Vert, co-financé par le FIDA, permettant de l'inscrire dans un cadre institutionnel qui fait le lien entre le niveau communautaire, le niveau régional et le niveau national. Un lien entre l'approche locale et les politiques régionales est également en voie de se concrétiser en Région Wallonne (Belgique).Actuellement d'autres territoires, régions et/ou pays envisagent de l'utiliser ou de s'en inspirer, notamment en Bretagne (France) avec l'appui de l'ONG PEKEA et au Gabon.
La mise en place de cette stratégie suppose : l'élaboration d'indicateurs pour définir et mesurer le bien-être de tous; notamment avec les citoyens; le partage concerté des responsabilités pour assurer un progrès vers le bien-être de tous, y compris celui des générations futures ; le suivi-évaluation du progrès sociétal ainsi réalisé.
Des informations sur le site http://spiral.cws.coe.int
Le programme ISBET (Indicateurs sociétaux de Bien Etre Territorialisés), présentait ses premiers résultats le 5 octobre à Rennes (France) : « Comment compter ce qui compte sur un territoire ? », organisés par PEKEA et le Club des Gouvernements locaux.
Pekea est est l’acronyme d’un terme anglais qui a pour objet de qualifier le projet de construire un savoir politique et éthique sur les activités économiques. Plus de 900 personnes en sont membres. Elle est reconnue par l’ONU, en tant qu’ONG consultative auprès du Conseil Economique et Social. Ses membres sont issus du monde de la recherche et de l’université, d’associations, surtout ONG, qui mènent des actions alternatives sur le terrain et de citoyens concernés. Une cinquantaine de pays ont des participants. L’organisation en réseau et la forte utilisation d’Internet donnent une dimension internationale à l’organisation dont le siège mondial est à Rennes. Les textes en ligne sont publiés en trois langues, le français, l’anglais et l’espagnol.
Pourquoi un club de gouvernements locaux ? À l’initiative de Rennes Métropole, l’idée de club a été discutée et travaillée entre élus de quelques collectivités locales. Formellement, 3 Gouvernements locaux ont initié la création du club en 2006 : Rennes Métropole, Département d’Ille et Vilaine, Région Bretagne, rejointes en 2007 par la Région Nord Pas de Calais. Le CGL est présidé par Alain Yvergniaux, Conseil régional de Bretagne.
La question essentielle des gouvernements locaux, leur ambition première est d’améliorer le bien-être des membres de la communauté dont ils ont la responsabilité. C'est-à-dire de prendre un certain nombre de décisions et de mesures aptes à améliorer ce bien-être, c'est-à-dire encore à faire croître la valeur sociétale globale. On voit à l’évidence la convergence entre le projet de PEKEA qui veut donner un contenu au concept de « valeur sociétale » et cette volonté des gouvernements locaux d’avoir une indication sur le niveau de bien-être de la communauté locale dont ils ont la charge ; y parvenir permettra d’éclairer la prise de toute mesure appropriée qui puisse accroître ce niveau de bien être sociétal.
Le projet ISBET (Indicateurs Sociétaux de Bien Etre Territorialisés), financé par la Région Bretagne, inscrit dans le programme PEKEA, se situe dans cette perspective. D’un point de vue analytique, ce projet s’articule autour de trois axes :
1. Le calcul d’un IDH Régional et de déclinaisons territorialisées (IDH2, IDH3, IDH4…) ;
2. La construction d’indicateurs territorialisés avec la participation et l’implication des citoyens et des parties prenantes sur deux territoires bretons.
3. Une réflexion théorique sur les procédures de construction participative d’indicateurs.
La démarche de construction collective d’indicateurs de bien-être (l’axe 2 du projet) s’inspire de celle du Conseil de l’Europe. L’objectif de cette démarche est ainsi de rendre visible ce qui compte vraiment pour les citoyens dans le but d’être force de proposition dans l’élaboration des politiques publiques actives en matière de cohésion sociale territoriale, de développement durable… La participation des citoyens, des associations, des acteurs économiques… à la construction d’une définition partagée du bien-être de tous et pour tous apparaît comme un préalable essentiel pour révéler ce qui compte vraiment pour eux.
Cette démarche est actuellement expérimentée sur deux territoires de communautés de communes sous attraction urbaine de Rennes : Val d’Ille et Pipriac dans le département d’Ille et Vilaine.
Contacts : PEKEA, Michel Renault, coordinateur du projet ISBET et avec les informations transmises par Claire Cartieaux
http://www.pekea.org
Martine Theveniaut (qui a participé à ces deux réunions).
Inner City Development Cooperative (Manille, Philippines)
Une catastrophe
Dans le Bulletin #44, publié le 1er décembre 2007, nous vous avions présenté la Inner City Development Coop (ICDC) qu’Yvon avait eu l’occasion de visiter en octobre 2007 à l’occasion du premier Forum asiatique d’économie solidaire.
Or, une tragédie vient d’affecter la communauté. Le typhon Ondoy a frappé très durement le 26 septembre dernier. Tel que décrit dans un message reçu de la part Zeny de Jesus de ICDC, le désastre s'est abattu sur l’ensemble de la communauté, incluant 99% des membres de la coopérative. Et ce n’est pas tout, un incendie a en même temps détruit 600 logements. Le message explique bien la situation.
Comme ça arrive souvent, les plus pauvres sont les plus affectés quand les désastres surviennent, notamment parce que le bidonville est situé dans des zones plus propices à des inondations.
Malgré tout, avec l’outil collectif qu’ils possèdent, la coopérative, ils ont immédiatement pris en charge les activités de survie pour eux et pour la communauté.
Ayant constaté la force et la volonté de la coopérative et de ses membres, je suis certain qu’ils réussiront à reconstruire leur communauté, et à renouveler les efforts pour sortir la population de la pauvreté.
Auteur : Yvon Poirier
Même si l’article suivant n’est qu’en français, il permet de visualiser, grâce aux photos, les dégâts.
http://blog.lefigaro.fr/babyloan/2009/09/manille-ou-lirresistible-montee-des-perils.html
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www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
10/01/2009
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #62
1 Octobre 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
Transition Towns (Les Villes de Transition)
Un réseau international d’initiatives locales pour relever le défi du Pic Pétrolier et du changement climatique
Message de l’équipe éditoriale
Cet article principal préparé par Judith prolonge les informations et les réflexions présentées dans les numéros précédents concernant les effets durables de la crise de l’énergie sur l’ensemble de nos sociétés. Dans le numéro précédent, nous avons fait état du livre de Jeff Rubin qui montre bien que si la crise est globale ses impacts se diffuseront jusqu’aux échelons des sociétés locales, bouleversant le quotidien des gens.
Ainsi, l’approche des Transition Towns est à la fois très prospective et concrète, car elle prépare et apprivoise à l’idée que nos vies quotidiennes vont être bouleversées. Il faut donc organiser dès maintenant la transition vers des communautés capables de vivre ensemble d’une manière durable avec les ressources existantes de notre planète. Nous avons donc tout intérêt à nous inspirer de ces précurseurs.
UN RAPPEL.
Dans le numéro précédent, nous vous invitions à nous faire part de vos propres expériences et réflexions. Ainsi, nous relançons notre appel.
Dans ce Forum, nous partons de l’hypothèse que nous sommes tous, à des degrés divers, acteurs et praticiens d’une économie plus solidaire, tous ancrés dans un contexte territorial singulier, mais vivant et partageant bien des questions qui nous sommes communes.
Dans l'intérêt de mieux nous connaître et de construire un diagnostic partagé, nous vous proposons de participer de la manière suivante (un texte de 1-2 pages).
1- Présentation : Vous-même et votre organisation : coordonnées, missions.
2- Qui est à l’origine de ces initiatives (habitants, société civile, techniciens, ONG, autorités locales, etc...) ? suivi d’un bref récit de celles-ci
3- Enseignements tirés de la démarche (freins, leviers) ?
4 - Questions clés ; pistes d’actions ?
ALOE http://www.forums.socioeco.org//info/atelier7-w7tf
AA4SE http:/www.aa4se.com
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Transition Towns (Les Villes de Transition)
Un réseau international d’initiatives locales pour relever le défi du Pic Pétrolier et du changement climatique
La ville deTotnes, au Royaume Uni est souvent considérée comme le berceau du mouvement des Villes de Transition; mais c’est à Kinsale, une petite ville dans l’Ouest Cork en Irlande où tout a commencé. C’est effectivement là que Rob Hopkins, le fondateur était alors professeur dans l’Institut d’Éducation Supérieur. C’était également dans cet institut qu’il a fondé la première formation au monde de deux ans à temps complet de la permaculture. Le mouvement est ancré dans le concept que notre planète se trouve face au double menace du pic pétrolier et du changement climatique et que toute personne, tout comme toute communauté locale doit développer un plan d’action pour réduire les dépenses énergétiques, augmenter la résilience et la capacité à vivre autrement et apprendre comment de devenir des consommateurs responsables en toute chose. Ces capacités doivent être développés et mises en place par les citoyens eux-mêmes. Le mouvement s’est répandu très rapidement. Aujourd’hui il existe non seulement des Villes de Transition, mais aussi des Îles, des Villages, des Hameaux, des Vallées et des Forêts qui se revendiquent du titre. ..L’approche est largement implantée dans le monde anglophone (elle est très extensive au Royaume Unie, en Irlande, aux États-Unis, en Australie, Nouvelle-Zélande et au Canada). Il existe aussi quelques initiatives en Amérique Latine et en Europe
Ce dont il s’agit et la façon dont cela fonctionne.
Les objectifs sont de:
• Construire la résilience et développer la capacité au sein de la communauté de façon à préparer la transition de la dépendance sur les combustibles fossiles et avancer vers un avenir sûr et durable
• Garantir une nourriture fraîche et locale, soutenir les agriculteurs et producteurs alimentaires locaux
• Réapprendre de nos aînés comment cultiver nos potagers ainsi que toutes les compétences traditionnelles
• Développer des solutions collectives pour réduire les gaz à effet de serre
• Protéger l’environnement, ses écosystèmes et la biodiversité
Un des objectives clés du mouvement est de souligner la dimension “locale et à petite échelle” tout comme l’idée de convaincre les gens de l’intérêt de cultiver leur propre nourriture chez eux ou dans les lotissements communautaires. Il n’existe pas de modèle-type, mais un livret pour guider les participants à travers les 12 étapes préconisées. Chaque communauté doit se mettre en capacité à générer ses propres solutions. Ceci implique que la vitesse et la manière d’opérer de chaque communauté lui est propre, variable et unique. Il existe des initiatives qui ont été jusqu’à créer des monnaies locales. (Kenmare en Irlande, Totnes et Lewis au Royaume-Uni).
Un commentaire intéressant par Sally Sweeney, instigatrice d’une initiative qui a commencé il y a un peu moins d’un an à Tramore en Irlande était “Il est important d’apprendre à ne pas être alarmistes, de façon à pouvoir faire changer les changer les choses, faire en sorte que les gens prennent conscience de la gravité de la situation, et créer la volonté d’agir”. Dans le cas de Tramore, les groupes “énergie” et “nourriture” se sont développés vite et bien, avec des visites mutuelles entre groupes similaires dans d’autres villes, ce qui aide à mettre les gens en capacité à agir, créé une émulation, et aide à maintenir l’intérêt et l’enthousiasme.
L’étape de l’interface avec les autorités locales est critique. One fois que la communauté locale se prend en charge, qu’il existe un noyau dédié de personnes, ils gagnent en crédibilité. Ce qui contribue au développement d’un cercle vertueux, où les autorités locales introduisent des mesures qui soutiennent l’approche. Les effets sont la capacitation des citoyens, une approche plus engagée à la consommation responsable et au développement local durable.
Auteur : Judith Hitchman
Article original en français et en anglais
Pour plus d’informations:
http://transitiontowns.org
http://transitionculture.org
http://www.villesentransition.net
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
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Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
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Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #62
1 Octobre 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
Transition Towns (Les Villes de Transition)
Un réseau international d’initiatives locales pour relever le défi du Pic Pétrolier et du changement climatique
Message de l’équipe éditoriale
Cet article principal préparé par Judith prolonge les informations et les réflexions présentées dans les numéros précédents concernant les effets durables de la crise de l’énergie sur l’ensemble de nos sociétés. Dans le numéro précédent, nous avons fait état du livre de Jeff Rubin qui montre bien que si la crise est globale ses impacts se diffuseront jusqu’aux échelons des sociétés locales, bouleversant le quotidien des gens.
Ainsi, l’approche des Transition Towns est à la fois très prospective et concrète, car elle prépare et apprivoise à l’idée que nos vies quotidiennes vont être bouleversées. Il faut donc organiser dès maintenant la transition vers des communautés capables de vivre ensemble d’une manière durable avec les ressources existantes de notre planète. Nous avons donc tout intérêt à nous inspirer de ces précurseurs.
UN RAPPEL.
Dans le numéro précédent, nous vous invitions à nous faire part de vos propres expériences et réflexions. Ainsi, nous relançons notre appel.
Dans ce Forum, nous partons de l’hypothèse que nous sommes tous, à des degrés divers, acteurs et praticiens d’une économie plus solidaire, tous ancrés dans un contexte territorial singulier, mais vivant et partageant bien des questions qui nous sommes communes.
Dans l'intérêt de mieux nous connaître et de construire un diagnostic partagé, nous vous proposons de participer de la manière suivante (un texte de 1-2 pages).
1- Présentation : Vous-même et votre organisation : coordonnées, missions.
2- Qui est à l’origine de ces initiatives (habitants, société civile, techniciens, ONG, autorités locales, etc...) ? suivi d’un bref récit de celles-ci
3- Enseignements tirés de la démarche (freins, leviers) ?
4 - Questions clés ; pistes d’actions ?
ALOE http://www.forums.socioeco.org//info/atelier7-w7tf
AA4SE http:/www.aa4se.com
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Transition Towns (Les Villes de Transition)
Un réseau international d’initiatives locales pour relever le défi du Pic Pétrolier et du changement climatique
La ville deTotnes, au Royaume Uni est souvent considérée comme le berceau du mouvement des Villes de Transition; mais c’est à Kinsale, une petite ville dans l’Ouest Cork en Irlande où tout a commencé. C’est effectivement là que Rob Hopkins, le fondateur était alors professeur dans l’Institut d’Éducation Supérieur. C’était également dans cet institut qu’il a fondé la première formation au monde de deux ans à temps complet de la permaculture. Le mouvement est ancré dans le concept que notre planète se trouve face au double menace du pic pétrolier et du changement climatique et que toute personne, tout comme toute communauté locale doit développer un plan d’action pour réduire les dépenses énergétiques, augmenter la résilience et la capacité à vivre autrement et apprendre comment de devenir des consommateurs responsables en toute chose. Ces capacités doivent être développés et mises en place par les citoyens eux-mêmes. Le mouvement s’est répandu très rapidement. Aujourd’hui il existe non seulement des Villes de Transition, mais aussi des Îles, des Villages, des Hameaux, des Vallées et des Forêts qui se revendiquent du titre. ..L’approche est largement implantée dans le monde anglophone (elle est très extensive au Royaume Unie, en Irlande, aux États-Unis, en Australie, Nouvelle-Zélande et au Canada). Il existe aussi quelques initiatives en Amérique Latine et en Europe
Ce dont il s’agit et la façon dont cela fonctionne.
Les objectifs sont de:
• Construire la résilience et développer la capacité au sein de la communauté de façon à préparer la transition de la dépendance sur les combustibles fossiles et avancer vers un avenir sûr et durable
• Garantir une nourriture fraîche et locale, soutenir les agriculteurs et producteurs alimentaires locaux
• Réapprendre de nos aînés comment cultiver nos potagers ainsi que toutes les compétences traditionnelles
• Développer des solutions collectives pour réduire les gaz à effet de serre
• Protéger l’environnement, ses écosystèmes et la biodiversité
Un des objectives clés du mouvement est de souligner la dimension “locale et à petite échelle” tout comme l’idée de convaincre les gens de l’intérêt de cultiver leur propre nourriture chez eux ou dans les lotissements communautaires. Il n’existe pas de modèle-type, mais un livret pour guider les participants à travers les 12 étapes préconisées. Chaque communauté doit se mettre en capacité à générer ses propres solutions. Ceci implique que la vitesse et la manière d’opérer de chaque communauté lui est propre, variable et unique. Il existe des initiatives qui ont été jusqu’à créer des monnaies locales. (Kenmare en Irlande, Totnes et Lewis au Royaume-Uni).
Un commentaire intéressant par Sally Sweeney, instigatrice d’une initiative qui a commencé il y a un peu moins d’un an à Tramore en Irlande était “Il est important d’apprendre à ne pas être alarmistes, de façon à pouvoir faire changer les changer les choses, faire en sorte que les gens prennent conscience de la gravité de la situation, et créer la volonté d’agir”. Dans le cas de Tramore, les groupes “énergie” et “nourriture” se sont développés vite et bien, avec des visites mutuelles entre groupes similaires dans d’autres villes, ce qui aide à mettre les gens en capacité à agir, créé une émulation, et aide à maintenir l’intérêt et l’enthousiasme.
L’étape de l’interface avec les autorités locales est critique. One fois que la communauté locale se prend en charge, qu’il existe un noyau dédié de personnes, ils gagnent en crédibilité. Ce qui contribue au développement d’un cercle vertueux, où les autorités locales introduisent des mesures qui soutiennent l’approche. Les effets sont la capacitation des citoyens, une approche plus engagée à la consommation responsable et au développement local durable.
Auteur : Judith Hitchman
Article original en français et en anglais
Pour plus d’informations:
http://transitiontowns.org
http://transitionculture.org
http://www.villesentransition.net
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
9/01/2009
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #61
1 Septembre 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
Principes du développement économique communautaire
Une approche globale
Pourquoi votre monde va devenir beaucoup plus petit
Le pétrole et la fin de la globalisation
Rencontre du Réseau Semences Paysannes, Le Roc, France, 22-25 juin 2009
ANNONCES
A-Asian Forum for Solidarity Economy
B-Initiatives locales: Invitation à contributions
Message de l’équipe éditoriale
Les choses bougent très vite : dans les faits, les conséquences d’une économie dérégulée et globalisée s’aggravent (et ce n’est pas fini comme le montre l’analyse de l’ouvrage de Jeff Rubin).
Dans ce contexte, l’approche territoriale est en train de montrer le caractère novateur des relations sociales mises en place dans des initiatives locales ou régionales. Ce sont aujourd’hui des acteurs incontournables de l’organisation des solidarités (comme le réseau des semenciers l’a bien compris). La vision du développement économique communautaire, présentée lors de la rencontre annuelle du Réseau canadien de développement économique communautaire (RCDÉC), en témoigne.
Cette évolution conforte les analyses développées par ce Bulletin. Comme vous le verrez dans l’annonce des suites de l’Atelier 7 au Forum Lux’09, Yvon et Martine sont directement associés à la mise en place des suites. Comme cette façon de penser n’est pas encore usuelle, il faut aujourd’hui s’engager, avec méthode, dans une politique de la preuve pour convaincre de la capacité de l’économie solidaire, ancrée dans des territoires de vie, reliés avec l’extérieur, à devenir une composante durable et alternative au capitalisme néolibéral, dans l'économie générale. À cette condition, elle pourra contribuer aux stratégies de changement, à la mesure des défis d’une mondialisation plus responsable.
Enfin, nous désirons rappeler à nos lecteurs que vous pouvez nous faire part de nouvelles ou d’articles que nous pourrons publier, tout en tenant compte de notre capacité limitée, considérant que la publication de notre Bulletin est une œuvre strictement bénévole.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Principes du développement économique communautaire
Une approche globale
À l’occasion de la rencontre annuelle du Réseau canadien de développement économique communautaire (RCDÉC) tenue à Winnipeg -province du Manitoba au Canada - les 4 et 5 juin dernier, Stephen Ameyaw de l’Université Simon Fraser (Vancouver) a présenté un exposé sur la politique du gouvernement canadien concernant le programme de développement économique en vigueur depuis 1989 dans les régions Inuit du Canada. Le développement économique communautaire est au cœur de cette stratégie, présentement en révision.
Nous désirons partager avec nos lecteurs un extrait de cette présentation :
PRINCIPES DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE COMMUNAUTAIRE
Le DÉC est:
- le développement par et pour le peuple. Dans ce type de développement, la communauté dirige le processus dès le début et le contrôle jusqu’à la fin.
- un processus. Parfois, les communautés attirent des experts et des praticiens de l'extérieur pour les aider à planifier des projets de développement, mais les objectifs et les choses dont ils ont besoin doivent être décidés par le peuple. Exemples: Les matières premières locales, du travail et des idées.
- un processus à long terme -les gens participent - s'organisent afin d’atteindre leurs objectifs.
- holistique – Le DÉC comprend le physique, le spirituel, le social, l’environnement naturel, terre, mer et rivières, leurs cultures, la santé de la population et de l'environnement, tous sont étroitement inter reliés.
- Inclusive -Tous les membres de la communauté participent aux affaires de la communauté et sont représentés dans plusieurs comités.
- le développement de la population, les dirigeants sont engagés, organisés, et ils travaillent ensemble.
- fondé sur la durabilité - la collectivité peut-elle soutenir toutes les initiatives qu'elle entreprend?
- des communautés innovantes trouvent de nouvelles façons de créer des opportunités, des ressources naturelles et des matériaux.
- vise la diversification – l’augmentation des possibilités de changement
- des communautés collaboratives construisent des partenariats avec l'industrie, les gouvernements, les organisations internationales et d'autres pour accomplir les objectifs.
Cette description est très similaire avec les principes qui sont développés dans le Bulletin depuis le premier numéro en novembre 2003. À la lumière de notre expérience, et des expériences constatées dans d’autres pays, nous ajouterions quelques éléments : le DÉC permet de renforcer la cohésion sociale, des relations de non-violence et la résolution pacifique des conflits dans la communauté; construire une économie locale dynamique qui compte sur ses propres ressources humaines et matérielles; s’ouvrir sur l’extérieur et prendre conscience des interdépendances entre le local et le global, et de trouver de meilleures solutions locales aux défis actuels.
C’est pourquoi le DÉC constitue une ressource précieuse pour penser son développement en fonction des générations futures.
Auteur : Yvon Poirier
Pourquoi votre monde va devenir beaucoup plus petit ?
Le pétrole et la fin de la globalisation
Jeff Rubin, ex-économiste en chef «marchés mondiaux» d’une grande banque canadienne, la CIBC, vient de publier un livre intitulé «Why your world is about to get a whole lot smaller»..
Cet économiste, un des premiers à annoncer en 2000 que les prix du pétrole allaient grimper en flèche, fait la démonstration que la fin du pétrole pas cher va bouleverser l’économie et la société de manière considérable. Il parle de «fin de la globalisation» pour décrire le phénomène.
Données à l’appui, il montre que depuis plusieurs années, la consommation de pétrole augmente de 4 millions de barils de plus que les quantités découvertes dans de nouveaux gisements. Bien que les données soient camouflées, des signes majeurs attestent que les gisements actuellement en production s’épuisent. Par exemple, le pétrole du principal champ d’Arabie saoudite commence à receler de l’eau salé, signe que l’on y pompe de l’eau de mer pour augmenter la pression, ce qui est aussi un signe d’épuisement. Autre exemple, aux États-Unis, la production historique était de 10 millions de barils/jour, aujourd’hui elle n’est plus que de 5 mbj. L’exploitation des puits du Golfe du Mexique, qui devait compenser cette diminution, a été presque détruite par l’ouragan Katerina.
Pendant ce temps, malgré la crise économique actuelle, la vente d’automobiles continue d’augmenter d’environ 10% par année en Inde et en Chine. L’auteur démontre également que les énergies de remplacement sont loin d’être en mesure de remplacer le pétrole dans un avenir prévisible.
Notes de lecture : Yvon Poirier
Rubin, Jeff, Why your world is about to get a whole lot smaller, Random House Canada, 2009, 287 p.
Rencontre du Réseau Semences Paysannes, Le Roc, France, 22-25 juin 2009
Semences Paysannes est un réseau qui a comme objectif de soutenir les paysans dans leur travail de défendre le droit des agriculteurs de conserver, ressemer et échanger leurs semences, un droit fondamental et historique. Ces pratiques ont été rendues illégales dans beaucoup de pays, sous la pression des semenciers multinationaux et le lobby pro-OGM. La pratique traditionnelle de la sélection participative (sélectionner les épis de blé qui plaisent à l’oeil des fermiers dans leurs champs comme dans les champs des autres, et utiliser les semences pour ressemer une récolte expérimentale l’an suivant) aide aussi à adapter les variétés locales de blés à s’adapter aux conditions locales et aux changements climatiques; ces pratiques sont donc particulièrement importantes à maintenir. Il est aussi d’une grande importance de préserver les variétés historiques de blés qui font partie de notre patrimoine agricultural.
Cette rencontre était dédiée à trois aspects spécifiques: la visite de la collection magnifique des blés in situ de Jean-François Bertholot sur sa ferme, où s’est déroulée la rencontre, des ateliers pour échanger le savoir faire sur les façons d’utiliser les meules et la farine, et la boulange des pains au levain entre les paysans-boulangers et un séminaire d’un jour sur les réglementations existantes et les possibilités de surmonter les obstacles.
L'importance de permettre aux agriculteurs et aux boulangers-paysans de produire de quoi faire des pains au levain traditionnels et de haute qualité nutritionnelle sont une dimension incontestablement importante dans la lutte pour un développement local durable.
Auteur : Judith Hitchman
Article original en français et en anglais
ANNONCES
A-Forum asiatique de l'économie solidaire
La deuxième rencontre d’économie solidaire Asie aura lieu du 7 au 10 novembre prochain à Tokyo au Japon. Cette rencontre fait suite à une première rencontre tenue à Manille en octobre 2007.
Quatre thématiques seront traitées dans les ateliers :
Finances sociales/Micro finance & Économie solidaire
Commerce équitable & Économie solidaire
Bien-être social & Économie solidaire
Initiatives locales/Ancrage territorial de l’Économie solidaire
http://solidarityeconomy.web.fc2.com/en/program.html
B-«Initiatives locales/Ancrage territorial de l’Économie solidaire» : Invitation à contributions
L’atelier 7 qui portait sur le thème «Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie» poursuit sa démarche de systématisation pour que cette approche devienne un pilier majeur des stratégies de développement de l’économie solidaire.
« L’ancrage territorial apparaît dès que l'on regarde la réalité de l’Economie Solidaire dans une approche territoriale, du local au global. Un avantage important de cette approche est de fournir une vision réaliste de son niveau de développement dans les localités, les pays et les continents. Elle permet d'examiner de manière plus rigoureuse ses différentes dimensions et facettes, à leur stade actuel de développement, dans une localité donnée. Ceci améliore la vision des aspects thématiques (ou filières) à renforcer, en vue de stimuler l'Economie Solidaire comme une économie alternative dans une localité donnée ».
« Plus important encore, l’ancrage territorial aiguise l'accent sur le rôle de la gouvernance dans la promotion de l’Economie Solidaire comme alternative économique, dans le cadre du processus de globalisation ».
En tenant compte de la tenue de la 5e rencontre de la Globalisation de la solidarité en Asie en 2013, l’Asia Alliance for Solidarity Economy (www.aa4se.org) est le partenaire principal dans ce processus. Pactes Locaux (www.pactes-locaux.org) accepte d’assumer la responsabilité de mettre en œuvre le consensus qui s’est dégagé des travaux de l’Atelier 7, avec le soutien de la FPH.
Afin de mener à bien ce processus, basé sur l’échange entre des praticiens (ou catalyseurs) de projets de territoires, un comité de pilotage provisoire à été constitué des personnes suivantes :
Ben Quiñones (Asian Alliance for Solidarity Economy).
Denison Jayasooria (Asian Alliance for Solidarity Economy)
Yvon Poirier (Bulletin international de développement local durable)
Martine Theveniaut (Pactes Locaux).
Cette démarche est ouverte et inclusive. Selon les pays et les continents, le sens du mot territoire et de «l’ancrage territorial» sont différents : on parle de «développement économique communautaire » (en Amérique du Nord), de «développement communautaire » (en Inde), de «développement local » (en Europe, en Afrique francophone et dans les Amériques du Nord et du Sud). Néanmoins, nous savons qu’au-delà de ces terminologies différentes, les similitudes dans les approches et les pratiques sont grandes.
Nous invitons tous nos lecteurs intéressés à s’associer au Forum internet ouvert jusqu’au 30 octobre 2009 et à décrire leur propre expérience. Vus contributions serviront directement à la préparation du 4e atelier du Forum asiatique pour l’économie solidaire qui se tient du 7 au 10 novembre, à Tokyo au Japon, sur le thème «Initiatives locales/Ancrage territorial de l’Économie solidaire»
Vous trouverez le texte de présentation et le guide pour répondre à cette invitation sur les sites web suivants :
ALOE : http://www.forums.socioeco.org//info/atelier7-w7tf
AA4Se http:/www.aa4se.com
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #61
1 Septembre 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
Principes du développement économique communautaire
Une approche globale
Pourquoi votre monde va devenir beaucoup plus petit
Le pétrole et la fin de la globalisation
Rencontre du Réseau Semences Paysannes, Le Roc, France, 22-25 juin 2009
ANNONCES
A-Asian Forum for Solidarity Economy
B-Initiatives locales: Invitation à contributions
Message de l’équipe éditoriale
Les choses bougent très vite : dans les faits, les conséquences d’une économie dérégulée et globalisée s’aggravent (et ce n’est pas fini comme le montre l’analyse de l’ouvrage de Jeff Rubin).
Dans ce contexte, l’approche territoriale est en train de montrer le caractère novateur des relations sociales mises en place dans des initiatives locales ou régionales. Ce sont aujourd’hui des acteurs incontournables de l’organisation des solidarités (comme le réseau des semenciers l’a bien compris). La vision du développement économique communautaire, présentée lors de la rencontre annuelle du Réseau canadien de développement économique communautaire (RCDÉC), en témoigne.
Cette évolution conforte les analyses développées par ce Bulletin. Comme vous le verrez dans l’annonce des suites de l’Atelier 7 au Forum Lux’09, Yvon et Martine sont directement associés à la mise en place des suites. Comme cette façon de penser n’est pas encore usuelle, il faut aujourd’hui s’engager, avec méthode, dans une politique de la preuve pour convaincre de la capacité de l’économie solidaire, ancrée dans des territoires de vie, reliés avec l’extérieur, à devenir une composante durable et alternative au capitalisme néolibéral, dans l'économie générale. À cette condition, elle pourra contribuer aux stratégies de changement, à la mesure des défis d’une mondialisation plus responsable.
Enfin, nous désirons rappeler à nos lecteurs que vous pouvez nous faire part de nouvelles ou d’articles que nous pourrons publier, tout en tenant compte de notre capacité limitée, considérant que la publication de notre Bulletin est une œuvre strictement bénévole.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Principes du développement économique communautaire
Une approche globale
À l’occasion de la rencontre annuelle du Réseau canadien de développement économique communautaire (RCDÉC) tenue à Winnipeg -province du Manitoba au Canada - les 4 et 5 juin dernier, Stephen Ameyaw de l’Université Simon Fraser (Vancouver) a présenté un exposé sur la politique du gouvernement canadien concernant le programme de développement économique en vigueur depuis 1989 dans les régions Inuit du Canada. Le développement économique communautaire est au cœur de cette stratégie, présentement en révision.
Nous désirons partager avec nos lecteurs un extrait de cette présentation :
PRINCIPES DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE COMMUNAUTAIRE
Le DÉC est:
- le développement par et pour le peuple. Dans ce type de développement, la communauté dirige le processus dès le début et le contrôle jusqu’à la fin.
- un processus. Parfois, les communautés attirent des experts et des praticiens de l'extérieur pour les aider à planifier des projets de développement, mais les objectifs et les choses dont ils ont besoin doivent être décidés par le peuple. Exemples: Les matières premières locales, du travail et des idées.
- un processus à long terme -les gens participent - s'organisent afin d’atteindre leurs objectifs.
- holistique – Le DÉC comprend le physique, le spirituel, le social, l’environnement naturel, terre, mer et rivières, leurs cultures, la santé de la population et de l'environnement, tous sont étroitement inter reliés.
- Inclusive -Tous les membres de la communauté participent aux affaires de la communauté et sont représentés dans plusieurs comités.
- le développement de la population, les dirigeants sont engagés, organisés, et ils travaillent ensemble.
- fondé sur la durabilité - la collectivité peut-elle soutenir toutes les initiatives qu'elle entreprend?
- des communautés innovantes trouvent de nouvelles façons de créer des opportunités, des ressources naturelles et des matériaux.
- vise la diversification – l’augmentation des possibilités de changement
- des communautés collaboratives construisent des partenariats avec l'industrie, les gouvernements, les organisations internationales et d'autres pour accomplir les objectifs.
Cette description est très similaire avec les principes qui sont développés dans le Bulletin depuis le premier numéro en novembre 2003. À la lumière de notre expérience, et des expériences constatées dans d’autres pays, nous ajouterions quelques éléments : le DÉC permet de renforcer la cohésion sociale, des relations de non-violence et la résolution pacifique des conflits dans la communauté; construire une économie locale dynamique qui compte sur ses propres ressources humaines et matérielles; s’ouvrir sur l’extérieur et prendre conscience des interdépendances entre le local et le global, et de trouver de meilleures solutions locales aux défis actuels.
C’est pourquoi le DÉC constitue une ressource précieuse pour penser son développement en fonction des générations futures.
Auteur : Yvon Poirier
Pourquoi votre monde va devenir beaucoup plus petit ?
Le pétrole et la fin de la globalisation
Jeff Rubin, ex-économiste en chef «marchés mondiaux» d’une grande banque canadienne, la CIBC, vient de publier un livre intitulé «Why your world is about to get a whole lot smaller»..
Cet économiste, un des premiers à annoncer en 2000 que les prix du pétrole allaient grimper en flèche, fait la démonstration que la fin du pétrole pas cher va bouleverser l’économie et la société de manière considérable. Il parle de «fin de la globalisation» pour décrire le phénomène.
Données à l’appui, il montre que depuis plusieurs années, la consommation de pétrole augmente de 4 millions de barils de plus que les quantités découvertes dans de nouveaux gisements. Bien que les données soient camouflées, des signes majeurs attestent que les gisements actuellement en production s’épuisent. Par exemple, le pétrole du principal champ d’Arabie saoudite commence à receler de l’eau salé, signe que l’on y pompe de l’eau de mer pour augmenter la pression, ce qui est aussi un signe d’épuisement. Autre exemple, aux États-Unis, la production historique était de 10 millions de barils/jour, aujourd’hui elle n’est plus que de 5 mbj. L’exploitation des puits du Golfe du Mexique, qui devait compenser cette diminution, a été presque détruite par l’ouragan Katerina.
Pendant ce temps, malgré la crise économique actuelle, la vente d’automobiles continue d’augmenter d’environ 10% par année en Inde et en Chine. L’auteur démontre également que les énergies de remplacement sont loin d’être en mesure de remplacer le pétrole dans un avenir prévisible.
Notes de lecture : Yvon Poirier
Rubin, Jeff, Why your world is about to get a whole lot smaller, Random House Canada, 2009, 287 p.
Rencontre du Réseau Semences Paysannes, Le Roc, France, 22-25 juin 2009
Semences Paysannes est un réseau qui a comme objectif de soutenir les paysans dans leur travail de défendre le droit des agriculteurs de conserver, ressemer et échanger leurs semences, un droit fondamental et historique. Ces pratiques ont été rendues illégales dans beaucoup de pays, sous la pression des semenciers multinationaux et le lobby pro-OGM. La pratique traditionnelle de la sélection participative (sélectionner les épis de blé qui plaisent à l’oeil des fermiers dans leurs champs comme dans les champs des autres, et utiliser les semences pour ressemer une récolte expérimentale l’an suivant) aide aussi à adapter les variétés locales de blés à s’adapter aux conditions locales et aux changements climatiques; ces pratiques sont donc particulièrement importantes à maintenir. Il est aussi d’une grande importance de préserver les variétés historiques de blés qui font partie de notre patrimoine agricultural.
Cette rencontre était dédiée à trois aspects spécifiques: la visite de la collection magnifique des blés in situ de Jean-François Bertholot sur sa ferme, où s’est déroulée la rencontre, des ateliers pour échanger le savoir faire sur les façons d’utiliser les meules et la farine, et la boulange des pains au levain entre les paysans-boulangers et un séminaire d’un jour sur les réglementations existantes et les possibilités de surmonter les obstacles.
L'importance de permettre aux agriculteurs et aux boulangers-paysans de produire de quoi faire des pains au levain traditionnels et de haute qualité nutritionnelle sont une dimension incontestablement importante dans la lutte pour un développement local durable.
Auteur : Judith Hitchman
Article original en français et en anglais
ANNONCES
A-Forum asiatique de l'économie solidaire
La deuxième rencontre d’économie solidaire Asie aura lieu du 7 au 10 novembre prochain à Tokyo au Japon. Cette rencontre fait suite à une première rencontre tenue à Manille en octobre 2007.
Quatre thématiques seront traitées dans les ateliers :
Finances sociales/Micro finance & Économie solidaire
Commerce équitable & Économie solidaire
Bien-être social & Économie solidaire
Initiatives locales/Ancrage territorial de l’Économie solidaire
http://solidarityeconomy.web.fc2.com/en/program.html
B-«Initiatives locales/Ancrage territorial de l’Économie solidaire» : Invitation à contributions
L’atelier 7 qui portait sur le thème «Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie» poursuit sa démarche de systématisation pour que cette approche devienne un pilier majeur des stratégies de développement de l’économie solidaire.
« L’ancrage territorial apparaît dès que l'on regarde la réalité de l’Economie Solidaire dans une approche territoriale, du local au global. Un avantage important de cette approche est de fournir une vision réaliste de son niveau de développement dans les localités, les pays et les continents. Elle permet d'examiner de manière plus rigoureuse ses différentes dimensions et facettes, à leur stade actuel de développement, dans une localité donnée. Ceci améliore la vision des aspects thématiques (ou filières) à renforcer, en vue de stimuler l'Economie Solidaire comme une économie alternative dans une localité donnée ».
« Plus important encore, l’ancrage territorial aiguise l'accent sur le rôle de la gouvernance dans la promotion de l’Economie Solidaire comme alternative économique, dans le cadre du processus de globalisation ».
En tenant compte de la tenue de la 5e rencontre de la Globalisation de la solidarité en Asie en 2013, l’Asia Alliance for Solidarity Economy (www.aa4se.org) est le partenaire principal dans ce processus. Pactes Locaux (www.pactes-locaux.org) accepte d’assumer la responsabilité de mettre en œuvre le consensus qui s’est dégagé des travaux de l’Atelier 7, avec le soutien de la FPH.
Afin de mener à bien ce processus, basé sur l’échange entre des praticiens (ou catalyseurs) de projets de territoires, un comité de pilotage provisoire à été constitué des personnes suivantes :
Ben Quiñones (Asian Alliance for Solidarity Economy).
Denison Jayasooria (Asian Alliance for Solidarity Economy)
Yvon Poirier (Bulletin international de développement local durable)
Martine Theveniaut (Pactes Locaux).
Cette démarche est ouverte et inclusive. Selon les pays et les continents, le sens du mot territoire et de «l’ancrage territorial» sont différents : on parle de «développement économique communautaire » (en Amérique du Nord), de «développement communautaire » (en Inde), de «développement local » (en Europe, en Afrique francophone et dans les Amériques du Nord et du Sud). Néanmoins, nous savons qu’au-delà de ces terminologies différentes, les similitudes dans les approches et les pratiques sont grandes.
Nous invitons tous nos lecteurs intéressés à s’associer au Forum internet ouvert jusqu’au 30 octobre 2009 et à décrire leur propre expérience. Vus contributions serviront directement à la préparation du 4e atelier du Forum asiatique pour l’économie solidaire qui se tient du 7 au 10 novembre, à Tokyo au Japon, sur le thème «Initiatives locales/Ancrage territorial de l’Économie solidaire»
Vous trouverez le texte de présentation et le guide pour répondre à cette invitation sur les sites web suivants :
ALOE : http://www.forums.socioeco.org//info/atelier7-w7tf
AA4Se http:/www.aa4se.com
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
7/01/2009
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #60
1 Juillet 2009
Sommaire
La marche silencieuse de la force invisible
ASSEFA : 40 ans de développement communautaire en Inde
Message de l’équipe éditoriale
Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro, nous vous informons des progrès très significatifs obtenus par l’Association for Seva Serva Farms (ASSEFA) de l’Inde ces dernières années. Ce développement met en évidence les potentialités d’alternative et de croissance en nombre et en qualité d’une réalisation territoriale menée dans la durée. Dans le cas de cette initiative, des villages sont à la base du dispositif. Mais ce ne sont pas des villages repliés sur eux-mêmes, ce sont des communautés reliées entre elles par un projet global et par une banque, adaptée aux besoins, qui agit à l’échelle régionale et nationale, ce qui permet d’organiser des solidarités de façon plus ample et avec une plus grande solidité.
Nous avons déjà présenté cette association dans les Bulletins #4 (2003) et #12 (2005), disponibles sur le site indiqué ci-dessous. En effet, en août 2002, Yvon avait été invité par ASSEFA, avec une délégation internationale. A ce moment, l’association comptait environ 3 500 villages. Six (6) années plus tard, ils sont 9 800 villages ! Pour Yvon, il s’agit toujours d’une association des plus inspirantes qu’il faut porter à connaissance.
Dans les prochains mois, nous explorerons avec vous les suites de notre bulletin dans le contexte des résultats de la rencontre de Luxembourg (voir le numéro précédent). La prise de conscience qui accompagne les crises en cours, et en particulier la fin annoncée du pétrole à bon marché, aura inexorablement des impacts énormes. Un grand nombre d’analyses prévoient le retour du territoire, le«local» devenant le lieu de la (re) composition des activités humaines et celui de la gestion des ressources naturelles et du suivi des résiliences écosystémiques. Le moment est venu de mettre toutes les énergies – humaines !- au service de solutions alternatives pacifiques au modèle macroéconomique globalisé qui reposait sur l’exploitation sans compter de ressources que l’on croyait inépuisable. « Il est trop tard pour être pessimiste », comme le dit Arthus-Bertrand dans le film « Home ».
Prochaine parution : septembre
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
La marche silencieuse de la force invisible
ASSEFA : 40 ans de développement communautaire en Inde
À l’occasion du 40e anniversaire de ses activités, l’Association for Seva Serva Farms (ASSEFA) de l’Inde a publié un recueil de divers articles, dans un livre au titre évocateur : « La marche silencieuse de la force invisible ».
En mars 2008, ce mouvement, d’inspiration Gandhienne regroupe 9 766 villages dans 8 états différents de l’Union indienne. Ainsi, au total, ce sont 803 000 familles, donc plus de 3,5 millions de personnes qui bénéficient des multiples activités d’ASSEFA. On prévoit qu’en 2010, celles-ci concerneront 1 million de familles.
Il n’est pas possible dans le présent article de décrire en détail l’ensemble des activités d’ASSEFA. Nous présentons ici un ensemble d’éléments qui donnent une idée du travail réalisé depuis 2002, date à laquelle Yvon Poirier a effectué une visite sur place. Nous renvoyons le lecteur à la consultation des Bulletins n°4 et 12 pour se faire une meilleure idée du chemin parcouru en 7 ans.
La vision : une approche holistique
Au début en 1968, il s’agissait d’aider les paysans sans terres à créer des villages sur des terres obtenues par le mouvement Gandhi. Ainsi, au début, ASSEFA travaillait pour les villageois. À l’étape suivante, ASSEFA travaille avec tout le monde, y compris les pauvres. En effet, depuis 15 ans, il est plus approprié de parler de développement par le peuple, dans lequel l’association remplit des fonctions de planification et de soutien. L’approche est holistique et vise la création de villages auto-suffisants et durables.
Le concept de fiduciaire (trustee en anglais) est au cœur des principes qui prévalent. «Chacun devrait vivre sur cette Terre-Mère en tant que Fiduciaire avec tout ce qu’il a, et acquiert pour le bénéfice de la communauté dans laquelle il vit ». Ainsi, ASSEFA fait confiance à la communauté et aux villageois. Ils sont libres de s’organiser entre eux, de gérer l’argent et les ressources matérielles afin d’en tirer un bénéfice mutuel, et si possible d’en faire bénéficier les villages voisins.
La micro-finance : un outil d’entraide animé par des femmes
L’organisation des villages repose en bonne partie sur les Groupes d’entraide féminins (GEF). En mars 2008, 32 000 GEF regroupent 500 000 femmes dans 113 Sarvodoya Mutual Benefit Trusts (SMBT). En 1996, les SMBT sont devenus propriétaires de la Sarvodaya Nano Finance Limited, une institution financière reconnue par la Banque de l’Inde. Ainsi, depuis 1998, la micro finance est la propriété des femmes. Elle est gérée par elles-mêmes, avec l’aide des professionnels d’ASSEFA. En 2008, 172 000 femmes ont bénéficié de prêts. Le taux de remboursement a été de 99,66% !
Dans cette approche holistique, ASSEFA s’assure que les villages peuvent satisfaire leurs besoins : santé, éducation, logement, activités génératrices de revenus (tels que production de lait, petites entreprises, vente directe de produits agricoles dans des marchés, etc.).
Construire la cohésion sociale
Une emphase majeure est la construction de la paix dans les communautés. Comme nous le disions en 2005, ASSEFA, avec l’aide d’organisations amies en Europe, et le soutien de divers récipiendaires du prix Nobel de la Paix, entre autres, le Dalai Lama du Tibet, Mairead Corrigan Maguire d’Irlande et Aug San Suu Kyi du Myanmar, a obtenu que l’Assemblée générale de l’ONU déclare la «Décennie 2001-2010 pour l’éducation à la paix des enfants du monde». Cette formation est intégrée au programme des écoles ASSEFA.
Une autre activité importante a été instaurée ces dernières années, ce sont les «mariages communautaires». En Inde, le mariage demeure une institution importante. Au delà des deux personnes, il s’agit d’un rite sacré qui unit deux familles. Ainsi, la plupart des mariages sont «arrangés». Même s’il s’agit d’un évènement festif, pour bien des familles pauvres c’est un désastre financier. Car en Inde, malgré son illégalité depuis 1961, la dot demeure la norme. Les mariages communautaires, qui unissent simultanément des couples hindous, musulmans et chrétiens, ne constituent pas seulement une promotion du respect entre les religions, c’est aussi une activité de renforcement de la communauté et de lutte contre la pauvreté. Les GEF qui organisent ces mariages réduisent de 50% les frais pour les familles concernés. En janvier et février 2006, dans 7 villages du Tamil Nadu (état du Sud de l’Inde), 340 couples se sont mariés et 49 000 personnes ont participé aux célébrations. Impliquer les villageois met en place les conditions pour venir en aide, si besoin, aux nouveaux mariés. « En somme, les mariages communautaires sont un puissant outil de construction de la cohésion sociale et l’entraide dans les villages ».
Perspectives pour les 40 années à venir.
Réaliser la justice sociale et économique, créer des villages prospères, demeure une priorité. Cependant, même si «l’empowerment des plus vulnérables demeure un travail continu dans toutes les sociétés, et que la durabilité est non seulement une question de survie de projets ou d’organisations, notre habilité à comprendre les implications de l’interdépendance est devenue une préoccupation globale car c’est probablement le facteur clé qui déterminera la survie ou non de l’humanité toute entière, au siècle prochain».
La globalisation aggrave considérablement les écarts entre les riches et les pauvres au niveau de la planète, et à l’intérieur de chaque pays. « Certes, l’économie après le pétrole ouvre des perspectives de changement de cap mais elle provoquera aussi des ruptures et de la misère pour bien des gens. Sans une gestion effective de l’économie globale, non seulement pour assurer les besoins essentiels de tous, mais aussi pour s’adapter aux changements environnementaux, l’avenir de l’humanité au siècle prochain est à haut risque.»
Auteur : Yvon Poirier
Silent March of The Invisible Force
Sarvodaya Action Research Centre, Madurai, Tamil Nadu, September 2008, 248 p
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #60
1 Juillet 2009
Sommaire
La marche silencieuse de la force invisible
ASSEFA : 40 ans de développement communautaire en Inde
Message de l’équipe éditoriale
Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro, nous vous informons des progrès très significatifs obtenus par l’Association for Seva Serva Farms (ASSEFA) de l’Inde ces dernières années. Ce développement met en évidence les potentialités d’alternative et de croissance en nombre et en qualité d’une réalisation territoriale menée dans la durée. Dans le cas de cette initiative, des villages sont à la base du dispositif. Mais ce ne sont pas des villages repliés sur eux-mêmes, ce sont des communautés reliées entre elles par un projet global et par une banque, adaptée aux besoins, qui agit à l’échelle régionale et nationale, ce qui permet d’organiser des solidarités de façon plus ample et avec une plus grande solidité.
Nous avons déjà présenté cette association dans les Bulletins #4 (2003) et #12 (2005), disponibles sur le site indiqué ci-dessous. En effet, en août 2002, Yvon avait été invité par ASSEFA, avec une délégation internationale. A ce moment, l’association comptait environ 3 500 villages. Six (6) années plus tard, ils sont 9 800 villages ! Pour Yvon, il s’agit toujours d’une association des plus inspirantes qu’il faut porter à connaissance.
Dans les prochains mois, nous explorerons avec vous les suites de notre bulletin dans le contexte des résultats de la rencontre de Luxembourg (voir le numéro précédent). La prise de conscience qui accompagne les crises en cours, et en particulier la fin annoncée du pétrole à bon marché, aura inexorablement des impacts énormes. Un grand nombre d’analyses prévoient le retour du territoire, le«local» devenant le lieu de la (re) composition des activités humaines et celui de la gestion des ressources naturelles et du suivi des résiliences écosystémiques. Le moment est venu de mettre toutes les énergies – humaines !- au service de solutions alternatives pacifiques au modèle macroéconomique globalisé qui reposait sur l’exploitation sans compter de ressources que l’on croyait inépuisable. « Il est trop tard pour être pessimiste », comme le dit Arthus-Bertrand dans le film « Home ».
Prochaine parution : septembre
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
La marche silencieuse de la force invisible
ASSEFA : 40 ans de développement communautaire en Inde
À l’occasion du 40e anniversaire de ses activités, l’Association for Seva Serva Farms (ASSEFA) de l’Inde a publié un recueil de divers articles, dans un livre au titre évocateur : « La marche silencieuse de la force invisible ».
En mars 2008, ce mouvement, d’inspiration Gandhienne regroupe 9 766 villages dans 8 états différents de l’Union indienne. Ainsi, au total, ce sont 803 000 familles, donc plus de 3,5 millions de personnes qui bénéficient des multiples activités d’ASSEFA. On prévoit qu’en 2010, celles-ci concerneront 1 million de familles.
Il n’est pas possible dans le présent article de décrire en détail l’ensemble des activités d’ASSEFA. Nous présentons ici un ensemble d’éléments qui donnent une idée du travail réalisé depuis 2002, date à laquelle Yvon Poirier a effectué une visite sur place. Nous renvoyons le lecteur à la consultation des Bulletins n°4 et 12 pour se faire une meilleure idée du chemin parcouru en 7 ans.
La vision : une approche holistique
Au début en 1968, il s’agissait d’aider les paysans sans terres à créer des villages sur des terres obtenues par le mouvement Gandhi. Ainsi, au début, ASSEFA travaillait pour les villageois. À l’étape suivante, ASSEFA travaille avec tout le monde, y compris les pauvres. En effet, depuis 15 ans, il est plus approprié de parler de développement par le peuple, dans lequel l’association remplit des fonctions de planification et de soutien. L’approche est holistique et vise la création de villages auto-suffisants et durables.
Le concept de fiduciaire (trustee en anglais) est au cœur des principes qui prévalent. «Chacun devrait vivre sur cette Terre-Mère en tant que Fiduciaire avec tout ce qu’il a, et acquiert pour le bénéfice de la communauté dans laquelle il vit ». Ainsi, ASSEFA fait confiance à la communauté et aux villageois. Ils sont libres de s’organiser entre eux, de gérer l’argent et les ressources matérielles afin d’en tirer un bénéfice mutuel, et si possible d’en faire bénéficier les villages voisins.
La micro-finance : un outil d’entraide animé par des femmes
L’organisation des villages repose en bonne partie sur les Groupes d’entraide féminins (GEF). En mars 2008, 32 000 GEF regroupent 500 000 femmes dans 113 Sarvodoya Mutual Benefit Trusts (SMBT). En 1996, les SMBT sont devenus propriétaires de la Sarvodaya Nano Finance Limited, une institution financière reconnue par la Banque de l’Inde. Ainsi, depuis 1998, la micro finance est la propriété des femmes. Elle est gérée par elles-mêmes, avec l’aide des professionnels d’ASSEFA. En 2008, 172 000 femmes ont bénéficié de prêts. Le taux de remboursement a été de 99,66% !
Dans cette approche holistique, ASSEFA s’assure que les villages peuvent satisfaire leurs besoins : santé, éducation, logement, activités génératrices de revenus (tels que production de lait, petites entreprises, vente directe de produits agricoles dans des marchés, etc.).
Construire la cohésion sociale
Une emphase majeure est la construction de la paix dans les communautés. Comme nous le disions en 2005, ASSEFA, avec l’aide d’organisations amies en Europe, et le soutien de divers récipiendaires du prix Nobel de la Paix, entre autres, le Dalai Lama du Tibet, Mairead Corrigan Maguire d’Irlande et Aug San Suu Kyi du Myanmar, a obtenu que l’Assemblée générale de l’ONU déclare la «Décennie 2001-2010 pour l’éducation à la paix des enfants du monde». Cette formation est intégrée au programme des écoles ASSEFA.
Une autre activité importante a été instaurée ces dernières années, ce sont les «mariages communautaires». En Inde, le mariage demeure une institution importante. Au delà des deux personnes, il s’agit d’un rite sacré qui unit deux familles. Ainsi, la plupart des mariages sont «arrangés». Même s’il s’agit d’un évènement festif, pour bien des familles pauvres c’est un désastre financier. Car en Inde, malgré son illégalité depuis 1961, la dot demeure la norme. Les mariages communautaires, qui unissent simultanément des couples hindous, musulmans et chrétiens, ne constituent pas seulement une promotion du respect entre les religions, c’est aussi une activité de renforcement de la communauté et de lutte contre la pauvreté. Les GEF qui organisent ces mariages réduisent de 50% les frais pour les familles concernés. En janvier et février 2006, dans 7 villages du Tamil Nadu (état du Sud de l’Inde), 340 couples se sont mariés et 49 000 personnes ont participé aux célébrations. Impliquer les villageois met en place les conditions pour venir en aide, si besoin, aux nouveaux mariés. « En somme, les mariages communautaires sont un puissant outil de construction de la cohésion sociale et l’entraide dans les villages ».
Perspectives pour les 40 années à venir.
Réaliser la justice sociale et économique, créer des villages prospères, demeure une priorité. Cependant, même si «l’empowerment des plus vulnérables demeure un travail continu dans toutes les sociétés, et que la durabilité est non seulement une question de survie de projets ou d’organisations, notre habilité à comprendre les implications de l’interdépendance est devenue une préoccupation globale car c’est probablement le facteur clé qui déterminera la survie ou non de l’humanité toute entière, au siècle prochain».
La globalisation aggrave considérablement les écarts entre les riches et les pauvres au niveau de la planète, et à l’intérieur de chaque pays. « Certes, l’économie après le pétrole ouvre des perspectives de changement de cap mais elle provoquera aussi des ruptures et de la misère pour bien des gens. Sans une gestion effective de l’économie globale, non seulement pour assurer les besoins essentiels de tous, mais aussi pour s’adapter aux changements environnementaux, l’avenir de l’humanité au siècle prochain est à haut risque.»
Auteur : Yvon Poirier
Silent March of The Invisible Force
Sarvodaya Action Research Centre, Madurai, Tamil Nadu, September 2008, 248 p
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
6/07/2009
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #59
1 Juin 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
4ème Rencontre intercontinentale du RIPESS, Globalisation de la solidarité, - Forum Lux’09, 22 au 25 avril à Schifflange - Luxembourg
La contribution de l’ATELIER 7 : « Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie ».
Message de l’équipe éditoriale
Tel qu’annoncé précédemment, en avril dernier, nous participions à la rencontre Lux’09. À nos yeux, cette rencontre aura été un succès, notamment parce que plusieurs groupes de travail s’organisent afin de réaliser concrètement des propositions formulées dans les ateliers.
À cet égard, nous vous invitons à visiter le site www.lux09.lu afin de prendre connaissance des résultats des treize ateliers ainsi que de la Déclaration.
Comme nous étions impliquées dans l’organisation de l’Atelier 7, Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie, depuis le début, et comme c’est en plein dans la mission de notre Bulletin, nous vous faisons part de la démarche préparatoire à l’atelier, ainsi que de ses principaux résultats.
En ce qui nous concerne, nous sommes très satisfaits de ce résultat, d’autant plus que dans un bon nombre d’autres ateliers, la notion de développement local, qui pour nous est synonyme d’ancrage territorial, était présente. En somme, dans la grande majorité des secteurs d’activité, qu’il s’agit de consommation responsable et de commerce équitable, de finances solidaires, d’alimentation, d’énergies, de logement, etc., l’importance du local, de l’ancrage territoriale, est une constante.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
+++++++++
4ème Rencontre intercontinentale du RIPESS, Globalisation de la solidarité, - Forum Lux’09, 22 au 25 avril à Schifflange - Luxembourg
La contribution de l’ATELIER 7 : « Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie ».
Conscient que le contexte actuel est celui d’une crise profonde et de la démocratie et du modèle de croissance, l’Association française des Pactes Locaux, soutenue par la Fondation pour le Progrès de l’Homme (FPH), a imaginé un processus de capitalisation itinérant et apprenant, sous forme d’une plateforme de travail élargie à la dimension européenne. En décembre 2007 les préparatifs de l’atelier 7 s’engagent par la mise en route de 5 étapes régionales, accueillies par des organisations participatives, ancrées dans leurs territoires, qui ont fait des avancées conséquentes sur des problèmes clé d’aujourd’hui :
• en Poitou-Charentes : la participation citoyenne et la mise en place de 340 groupements d’employeurs pour répondre aux besoins, créer des emplois avec la fondation d’un Centre de ressources européen (France Joubert) ;
• en Auvergne : le tourisme responsable, laboratoire d’une économie territoriale plus solidaire, harmonieuse et durable et outil de développement au service des populations des territoires accueillants (Alain Laurent et Jean-Claude Mairal) ;
• au Grand-Duché de Luxembourg : Objectif Plein Emploi est un réseau de 820 salariés indélocalisables et 400 acteurs bénévoles, axé sur le développement local, l’économie solidaire et la promotion, en Europe, d’un 3ième espace économique (Ben Goerens) ;
• en Ile-de-France : le Collectif Equitess de Fontenay-sous-Bois initie des nouvelles pratiques socio-économiques en milieu urbain, contribuant au mieux vivre ensemble (Christine Bourdel, Françoise Hutinet, Joël Cacciaguerra);
• dans le Nord-Pas-de-Calais : métropolisation (Lille, Courtrai, Arras et Calais, Dunkerque, Boulogne) et territoires adjacents : Organiser la solidarité et l’économie associées pour ne pas subir serait le maître mot de cette rencontre. (Bruno Deffontaines et Mireille Charonnat, conseil de développement du Pays de Saint-Omer, en présence des pays ruraux de la Zone verte).
Clôturés en janvier 2009, les résultats sont mis en lumière grâce à une grille de lecture commune, discutés dans des échanges « entre pairs » et débouchent sur des propositions. Ils s’enrichissent et s’internationalisent entre février et avril 2009 :
• grâce aux fiches d’illustration produites, en amont, par les intervenants et autres « invités contributeurs de l’atelier 7, venus du monde entier : Europe, Géorgie, Sénégal, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Madagascar, Québec, Chili, Malaisie et Philippines.
• grâce à l’accueil d’une délégation internationale dans l’Aude en amont du 16 au 21 avril: Yvon Poirier et Jacques Fiset (Québec), Denison Jayasooria (Malaisie) et Ben Quiñones (Philippines), président et animateur de la CSRSME Asia (Coalition of Socially Responsible SMEs), qui reprend le flambeau pour la 5ème rencontre, en 2013, en Asie.
Ce processus participatif a permis l’accumulation d’importants matériaux, de questionnements, de suggestions et propositions d’une grande richesse (www.pactes-locaux.org). Mais Luxembourg 09 est qu’un point d’étape et un nouveau point de départ, comme en témoigne les grandes lignes de conclusion de l’atelier 7 :
85 personnes inscrites, une quarantaine effectivement présentes au long des 3 séquences : 1) “illustrer et débattre vu des Nord.s”, 2) le lendemain “vu des Sud.s”; 3) pour “croiser les regards” le troisième jour et dégager des convergences entre acteurs, à tous niveaux de responsabilité ; proposer ensemble, du local à l'Europe et jusqu’à l’international, des réponses en matière de régulations, organisations, coopérations et décisions”.
“L'atelier 7 considère que la notion d'ancrage territorial est centrale ».
La gravité de la crise est une occasion de réviser les fondamentaux de l'économie en la reconnectant avec d’autres dimensions et ce à un niveau pertinent : le territoire, avec la personne comme point de départ central de l'analyse et de l'action. La vision holistique est possible à ce niveau. En effet, l'ancrage territorial permet la transversalité (environnement, social, culture, finance, gouvernance etc.) et l'implication de toutes les composantes de la population, surtout les exclus, qu'il faut inclure dans toutes politiques d'ESS. Cette approche est un pilier de l'économie sociale et solidaire et sera placée au coeur de la 5éme rencontre du RIPESS en Asie.
Pour que cette notion soit comprise et diffusée, la démarche apprenante des Pactes Locaux est un outil approprié. Il concrétise l'expression "l'expérience forme et prend forme". La démarche apprenante (appelée aussi "voyage apprenant" en Asie) contribue à la co-construction d'une vision partagée sur le territoire d’une part et à propos du territoire d’autre part. Ce type d’outil doit être amélioré et adapté.
Le renforcement des capacités et la formation sont indispensables. Les cibles : les élus, le personnel des communes et l'administration en général.
La participation doit être la règle, mais elle doit être facilitée en allant vers les plus exclus, les plus en besoin, par une posture d'écoute et de dialogue, plutôt que de leçons à donner. C'est essentiel.
L'existence de facilitateurs, de raconteurs d'histoire, d'animateurs de la vie locale est importante. De même que des outils efficaces comme l'arbre à palabres.
L'ensemble permet de faire le lien entre démocratie représentative et démocrate active.
Le réseautage et l'échange d'expériences Nord-Sud est important également. Il faut rééquilibrer les échanges d'expériences et les savoirs.
Le passage par la régulation, c'est à dire les politiques - pas dans le sens de "politicien" - est incontournable pour articuler le local, le régional, le national, le continental et le mondial.
Les propositions concrètes marquent la volonté partagée de poursuivre le dialogue engagé pour approfondir deux questions dans le cadre du Forum international Asie de 2013 :
• Quelle contribution la dimension territoriale, culturelle, environnementale, sociale…peut-elle apporter aux différentes thématiques que le Forum envisage de traiter ?
• Quelle contribution … à l'élaboration de projets mondialisés ?
Un certain nombre d’actions ont été listés, et sont en exploration pour leur concrétisation.
La teneur de ces perspectives est confortée et amplifiée par le discours de conclusion de Romain Biever, directeur d’INEES (INstitut Européen pour l’Economie Solidaire ) qui met l’insistance sur 5 points :
• “ poursuivre la recherche fondamentale pour conceptualiser dans le champ de la science économique ;
• poursuivre la recherche appliquée sur les différentes thématiques et dans les projets, car les compétences sont dans le projets ;
• valoriser les territoires dans une gouvernance démocratique ;
• renforcer le réseautage ;
• permettre la participation de tous les citoyens, faire naître l’esprit critique, contre les paroles dogmatiques, toucher les médias… Il faut combiner ces 5 points, et les faire évoluer à partir des territoires, nouveaux moteurs. C’est à nous de concrétiser cette société du savoir et de créer des centres d’excellence dans nos territoires, à l’échelle internationale ».
Article de Martine Theveniaut
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #59
1 Juin 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
4ème Rencontre intercontinentale du RIPESS, Globalisation de la solidarité, - Forum Lux’09, 22 au 25 avril à Schifflange - Luxembourg
La contribution de l’ATELIER 7 : « Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie ».
Message de l’équipe éditoriale
Tel qu’annoncé précédemment, en avril dernier, nous participions à la rencontre Lux’09. À nos yeux, cette rencontre aura été un succès, notamment parce que plusieurs groupes de travail s’organisent afin de réaliser concrètement des propositions formulées dans les ateliers.
À cet égard, nous vous invitons à visiter le site www.lux09.lu afin de prendre connaissance des résultats des treize ateliers ainsi que de la Déclaration.
Comme nous étions impliquées dans l’organisation de l’Atelier 7, Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie, depuis le début, et comme c’est en plein dans la mission de notre Bulletin, nous vous faisons part de la démarche préparatoire à l’atelier, ainsi que de ses principaux résultats.
En ce qui nous concerne, nous sommes très satisfaits de ce résultat, d’autant plus que dans un bon nombre d’autres ateliers, la notion de développement local, qui pour nous est synonyme d’ancrage territorial, était présente. En somme, dans la grande majorité des secteurs d’activité, qu’il s’agit de consommation responsable et de commerce équitable, de finances solidaires, d’alimentation, d’énergies, de logement, etc., l’importance du local, de l’ancrage territoriale, est une constante.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
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4ème Rencontre intercontinentale du RIPESS, Globalisation de la solidarité, - Forum Lux’09, 22 au 25 avril à Schifflange - Luxembourg
La contribution de l’ATELIER 7 : « Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie ».
Conscient que le contexte actuel est celui d’une crise profonde et de la démocratie et du modèle de croissance, l’Association française des Pactes Locaux, soutenue par la Fondation pour le Progrès de l’Homme (FPH), a imaginé un processus de capitalisation itinérant et apprenant, sous forme d’une plateforme de travail élargie à la dimension européenne. En décembre 2007 les préparatifs de l’atelier 7 s’engagent par la mise en route de 5 étapes régionales, accueillies par des organisations participatives, ancrées dans leurs territoires, qui ont fait des avancées conséquentes sur des problèmes clé d’aujourd’hui :
• en Poitou-Charentes : la participation citoyenne et la mise en place de 340 groupements d’employeurs pour répondre aux besoins, créer des emplois avec la fondation d’un Centre de ressources européen (France Joubert) ;
• en Auvergne : le tourisme responsable, laboratoire d’une économie territoriale plus solidaire, harmonieuse et durable et outil de développement au service des populations des territoires accueillants (Alain Laurent et Jean-Claude Mairal) ;
• au Grand-Duché de Luxembourg : Objectif Plein Emploi est un réseau de 820 salariés indélocalisables et 400 acteurs bénévoles, axé sur le développement local, l’économie solidaire et la promotion, en Europe, d’un 3ième espace économique (Ben Goerens) ;
• en Ile-de-France : le Collectif Equitess de Fontenay-sous-Bois initie des nouvelles pratiques socio-économiques en milieu urbain, contribuant au mieux vivre ensemble (Christine Bourdel, Françoise Hutinet, Joël Cacciaguerra);
• dans le Nord-Pas-de-Calais : métropolisation (Lille, Courtrai, Arras et Calais, Dunkerque, Boulogne) et territoires adjacents : Organiser la solidarité et l’économie associées pour ne pas subir serait le maître mot de cette rencontre. (Bruno Deffontaines et Mireille Charonnat, conseil de développement du Pays de Saint-Omer, en présence des pays ruraux de la Zone verte).
Clôturés en janvier 2009, les résultats sont mis en lumière grâce à une grille de lecture commune, discutés dans des échanges « entre pairs » et débouchent sur des propositions. Ils s’enrichissent et s’internationalisent entre février et avril 2009 :
• grâce aux fiches d’illustration produites, en amont, par les intervenants et autres « invités contributeurs de l’atelier 7, venus du monde entier : Europe, Géorgie, Sénégal, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Madagascar, Québec, Chili, Malaisie et Philippines.
• grâce à l’accueil d’une délégation internationale dans l’Aude en amont du 16 au 21 avril: Yvon Poirier et Jacques Fiset (Québec), Denison Jayasooria (Malaisie) et Ben Quiñones (Philippines), président et animateur de la CSRSME Asia (Coalition of Socially Responsible SMEs), qui reprend le flambeau pour la 5ème rencontre, en 2013, en Asie.
Ce processus participatif a permis l’accumulation d’importants matériaux, de questionnements, de suggestions et propositions d’une grande richesse (www.pactes-locaux.org). Mais Luxembourg 09 est qu’un point d’étape et un nouveau point de départ, comme en témoigne les grandes lignes de conclusion de l’atelier 7 :
85 personnes inscrites, une quarantaine effectivement présentes au long des 3 séquences : 1) “illustrer et débattre vu des Nord.s”, 2) le lendemain “vu des Sud.s”; 3) pour “croiser les regards” le troisième jour et dégager des convergences entre acteurs, à tous niveaux de responsabilité ; proposer ensemble, du local à l'Europe et jusqu’à l’international, des réponses en matière de régulations, organisations, coopérations et décisions”.
“L'atelier 7 considère que la notion d'ancrage territorial est centrale ».
La gravité de la crise est une occasion de réviser les fondamentaux de l'économie en la reconnectant avec d’autres dimensions et ce à un niveau pertinent : le territoire, avec la personne comme point de départ central de l'analyse et de l'action. La vision holistique est possible à ce niveau. En effet, l'ancrage territorial permet la transversalité (environnement, social, culture, finance, gouvernance etc.) et l'implication de toutes les composantes de la population, surtout les exclus, qu'il faut inclure dans toutes politiques d'ESS. Cette approche est un pilier de l'économie sociale et solidaire et sera placée au coeur de la 5éme rencontre du RIPESS en Asie.
Pour que cette notion soit comprise et diffusée, la démarche apprenante des Pactes Locaux est un outil approprié. Il concrétise l'expression "l'expérience forme et prend forme". La démarche apprenante (appelée aussi "voyage apprenant" en Asie) contribue à la co-construction d'une vision partagée sur le territoire d’une part et à propos du territoire d’autre part. Ce type d’outil doit être amélioré et adapté.
Le renforcement des capacités et la formation sont indispensables. Les cibles : les élus, le personnel des communes et l'administration en général.
La participation doit être la règle, mais elle doit être facilitée en allant vers les plus exclus, les plus en besoin, par une posture d'écoute et de dialogue, plutôt que de leçons à donner. C'est essentiel.
L'existence de facilitateurs, de raconteurs d'histoire, d'animateurs de la vie locale est importante. De même que des outils efficaces comme l'arbre à palabres.
L'ensemble permet de faire le lien entre démocratie représentative et démocrate active.
Le réseautage et l'échange d'expériences Nord-Sud est important également. Il faut rééquilibrer les échanges d'expériences et les savoirs.
Le passage par la régulation, c'est à dire les politiques - pas dans le sens de "politicien" - est incontournable pour articuler le local, le régional, le national, le continental et le mondial.
Les propositions concrètes marquent la volonté partagée de poursuivre le dialogue engagé pour approfondir deux questions dans le cadre du Forum international Asie de 2013 :
• Quelle contribution la dimension territoriale, culturelle, environnementale, sociale…peut-elle apporter aux différentes thématiques que le Forum envisage de traiter ?
• Quelle contribution … à l'élaboration de projets mondialisés ?
Un certain nombre d’actions ont été listés, et sont en exploration pour leur concrétisation.
La teneur de ces perspectives est confortée et amplifiée par le discours de conclusion de Romain Biever, directeur d’INEES (INstitut Européen pour l’Economie Solidaire ) qui met l’insistance sur 5 points :
• “ poursuivre la recherche fondamentale pour conceptualiser dans le champ de la science économique ;
• poursuivre la recherche appliquée sur les différentes thématiques et dans les projets, car les compétences sont dans le projets ;
• valoriser les territoires dans une gouvernance démocratique ;
• renforcer le réseautage ;
• permettre la participation de tous les citoyens, faire naître l’esprit critique, contre les paroles dogmatiques, toucher les médias… Il faut combiner ces 5 points, et les faire évoluer à partir des territoires, nouveaux moteurs. C’est à nous de concrétiser cette société du savoir et de créer des centres d’excellence dans nos territoires, à l’échelle internationale ».
Article de Martine Theveniaut
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
5/28/2009
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #58
1 Mai 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
La justice économique par le bas
Le mouvement d’économie solidaire est lancé lors de sa 1ière Conférence aux É-U
Message de l’équipe éditoriale
Au mois de mars dernier, une première conférence s’est tenue aux E-U sur l’économie solidaire. Nous reproduisons dans ce numéro un article de Carl Davidson, un des membres du Comité de coordination du Réseau US d’économie solidaire (US SEN).
Dans le contexte actuel de crises économiques, financières et environnementales, le développement d’un mouvement d’économie solidaire comme politique publique au pays promoteur de la globalisation libérale est un signe de changements fondamentaux qui fait suite à l’élection de Barack Obama comme président des USA. Les défis sont énormes, car les grandes transnationales n’abandonnent pas la partie. À titre d’exemple mentionnons les tentatives d’Exxon pour mettre la main sur les projets d’énergie éolienne!
Le mouvement est jeune, mais il s’enracine dans une grande diversité de mouvements sociaux, et ce dans toutes les régions des E-U.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
La justice économique par le bas
Le mouvement d’économie solidaire est lancé lors de sa 1ière Conférence aux É-U
Par Carl Davidson
SolidarityEconomy.Net
Près de 400 personnes se sont réunies à l'Université du Massachusetts à Amherst du 19 au 22 mars pour le premier rassemblement national du Réseau É-U de l'Economie Solidaire (USSEN), dépassant les attentes de ses organisateurs.
L'aggravation de la crise économique a rendu la rencontre très pertinente. Le thème général : «Bâtir un autre monde», a attiré des participants de la côte Est, du Sud et du Midwest des États-Unis, et même de l’Alaska et du Porto Rico. Au niveau international, des délégations sont venus du Québec, du Venezuela, du Pérou, du Mexique et du Canada. Les participants représentaient des projets de justice économique et d’emplois "verts", des coopératives alimentaires et des caisses populaires, des coopératives de travailleurs et des syndicats, ainsi que des initiatives d'organisation de paix et de justice.
«Notre diversité était très dynamique et créative» a déclaré Julie Matthaei, membre du comité de coordination de l’USSEN. « Elle nous a bien servis pour affirmer notre unité, discuter des différences et pour nous aider à parvenir à une plus grande compréhension de l'économie solidaire dans notre contexte. »
L'économie solidaire est un mouvement populaire très connu dans toute l'Amérique latine, du fait que les gens s’entraident pour survivre face à la coupure des filets de sécurité sociale imposée par la mondialisation et le néolibéralisme. Elle est constituée de coopératives paysannes, de travailleurs saisissant des usines abandonnées ainsi qu’une variété d'organisations de citadins pauvres. En Europe et au Québec, c’est également connu comme faisant partie de l'économie sociale, avec des liens étroits avec les syndicats, des coopératives de travailleurs et le secteur à but non lucratif dans les services sociaux. Ensemble, l'économie sociale et solidaire est très forte là-bas, avec des succès dans la promotion de politiques publiques.
L’USSEN a été lancée lors du Forum social des États-Unis à Atlanta en 2007. Il avait attiré quelque 12 000 participants. Les militants du SEN avaient organisé plus de 80 panels et ateliers, et le réseau a été créé parmi les participants. Ce dernier a augmenté son membership depuis ce temps, notamment avec la réunion d’Amherst, son premier grand projet américain. Il a été co-organisé avec l'Universidad de los Andes du Venezuela et RIPESS-Amérique du Nord, le Réseau Intercontinental de Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire.
Emily Kawano, directrice de l’USSEN ouvre la séance plénière d'ouverture et note de ce moment comme historique. «Nous savons que l'économie solidaire est quelque chose de nouveau pour les militants ici aux Etats-Unis, mais nous sommes très enthousiastes à l'idée de la façon dont elle est prise en compte. Nous sommes très clairs sur son sens fondamental, mais en même temps, nous aimons l'idée que nous construisons la route au fur et à mesure que nous avançons ". Par la suite, Ethel Côté a donné une description de la manière dont le Réseau canadien de développement économique communautaire (RCDÉC), dont elle est la représentante, est confronté aux nouveaux défis créés par la nouvelle période de crise, tandis que Benito Diaz de l'Université des Andes du Venezuela a décrit le grand mouvement coopératif lancé dans le cadre de la révolution bolivarienne dans son pays.
La conférence a comporté 70 ateliers, 4 sessions plénières, ainsi qu’une ouverture à partir d’exemples de pratiques locales d'économie solidaire dans l'ouest du Massachusetts. Un total de 199 orateurs ont fait des présentations et ont animé des discussions.
Un large éventail de sujets.
Les sujets ont couvert un large éventail: une politique commune dans le cadre des plans de relance d’Obama, l’habitation coopérative, le commerce équitable, les caisses populaires, les monnaies alternatives, les coopératives au Venezuela, des récupération d’usines par des travailleurs en Argentine, l'économie féministe, l'économie sociale au Québec, le rôle des syndicats, les coopératives de travailleurs, des alliances pour des emplois "verts", l'énergie solaire, et bien plus encore.
La plénière de vendredi matin était remplie. Elandria Williams du Highlander Research and Educational Center à Knoxville, Tennessee, a stimulé la foule avec ses descriptions de luttes organisées pour la justice économique « C’est exact, nous ne l’avons jamais nommée ainsi. Mais, nous pratiquons l’économie solidaire pour survivre depuis longtemps. » Elle a partagé la scène avec Ethan Miller, du Grassroots Economic Organizing Network (réseau économique d'organisation de la base). Il a ravi la session avec un grande carte graphique montrant l'interconnexion des caractéristiques du mouvement sur un écran géant.
Economie solidaire et emplois verts.
La question de la connexion de l'économie solidaire avec l'ensemble du mouvement des "emplois verts" a été débattue lors d’un atelier sur l'élaboration d'une politique commune dans le cadre du plan de relance d’Obama. La question a été soulevée par la récente nomination de Van Jones de Green For All (Vert pour Tous) à l'équipe de la Maison Blanche - Green For All et Jones sont très appréciés ici. Bien qu'il n'y ait pas de consensus, presque tous étaient d'accord s pour dire qu'il y avait énormément de chevauchements entre les deux, et que les projets d'économie solidaire ont un rôle important dans le mouvement des emplois "verts".
« Ce ne sont pas exactement les mêmes", a déclaré un participant. "T. Boone Pickens, le millionnaire du Texas qui veut le tout éolien, pour faire du Midwest une Arabie saoudite de l'énergie éolienne, fait clairement partie de l'économie verte, mais il est plus que probable, qu’au mieux, il soit indifférent à ce qui fait une économie solidaire, à une propriété de travailleurs ou de la communauté, et ainsi de suite. C'est là où nous arrivons : Que pouvons-nous proposer au mouvement d’emplois "verts" ?
Deux grandes questions structurent les débats.
Le « débat Obama » a émergé dans plusieurs ateliers pendant la fin de semaine. Il existe un éventail de points de vue sur la nouvelle Maison-Blanche, avec beaucoup de gens favorables envers Obama. Par contre, certains se sont plutôt déclarés électeurs Verts, et quelques-uns ne se sont pas donnés la peine d’aller voter. En fait, il existe deux grandes discussions et débats sous-jacents dans le mouvement d'économie solidaire à peu près partout.
• Un est de savoir si les projets d’économie solidaire fonctionnent comme des alternatives aux marchés ou comme une option dynamique au sein de ceux-ci.
• L’autre préoccupation concerne l'État, et si les projets d’économie solidaire se développent principalement en se liant horizontalement à l'extérieur du gouvernement, ou s’ils s’allient avec le gouvernement pour forcer des réformes structurelles, en particulier au niveau local. Ces deux points de vue ont été exprimés, mais ni l’un ni l’autre n’a vu la nécessité de forcer une conclusion sur le débat.
Mais la plupart des participants ont été tout simplement enthousiastes quant à la taille et la diversité de la participation, et intrigué par de la gamme de choix de thèmes d’ateliers qu'ils pouvaient échantillonner.
Une conférence de portée internationale.
La plénière du vendredi soir a permis d’approfondir la dimension internationaliste de la conférence. Nancy Neamtan du Chantier de l'économie sociale du Québec, le réseau des réseaux de toutes les organisations impliquées dans l'économie sociale, a expliqué le lien intime avec le mouvement des travailleurs par le biais d'un certain nombre de batailles et des crises, et comment l'économie sociale est essentielle à la survie de la classe ouvrière, en particulier les femmes travailleuses. Graciela Monteagudo, parlant au nom du projet argentin Autonomista, a présenté un puissant diaporama sur les efforts des pauvres urbains à s'organiser en coopératives de recyclage dans son pays, pendant que Jose Sojo du Venezuela a décrit les défis actuels de survie des coopératives sur le marché.
Des emplois pour les jeunes.
Le samedi matin, les ateliers de la conférence débordaient de monde, car beaucoup de militants arrivent à Amherst pour la fin de semaine.
"Les emplois verts et de l'énergie verte - propriété de la communauté" a été un choix populaire. Organisé par le Massachusetts Coop Power, les présentateurs ont donné une excellente description détaillée de la création d'emplois verts pour les jeunes dans l’installation de système de chauffe-eau solaire dans des maisons privées. Même des familles à faible revenu pourraient profiter d'un certain nombre de plans créatifs pour couvrir les dépenses de départ pour l’achat d’unités en empruntant contre leurs économies à venir sur les factures d’électricité de leurs fournisseurs de services publics.
«C’est gagnant-gagnant pour tout le monde», a déclaré Lynn Benander de Coop Power. Lorsqu’interrogé sur la façon dont elle a convaincu les plus sceptiques des jeunes du centre-ville à s’embarquer dans le programme, elle a répondu: « j'ai mis une tasse en mousse remplie d'eau chaude au milieu de la table et j’ai demandé: Comment pouvez-vous garder l’eau chaude? et ils devaient compétitionner pour trouver des solutions. Alors j'ai dit, OK, bon, maintenant comment pourriez-vous garder cette salle et ce bâtiment plus chaud? Voici un détecteur, trouvez les pertes de chaleur, et réfléchissez sur la façon de l'arrêter. Cela a fonctionné à merveille et ils se sont impliqués. »
S’allier pour construire une économie verte, inclusive et équitable.
Un atelier, sur un thème semblable : Construire une économie verte, inclusive et équitable, était présenté par le Massachusetts Green Jobs Coalition - MAGJC (la Coalition d’Emplois Verts du Massachusetts). «Comment pouvons-nous le faire?" a demandé Kalia Lydgate, une organisatrice du MAGJC. Une étudiante, inspirée par Van Jones et son livre, "Green Collar Economy", a décrit ensuite comment ils ont utilisé ses idées pour construire des alliances trans-sectorielles qui intègrent des personnes nécessitant le plus d'emplois verts. « Si vous rentrez dans une pièce et se sont tous des gars blancs en habits, vous avez de gros problèmes. Cela ne va pas fonctionner.» Le MAGJC s'est avéré une coalition qui a remporté un franc succès à travers l'État en plaidant que c’est par le bas que la formation au travail et le financement de la démarche est le meilleur gage de succès.
"C'est l'une des expériences la plus stimulante et enrichissante de ma vie», a déclaré Tylik Railey, un jeune militant d’Asbury Park Neighborhood Cooperative dans le New Jersey. «Je suis tellement heureux de faire partie d’un mouvement si grand et mondial. Ne sachant pas trop à propos de l'économie solidaire, j’étais un peu hésitant de me lancer dans ce monde d’organisateurs, d’universitaires, d’étudiants, et de petites entreprises. Mais en peu de temps, j’étais en train de partager mes expériences avec ces mêmes personnes. »
La place des syndicats dans le mouvement social.
L’après-midi, un atelier sur le travail a retenu l’attention. Yvon Poirier du Réseau canadien du DÉC, et syndicaliste retraité du Québec, a fait un exposé sur le rôle essentiel des syndicats du Québec dans les mouvements sociaux. "Avec notre gouvernement conservateur à Ottawa», a dit Poirier, "un programme progressiste n'est pas entièrement possible maintenant." Il a néanmoins expliqué les avancés importantes, par rapport aux États-Unis, réalisées par les syndicats québécois. Depuis le milieu des années 1980, ils font usage de leurs propres fonds de pension pour soutenir la croissance de l'économie sociale afin de répondre aux besoins de base de la population. D'autres dans l'atelier ont fait état des problèmes du «syndicalisme d'affaires» (préoccupé uniquement par la négociation collective) aux États-Unis, mais ils ont également fait état d'ouvertures de la part de certains syndicats pour travailler autour des questions plus larges. Tous ont convenu que les militants du SEN devraient faire leur la lutte pour le prochain Employee Free Choice Act (N.B. loi facilitant la syndicalisation) que la droite du parti Républicain tente de bloquer.
Les coopératives de travailleurs sont au cœur de l'économie solidaire.
Un atelier a examiné un certain nombre de projets dans le Bronx et New York. Un participant à l'atelier, Bucket von Harmony, membre d'une coopérative en milieu rural de Virginie, a déclaré : "Nous avons appris que beaucoup de travailleurs immigrés dans la ville de New York sont maltraités par leurs employeurs. Ainsi, un groupe de gens se sont réunis et ont formé différents collectifs: une garderie d'enfants coopérative, une coopérative dans la construction, ainsi qu’une coopérative d’entretien ménager. Ils ont chacun des structures différentes. Une des coopératives requiert que tout le monde y mette 2 heures de travail par semaine pour la commercialisation. La coopérative en construction donne aux femmes la possibilité de participer à la construction, ce à quoi elles n’avaient pas accès avant, elles se paient un salaire égal, sans égard à leur niveau de compétence. Il est impressionnant de voir comment le partage et la collaboration peuvent améliorer la vie de ceux qui ont le plus de mal à se débrouiller, surtout dans le contexte où une partie importante de notre mouvement est composée de ceux qui ont eu beaucoup de privilèges dans la culture dominante.
Les coopératives de crédit sont une caractéristique de l'économie solidaire.
L'atelier, "Guide to a Better Banking System"(N.B guide pour un meilleur système bancaire), organisé par la Federation of Community Development Credit Unions (Fédération des caisses de développement communautaire), a mis en lumière la façon dont ils ont été frappés par la crise financière, lorsque leur structure nationale (NB. Une forme de caisse centrale) a été pris avec des valeurs mobilières, des investissements supposés sûrs cotés AAA, qui en fait sont fondés sur des prêts hypothécaires «toxiques»."Nous allons en prendre un coup !», a déclaré Cliff Rosenthal, «mais nous allons passer à travers mieux que les autres." Il a poursuivi en expliquant le rôle important des caisses de crédit, des coopératives elles-mêmes, afin de répondre aux besoins financiers des travailleurs et des coopératives dans les communautés locales.
Rosenthal a également entamé la séance du samedi soir avec une version courte de sa présentation dans l'atelier. Le rôle des coopératives de crédit est apparu encore plus avec les autres présentateurs avec lui: Van Temple de la National Community Land Trust (fiducies foncières), qui travaille à développer des logements abordables sur des terrains appartenant à la communauté) et Nick Regalado de la West Virginia Coal River Mountain Watch, qui promeut des parcs éoliens en opposition à la méthode de "démolir le sommet de la montagne» qui permet l’extraction de charbon à ciel ouvert, méthode qui ravage le massif des Appalaches. Cette session s'est terminé avec un appel militant de Julio Chavez, l'ancien maire de Trujillo au Venezuela, pour une plus grande coopération internationale, et de solidarité avec le processus révolutionnaire bolivarien qui se déroule dans son pays.
Le plaisir de la fête.
La soirée s’est terminée par des activités culturelles solidaires qui ont insufflé une grande énergie. La première était Raging Grannies (mémés enragées), un groupe coloré avec ses chansons pacifiques et folkloriques, et un certain nombre de chanteurs populaires, y compris Red Valley Fog, Jay Mankita et Ethan Miller. "Brique par brique», un groupe hip-hop des quartiers difficiles a changé le rythme avec un rap de poésie écrite cette journée même. Il a soulevé beaucoup d'enthousiasme. Enfin, un groupe a lu des paroles et des écrits de célèbres leaders du monde du travail sur une période de 150 ans, et s’est achevé, tout le monde debout, chantant une vibrante version de "Solidarity Forever" (une chanson de 1915 très connue dans le monde syndical anglophone). Parmi les plus grisonnants des anciens combattants des luttes ouvrières des années 1970, il n'y avait pas un œil sec à trouver !
Bilan et perspective.
Le dimanche était jour de récapitulation, pendant que des personnes se préparaient à prendre l’avion. Une dernière série d'ateliers avec en vedette l'un sur des «Communes égalitaires» dirigé par Bucket von Harmony, et l'autre sur "Les femmes, le féminisme et l'économie solidaire" avec Ethel Côté, Julie Matthaei et Nedda Angulo du RIPESS. Angulo a terminé la dernière séance plénière par un appel militant à étendre le travail sur tous les continents, et d'encourager ceux qui le peuvent d’assister à la prochaine réunion du RIPESS au Luxembourg.
Tout au long de la conférence, SEN a tenu trois "réunions d'affaires" sur les travaux de construire et d’élargir le réseau. Il a décidé de former un nouveau conseil d'administration et un petit comité de coordination, ainsi que la fixation d'autres priorités et d'affiner son message et sa mission.
Du Québec, Yvon Poirier a conclu : "En juin 2007 à Atlanta, il y avait environ 40 personnes dans la dernière séance, en provenance de 80 ateliers, qui ont décidé d'aller de l'avant. Maintenant, il ya environ 350 400 personnes aux États-Unis qui en savent beaucoup plus, et sont certainement intéressés d'une manière ou d'une autre, à faire la promotion de l'Économie Solidaire". Avec des ressources limitées, la tâche ne sera pas facile. Mais le moment l'exige, et si les personnes qui se sont réunis à Amherst en sont une indication, elles seront en mesure de relever le défi.
US SEN website:
http://www.populareconomics.org/ussen/
Article original en anglais
Titres des sous-sections réalisés par le comité éditorial.
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
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Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
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Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #58
1 Mai 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
La justice économique par le bas
Le mouvement d’économie solidaire est lancé lors de sa 1ière Conférence aux É-U
Message de l’équipe éditoriale
Au mois de mars dernier, une première conférence s’est tenue aux E-U sur l’économie solidaire. Nous reproduisons dans ce numéro un article de Carl Davidson, un des membres du Comité de coordination du Réseau US d’économie solidaire (US SEN).
Dans le contexte actuel de crises économiques, financières et environnementales, le développement d’un mouvement d’économie solidaire comme politique publique au pays promoteur de la globalisation libérale est un signe de changements fondamentaux qui fait suite à l’élection de Barack Obama comme président des USA. Les défis sont énormes, car les grandes transnationales n’abandonnent pas la partie. À titre d’exemple mentionnons les tentatives d’Exxon pour mettre la main sur les projets d’énergie éolienne!
Le mouvement est jeune, mais il s’enracine dans une grande diversité de mouvements sociaux, et ce dans toutes les régions des E-U.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
La justice économique par le bas
Le mouvement d’économie solidaire est lancé lors de sa 1ière Conférence aux É-U
Par Carl Davidson
SolidarityEconomy.Net
Près de 400 personnes se sont réunies à l'Université du Massachusetts à Amherst du 19 au 22 mars pour le premier rassemblement national du Réseau É-U de l'Economie Solidaire (USSEN), dépassant les attentes de ses organisateurs.
L'aggravation de la crise économique a rendu la rencontre très pertinente. Le thème général : «Bâtir un autre monde», a attiré des participants de la côte Est, du Sud et du Midwest des États-Unis, et même de l’Alaska et du Porto Rico. Au niveau international, des délégations sont venus du Québec, du Venezuela, du Pérou, du Mexique et du Canada. Les participants représentaient des projets de justice économique et d’emplois "verts", des coopératives alimentaires et des caisses populaires, des coopératives de travailleurs et des syndicats, ainsi que des initiatives d'organisation de paix et de justice.
«Notre diversité était très dynamique et créative» a déclaré Julie Matthaei, membre du comité de coordination de l’USSEN. « Elle nous a bien servis pour affirmer notre unité, discuter des différences et pour nous aider à parvenir à une plus grande compréhension de l'économie solidaire dans notre contexte. »
L'économie solidaire est un mouvement populaire très connu dans toute l'Amérique latine, du fait que les gens s’entraident pour survivre face à la coupure des filets de sécurité sociale imposée par la mondialisation et le néolibéralisme. Elle est constituée de coopératives paysannes, de travailleurs saisissant des usines abandonnées ainsi qu’une variété d'organisations de citadins pauvres. En Europe et au Québec, c’est également connu comme faisant partie de l'économie sociale, avec des liens étroits avec les syndicats, des coopératives de travailleurs et le secteur à but non lucratif dans les services sociaux. Ensemble, l'économie sociale et solidaire est très forte là-bas, avec des succès dans la promotion de politiques publiques.
L’USSEN a été lancée lors du Forum social des États-Unis à Atlanta en 2007. Il avait attiré quelque 12 000 participants. Les militants du SEN avaient organisé plus de 80 panels et ateliers, et le réseau a été créé parmi les participants. Ce dernier a augmenté son membership depuis ce temps, notamment avec la réunion d’Amherst, son premier grand projet américain. Il a été co-organisé avec l'Universidad de los Andes du Venezuela et RIPESS-Amérique du Nord, le Réseau Intercontinental de Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire.
Emily Kawano, directrice de l’USSEN ouvre la séance plénière d'ouverture et note de ce moment comme historique. «Nous savons que l'économie solidaire est quelque chose de nouveau pour les militants ici aux Etats-Unis, mais nous sommes très enthousiastes à l'idée de la façon dont elle est prise en compte. Nous sommes très clairs sur son sens fondamental, mais en même temps, nous aimons l'idée que nous construisons la route au fur et à mesure que nous avançons ". Par la suite, Ethel Côté a donné une description de la manière dont le Réseau canadien de développement économique communautaire (RCDÉC), dont elle est la représentante, est confronté aux nouveaux défis créés par la nouvelle période de crise, tandis que Benito Diaz de l'Université des Andes du Venezuela a décrit le grand mouvement coopératif lancé dans le cadre de la révolution bolivarienne dans son pays.
La conférence a comporté 70 ateliers, 4 sessions plénières, ainsi qu’une ouverture à partir d’exemples de pratiques locales d'économie solidaire dans l'ouest du Massachusetts. Un total de 199 orateurs ont fait des présentations et ont animé des discussions.
Un large éventail de sujets.
Les sujets ont couvert un large éventail: une politique commune dans le cadre des plans de relance d’Obama, l’habitation coopérative, le commerce équitable, les caisses populaires, les monnaies alternatives, les coopératives au Venezuela, des récupération d’usines par des travailleurs en Argentine, l'économie féministe, l'économie sociale au Québec, le rôle des syndicats, les coopératives de travailleurs, des alliances pour des emplois "verts", l'énergie solaire, et bien plus encore.
La plénière de vendredi matin était remplie. Elandria Williams du Highlander Research and Educational Center à Knoxville, Tennessee, a stimulé la foule avec ses descriptions de luttes organisées pour la justice économique « C’est exact, nous ne l’avons jamais nommée ainsi. Mais, nous pratiquons l’économie solidaire pour survivre depuis longtemps. » Elle a partagé la scène avec Ethan Miller, du Grassroots Economic Organizing Network (réseau économique d'organisation de la base). Il a ravi la session avec un grande carte graphique montrant l'interconnexion des caractéristiques du mouvement sur un écran géant.
Economie solidaire et emplois verts.
La question de la connexion de l'économie solidaire avec l'ensemble du mouvement des "emplois verts" a été débattue lors d’un atelier sur l'élaboration d'une politique commune dans le cadre du plan de relance d’Obama. La question a été soulevée par la récente nomination de Van Jones de Green For All (Vert pour Tous) à l'équipe de la Maison Blanche - Green For All et Jones sont très appréciés ici. Bien qu'il n'y ait pas de consensus, presque tous étaient d'accord s pour dire qu'il y avait énormément de chevauchements entre les deux, et que les projets d'économie solidaire ont un rôle important dans le mouvement des emplois "verts".
« Ce ne sont pas exactement les mêmes", a déclaré un participant. "T. Boone Pickens, le millionnaire du Texas qui veut le tout éolien, pour faire du Midwest une Arabie saoudite de l'énergie éolienne, fait clairement partie de l'économie verte, mais il est plus que probable, qu’au mieux, il soit indifférent à ce qui fait une économie solidaire, à une propriété de travailleurs ou de la communauté, et ainsi de suite. C'est là où nous arrivons : Que pouvons-nous proposer au mouvement d’emplois "verts" ?
Deux grandes questions structurent les débats.
Le « débat Obama » a émergé dans plusieurs ateliers pendant la fin de semaine. Il existe un éventail de points de vue sur la nouvelle Maison-Blanche, avec beaucoup de gens favorables envers Obama. Par contre, certains se sont plutôt déclarés électeurs Verts, et quelques-uns ne se sont pas donnés la peine d’aller voter. En fait, il existe deux grandes discussions et débats sous-jacents dans le mouvement d'économie solidaire à peu près partout.
• Un est de savoir si les projets d’économie solidaire fonctionnent comme des alternatives aux marchés ou comme une option dynamique au sein de ceux-ci.
• L’autre préoccupation concerne l'État, et si les projets d’économie solidaire se développent principalement en se liant horizontalement à l'extérieur du gouvernement, ou s’ils s’allient avec le gouvernement pour forcer des réformes structurelles, en particulier au niveau local. Ces deux points de vue ont été exprimés, mais ni l’un ni l’autre n’a vu la nécessité de forcer une conclusion sur le débat.
Mais la plupart des participants ont été tout simplement enthousiastes quant à la taille et la diversité de la participation, et intrigué par de la gamme de choix de thèmes d’ateliers qu'ils pouvaient échantillonner.
Une conférence de portée internationale.
La plénière du vendredi soir a permis d’approfondir la dimension internationaliste de la conférence. Nancy Neamtan du Chantier de l'économie sociale du Québec, le réseau des réseaux de toutes les organisations impliquées dans l'économie sociale, a expliqué le lien intime avec le mouvement des travailleurs par le biais d'un certain nombre de batailles et des crises, et comment l'économie sociale est essentielle à la survie de la classe ouvrière, en particulier les femmes travailleuses. Graciela Monteagudo, parlant au nom du projet argentin Autonomista, a présenté un puissant diaporama sur les efforts des pauvres urbains à s'organiser en coopératives de recyclage dans son pays, pendant que Jose Sojo du Venezuela a décrit les défis actuels de survie des coopératives sur le marché.
Des emplois pour les jeunes.
Le samedi matin, les ateliers de la conférence débordaient de monde, car beaucoup de militants arrivent à Amherst pour la fin de semaine.
"Les emplois verts et de l'énergie verte - propriété de la communauté" a été un choix populaire. Organisé par le Massachusetts Coop Power, les présentateurs ont donné une excellente description détaillée de la création d'emplois verts pour les jeunes dans l’installation de système de chauffe-eau solaire dans des maisons privées. Même des familles à faible revenu pourraient profiter d'un certain nombre de plans créatifs pour couvrir les dépenses de départ pour l’achat d’unités en empruntant contre leurs économies à venir sur les factures d’électricité de leurs fournisseurs de services publics.
«C’est gagnant-gagnant pour tout le monde», a déclaré Lynn Benander de Coop Power. Lorsqu’interrogé sur la façon dont elle a convaincu les plus sceptiques des jeunes du centre-ville à s’embarquer dans le programme, elle a répondu: « j'ai mis une tasse en mousse remplie d'eau chaude au milieu de la table et j’ai demandé: Comment pouvez-vous garder l’eau chaude? et ils devaient compétitionner pour trouver des solutions. Alors j'ai dit, OK, bon, maintenant comment pourriez-vous garder cette salle et ce bâtiment plus chaud? Voici un détecteur, trouvez les pertes de chaleur, et réfléchissez sur la façon de l'arrêter. Cela a fonctionné à merveille et ils se sont impliqués. »
S’allier pour construire une économie verte, inclusive et équitable.
Un atelier, sur un thème semblable : Construire une économie verte, inclusive et équitable, était présenté par le Massachusetts Green Jobs Coalition - MAGJC (la Coalition d’Emplois Verts du Massachusetts). «Comment pouvons-nous le faire?" a demandé Kalia Lydgate, une organisatrice du MAGJC. Une étudiante, inspirée par Van Jones et son livre, "Green Collar Economy", a décrit ensuite comment ils ont utilisé ses idées pour construire des alliances trans-sectorielles qui intègrent des personnes nécessitant le plus d'emplois verts. « Si vous rentrez dans une pièce et se sont tous des gars blancs en habits, vous avez de gros problèmes. Cela ne va pas fonctionner.» Le MAGJC s'est avéré une coalition qui a remporté un franc succès à travers l'État en plaidant que c’est par le bas que la formation au travail et le financement de la démarche est le meilleur gage de succès.
"C'est l'une des expériences la plus stimulante et enrichissante de ma vie», a déclaré Tylik Railey, un jeune militant d’Asbury Park Neighborhood Cooperative dans le New Jersey. «Je suis tellement heureux de faire partie d’un mouvement si grand et mondial. Ne sachant pas trop à propos de l'économie solidaire, j’étais un peu hésitant de me lancer dans ce monde d’organisateurs, d’universitaires, d’étudiants, et de petites entreprises. Mais en peu de temps, j’étais en train de partager mes expériences avec ces mêmes personnes. »
La place des syndicats dans le mouvement social.
L’après-midi, un atelier sur le travail a retenu l’attention. Yvon Poirier du Réseau canadien du DÉC, et syndicaliste retraité du Québec, a fait un exposé sur le rôle essentiel des syndicats du Québec dans les mouvements sociaux. "Avec notre gouvernement conservateur à Ottawa», a dit Poirier, "un programme progressiste n'est pas entièrement possible maintenant." Il a néanmoins expliqué les avancés importantes, par rapport aux États-Unis, réalisées par les syndicats québécois. Depuis le milieu des années 1980, ils font usage de leurs propres fonds de pension pour soutenir la croissance de l'économie sociale afin de répondre aux besoins de base de la population. D'autres dans l'atelier ont fait état des problèmes du «syndicalisme d'affaires» (préoccupé uniquement par la négociation collective) aux États-Unis, mais ils ont également fait état d'ouvertures de la part de certains syndicats pour travailler autour des questions plus larges. Tous ont convenu que les militants du SEN devraient faire leur la lutte pour le prochain Employee Free Choice Act (N.B. loi facilitant la syndicalisation) que la droite du parti Républicain tente de bloquer.
Les coopératives de travailleurs sont au cœur de l'économie solidaire.
Un atelier a examiné un certain nombre de projets dans le Bronx et New York. Un participant à l'atelier, Bucket von Harmony, membre d'une coopérative en milieu rural de Virginie, a déclaré : "Nous avons appris que beaucoup de travailleurs immigrés dans la ville de New York sont maltraités par leurs employeurs. Ainsi, un groupe de gens se sont réunis et ont formé différents collectifs: une garderie d'enfants coopérative, une coopérative dans la construction, ainsi qu’une coopérative d’entretien ménager. Ils ont chacun des structures différentes. Une des coopératives requiert que tout le monde y mette 2 heures de travail par semaine pour la commercialisation. La coopérative en construction donne aux femmes la possibilité de participer à la construction, ce à quoi elles n’avaient pas accès avant, elles se paient un salaire égal, sans égard à leur niveau de compétence. Il est impressionnant de voir comment le partage et la collaboration peuvent améliorer la vie de ceux qui ont le plus de mal à se débrouiller, surtout dans le contexte où une partie importante de notre mouvement est composée de ceux qui ont eu beaucoup de privilèges dans la culture dominante.
Les coopératives de crédit sont une caractéristique de l'économie solidaire.
L'atelier, "Guide to a Better Banking System"(N.B guide pour un meilleur système bancaire), organisé par la Federation of Community Development Credit Unions (Fédération des caisses de développement communautaire), a mis en lumière la façon dont ils ont été frappés par la crise financière, lorsque leur structure nationale (NB. Une forme de caisse centrale) a été pris avec des valeurs mobilières, des investissements supposés sûrs cotés AAA, qui en fait sont fondés sur des prêts hypothécaires «toxiques»."Nous allons en prendre un coup !», a déclaré Cliff Rosenthal, «mais nous allons passer à travers mieux que les autres." Il a poursuivi en expliquant le rôle important des caisses de crédit, des coopératives elles-mêmes, afin de répondre aux besoins financiers des travailleurs et des coopératives dans les communautés locales.
Rosenthal a également entamé la séance du samedi soir avec une version courte de sa présentation dans l'atelier. Le rôle des coopératives de crédit est apparu encore plus avec les autres présentateurs avec lui: Van Temple de la National Community Land Trust (fiducies foncières), qui travaille à développer des logements abordables sur des terrains appartenant à la communauté) et Nick Regalado de la West Virginia Coal River Mountain Watch, qui promeut des parcs éoliens en opposition à la méthode de "démolir le sommet de la montagne» qui permet l’extraction de charbon à ciel ouvert, méthode qui ravage le massif des Appalaches. Cette session s'est terminé avec un appel militant de Julio Chavez, l'ancien maire de Trujillo au Venezuela, pour une plus grande coopération internationale, et de solidarité avec le processus révolutionnaire bolivarien qui se déroule dans son pays.
Le plaisir de la fête.
La soirée s’est terminée par des activités culturelles solidaires qui ont insufflé une grande énergie. La première était Raging Grannies (mémés enragées), un groupe coloré avec ses chansons pacifiques et folkloriques, et un certain nombre de chanteurs populaires, y compris Red Valley Fog, Jay Mankita et Ethan Miller. "Brique par brique», un groupe hip-hop des quartiers difficiles a changé le rythme avec un rap de poésie écrite cette journée même. Il a soulevé beaucoup d'enthousiasme. Enfin, un groupe a lu des paroles et des écrits de célèbres leaders du monde du travail sur une période de 150 ans, et s’est achevé, tout le monde debout, chantant une vibrante version de "Solidarity Forever" (une chanson de 1915 très connue dans le monde syndical anglophone). Parmi les plus grisonnants des anciens combattants des luttes ouvrières des années 1970, il n'y avait pas un œil sec à trouver !
Bilan et perspective.
Le dimanche était jour de récapitulation, pendant que des personnes se préparaient à prendre l’avion. Une dernière série d'ateliers avec en vedette l'un sur des «Communes égalitaires» dirigé par Bucket von Harmony, et l'autre sur "Les femmes, le féminisme et l'économie solidaire" avec Ethel Côté, Julie Matthaei et Nedda Angulo du RIPESS. Angulo a terminé la dernière séance plénière par un appel militant à étendre le travail sur tous les continents, et d'encourager ceux qui le peuvent d’assister à la prochaine réunion du RIPESS au Luxembourg.
Tout au long de la conférence, SEN a tenu trois "réunions d'affaires" sur les travaux de construire et d’élargir le réseau. Il a décidé de former un nouveau conseil d'administration et un petit comité de coordination, ainsi que la fixation d'autres priorités et d'affiner son message et sa mission.
Du Québec, Yvon Poirier a conclu : "En juin 2007 à Atlanta, il y avait environ 40 personnes dans la dernière séance, en provenance de 80 ateliers, qui ont décidé d'aller de l'avant. Maintenant, il ya environ 350 400 personnes aux États-Unis qui en savent beaucoup plus, et sont certainement intéressés d'une manière ou d'une autre, à faire la promotion de l'Économie Solidaire". Avec des ressources limitées, la tâche ne sera pas facile. Mais le moment l'exige, et si les personnes qui se sont réunis à Amherst en sont une indication, elles seront en mesure de relever le défi.
US SEN website:
http://www.populareconomics.org/ussen/
Article original en anglais
Titres des sous-sections réalisés par le comité éditorial.
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
4/02/2009
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #57
1 Avril 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
Défis pour la généralisation de l’économie solidaire : quelques réflexions
Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro, Judith nous fait part de diverses réflexions sur le déploiement de l’économie solidaire, notamment dans le contexte européen : l’inclusion de produits du commerce équitable ou de l’agriculture biologique dans les politiques d’achats des administrations de l’état, des régions, des départements et des villes, mais également des grandes institutions comme des universités, ou des grands groupes de l’industrie ou du commerce. La question rentre dans l’actualité de plusieurs pays en ce moment.
Ainsi, tel que relaté dans le numéro précédent, le mouvement au Brésil revendique, que la loi d’alimentation scolaire brésilienne, garantisse qu’au moins 30% de cette alimentation soit achetée à des initiatives locales d’agriculture familiale et d’Économie Solidaire. Toujours dans cette même veine, le RIPESS propose de lancer une campagne mondiale pour les achats publics et pour une consommation éthique et responsable de biens et de services.
L’article de Judith présente un aperçu concret des défis qui se posent pour y arriver en France et au Royaume-Uni plus spécialement. Mais, comme l’article le mentionne, il existe aussi de nombreuses initiatives ailleurs. À titre d’exemple, Yvon a connaissance de deux initiatives du réseau des Centres de la petite enfance du Québec qui est l’équivalent des crèches. D’une part, un grand nombre de ces Centres procède à des achats de produits alimentaires bios auprès d’agriculteurs locaux. Ce qui permet de commencer la sensibilisation des jeunes dès l’âge préscolaire à l’alimentation saine et de tenir leurs parents informés. D’autre part, ces Centres se sont donné une coopérative commune pour l’achat de l’ensemble de leurs biens et services.
La question est à l’ordre du jour de la rencontre Lux’09. Elle est transversale et concerne la consommation responsable (atelier 6), mais aussi les politiques publiques (atelier 1), les réseaux (atelier 9) ou la communication (atelier 10), etc.
Tout notre comité éditorial du Bulletin est présent activement à cette rencontre au Luxembourg!! Il vous fera part des discussions et des avancées dans la parution du 1er juin (car il ne sera pas possible de le faire pour le 1er mai).
Comme nous savons que plusieurs de nos lecteurs y seront également, c’est avec un grand plaisir que nous attendons de vous revoir.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Défis pour la généralisation de l’économie solidaire : quelques réflexions
Cet article est inspiré par un certain nombre d’expériences et de réunions auxquelles j’ai récemment participé, notamment en tant qu’interprète. Ce sont des réflexions qui souhaitent attirer l’attention des lecteurs sur des défis inhérents au développement d’alternatives économiques dans le contexte des multiples crises mondiales actuelles.
Commerce équitable et achat local : une complémentarité?
Un séminaire organisé par Max Havelaar France sur « les Territoires du Commerce Équitable » donne à réfléchir. Ce programme, qui bénéficie de subventions d’un programme Européen, utilise la définition suivante :
“Un Territoire du Commerce Équitable est une ville, village, pays, zone, île ou arrondissement qui s’engage à soutenir le Commerce Équitable et à utiliser les produits labellisés issus du Commerce Équitables. Tout territoire peut s’engager dans la démarche, qui se doit d’impliquer tout le monde!
Des associations locales, ONGs à affiliation religieuse, entreprises, écoles et individus contribuent tous à la construction d’un Territoire du Commerce Équitable, en s’engageant à faire de leur mieux pour soutenir le Commerce Équitable et à promouvoir la marque FAIRTRADE”.
Le commerce équitable, tout comme la nourriture biologique locale et la chaîne d’approvisionnement courte, voire directe, du producteur au consommateur pour les aliments ou les autres biens (en particulier les PSLPC: Partenariats Solidaires Locaux entre Producteurs et Consommateurs), constituent une tendance forte émergeante aujourd’hui. Une différence entre ces deux concepts est que le premier est basé sur les critères spécifiques du Commerce Équitable (cf. les sites de Max Havelaar et de World Fair Trade Organisation - WFTO – autrefois IFAT), or le deuxième se trouve ancré dans les principes de la consommation responsable sur le plan local. Mais les deux éliminent les intermédiaires et visent à garantir des revenus corrects aux producteurs. Ceci signifie que le producteur gagne mieux sa vie qu’en vendant ses produits aux grandes surfaces (qui tentent de payer un minimum aux producteurs pour augmenter leurs marges avec un maximum de bénéfices). En agissant ainsi, la chaîne courte signifie que le consommateur s’y retrouve aussi, car le prix payé revient généralement, à peu de choses près, à celui que pratique l’économie conventionnelle. Et la qualité de la nourriture et des biens est bien meilleure.
L’autre aspect clé est le respect systématique des Conventions de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), ce qui garantit des conditions de travail décentes pour tous les producteurs. Et quand les personnes ont des salaires décents, l’obligation de prendre le chemin périlleux de la migration est souvent évitée. Ceci est d’autant plus vrai que la question de la souveraineté alimentaire est aussi placée au cœur de la politique gouvernementale de certains pays comme au Mali. Si nous tenons compte de tous ces aspects en achetant notre panier de fruits et de légumes de la semaine, cela semble un choix raisonnable d’équilibrer quelques bananes issues du Commerce Équitable (empreinte carbone forte, mais Commerce Équitable) avec un sac de pommes ‘bio’ du producteur local (nos agriculteurs locaux ‘bio’ pourront survivre)...! Et ce sont des éléments clés qui assurent l’amorce d’une vraie économie locale, qu’elle soit près de chez nous ou ailleurs, une alternative viable à la situation de crises
Politiques d’achats publics : une place pour l’économie solidaire ?
En Europe, les entités publiques disposent aussi du pouvoir de réaliser leurs achats au meilleur rapport qualité/prix, ou bien de les motiver selon des critères sociaux et sociopolitiques. Sur des montants modestes, la contractualisation peut se faire sans recourir à des appels d'offre. Pour des achats importants où les procédures d’appel d’offres sont imposées, les cahiers des charges peuvent définir des clauses sociales comme l’intégration des travailleurs défavorisés et/ou des clauses environnementales. L’Italie est le premier pays à avoir introduit la dimension sociale des achats publics en 1991, réservant certains marchés publics aux coopératives sociales. Mais cette loi a dû être réexaminée à la suite d’objections de la Commission. Car c’est dans le cadre de la législation européenne que le débat se déroule aujourd’hui. En réalité, l'introduction de critères sociaux dans les contrats publics n’est pas encore de pratique courante.
Prenons l’exemple de la France. Aujourd’hui il est devenu courant de voir les cantines scolaires s’approvisionner en nourriture bio locale (et tant mieux !). L’introduction d’autres produits est plus récente. L’exemple de la ville de Nantes illustre bien qu’on peut aller plus loin. Les appels d’offres pour les uniformes des services municipaux contiennent des clauses spécifiques pour favoriser l’utilisation de textiles issus du Commerce Équitable (en particulier le coton bio équitable). La difficulté à laquelle la Ville se trouve confrontée est que la demande dépasse la possibilité des fournisseurs. Cela dit, la demande peut stimuler le marché. On peut espérer qu’une démarche volontaire du secteur public encouragera son développement. Un autre domaine-clé est l’achat de papier recyclé.
Deux variables culturelles ont marqué les discussions sur ce sujet lors de la réunion mentionnée ci-dessus. La première est que l’achat de biens et de service en France à tendance à se passer d’une manière hiérarchique. Cet achat étant souvent considéré comme un mécanisme de soutien, il permet à des régions, des villes ou des pays de la Zone de Solidarité Prioritaire (ZSP) de coopération décentralisée de la France (souvent ses anciennes colonies) d’être jumelées sur le plan institutionnel et d’avoir un soutien financier pour des projets de développement local. D’autre part, diverses associations, dont certaines qui d’origine religieuse, interviennent également afin de favoriser les communautés du Sud. Cependant, au Royaume Uni, c’est plutôt l’inverse. La plupart du temps l’initiative de cette démarche est initiée par la société civile (souvent en incluant des associations religieuses) ou par une communauté locale. Il est souvent nécessaire d’exercer des pressions considérables sur les institutions et les Autorités Locales pour obtenir un soutien aux projets. Dans tous les cas, les Associations de la société civile ont un rôle d’impulsion nécessaire dans une approche ascendante porteuse d’une alternative économique.
Défis pour la généralisation de la vente des biens et services de l’économie solidaire.
Une autre réflexion concerne le concept de prise de risque dans l’achat de biens et des services provenant de l’économie alternative, et ce même dans les courants alternatifs. Le Commerce Équitable et la nourriture bio sont des produits clairement identifiés, qu’ils soient officiellement certifiés ou non, ce qui est un tout autre débat. Certains produits et services sont maintenant acceptés par l’acheteur moyen et par bien des entreprises également. Linux versus Microsoft en est une bonne illustration. Une personne qui opte pour l’achat du système Linux sait qu’elle ne prend pas de « risque déconsidéré ». Mais des résistances demeurent dans l’organisation des grandes manifestations mondiales altermondialistes. Par exemple, on rencontre souvent le refus de travailler avec les systèmes alternatifs d’interprétation et les réseaux bénévoles d’interprètes sont parfois perçus comme manquant de fiabilité, même si le contraire a été largement démontré et pour le matériel et pour l’humain. Un exemple malheureux de cela est le cas du Forum Social Mondial de Belém. Ce qui a réduit considérablement le nombre d’activités avec interprétation ainsi que la possibilité des participants de s’exprimer dans la langue de leur choix.
N’est-ce pas la crainte des acheteurs-euses que la prestation pour “leur” événement - moment unique pour eux - ne soit pas à la hauteur qui est sous-jacente à de telles décisions ? Mais si chacun(e) n’augmente pas sa capacité de prise de risque, comment amorcer de véritables processus de changement et installer la confiance ? Posner et Schmidt en 1984 ont mené une étude sérieuse sur les facteurs qui influent sur le comportement éthique et le choix des managers. Les résultats montrent l’importance de la décision des supérieurs hiérarchiques comme facteur d’exemplarité. Ceci veut dire, par extrapolation, que le rôle des autorités locales dans leur choix d’achat peut avoir un impact énorme en termes d’émulation et exemplarité. Les premiers résultats du programme des Territoires du Commerce Équitable et le niveau de conscientisation que cela a déjà provoqué le démontrent bien. Il serait certainement de même pour le choix d’équipements et services alternatifs avec un peu plus d’effort de la part des acheteurs.
Pour conclure
Les défis sont de taille pour que l’économie sociale et solidaire puisse se déployer pleinement et poursuive son chemin de construction d’une économie plus juste et solidaire. C’est par une approche holistique que des solutions alternatives pourront être mises en place dans le long terme pour résoudre les crises multiples qui existent actuellement. Ces solutions doivent se mettre en place sur le plan local comme international, en faisant le lien entre produits et standards de l’OIT, des clauses éthiques, des prix justes, de la souveraineté alimentaire et des relations durables. Ceci demande à la fois de l’ouverture et une volonté collective de changer, de prendre des risques et d’explorer les alternatives.
Auteur : Judith Hitchman
Article original en anglais et en français
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #57
1 Avril 2009
Sommaire
Message de l’équipe éditoriale
Défis pour la généralisation de l’économie solidaire : quelques réflexions
Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro, Judith nous fait part de diverses réflexions sur le déploiement de l’économie solidaire, notamment dans le contexte européen : l’inclusion de produits du commerce équitable ou de l’agriculture biologique dans les politiques d’achats des administrations de l’état, des régions, des départements et des villes, mais également des grandes institutions comme des universités, ou des grands groupes de l’industrie ou du commerce. La question rentre dans l’actualité de plusieurs pays en ce moment.
Ainsi, tel que relaté dans le numéro précédent, le mouvement au Brésil revendique, que la loi d’alimentation scolaire brésilienne, garantisse qu’au moins 30% de cette alimentation soit achetée à des initiatives locales d’agriculture familiale et d’Économie Solidaire. Toujours dans cette même veine, le RIPESS propose de lancer une campagne mondiale pour les achats publics et pour une consommation éthique et responsable de biens et de services.
L’article de Judith présente un aperçu concret des défis qui se posent pour y arriver en France et au Royaume-Uni plus spécialement. Mais, comme l’article le mentionne, il existe aussi de nombreuses initiatives ailleurs. À titre d’exemple, Yvon a connaissance de deux initiatives du réseau des Centres de la petite enfance du Québec qui est l’équivalent des crèches. D’une part, un grand nombre de ces Centres procède à des achats de produits alimentaires bios auprès d’agriculteurs locaux. Ce qui permet de commencer la sensibilisation des jeunes dès l’âge préscolaire à l’alimentation saine et de tenir leurs parents informés. D’autre part, ces Centres se sont donné une coopérative commune pour l’achat de l’ensemble de leurs biens et services.
La question est à l’ordre du jour de la rencontre Lux’09. Elle est transversale et concerne la consommation responsable (atelier 6), mais aussi les politiques publiques (atelier 1), les réseaux (atelier 9) ou la communication (atelier 10), etc.
Tout notre comité éditorial du Bulletin est présent activement à cette rencontre au Luxembourg!! Il vous fera part des discussions et des avancées dans la parution du 1er juin (car il ne sera pas possible de le faire pour le 1er mai).
Comme nous savons que plusieurs de nos lecteurs y seront également, c’est avec un grand plaisir que nous attendons de vous revoir.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Défis pour la généralisation de l’économie solidaire : quelques réflexions
Cet article est inspiré par un certain nombre d’expériences et de réunions auxquelles j’ai récemment participé, notamment en tant qu’interprète. Ce sont des réflexions qui souhaitent attirer l’attention des lecteurs sur des défis inhérents au développement d’alternatives économiques dans le contexte des multiples crises mondiales actuelles.
Commerce équitable et achat local : une complémentarité?
Un séminaire organisé par Max Havelaar France sur « les Territoires du Commerce Équitable » donne à réfléchir. Ce programme, qui bénéficie de subventions d’un programme Européen, utilise la définition suivante :
“Un Territoire du Commerce Équitable est une ville, village, pays, zone, île ou arrondissement qui s’engage à soutenir le Commerce Équitable et à utiliser les produits labellisés issus du Commerce Équitables. Tout territoire peut s’engager dans la démarche, qui se doit d’impliquer tout le monde!
Des associations locales, ONGs à affiliation religieuse, entreprises, écoles et individus contribuent tous à la construction d’un Territoire du Commerce Équitable, en s’engageant à faire de leur mieux pour soutenir le Commerce Équitable et à promouvoir la marque FAIRTRADE”.
Le commerce équitable, tout comme la nourriture biologique locale et la chaîne d’approvisionnement courte, voire directe, du producteur au consommateur pour les aliments ou les autres biens (en particulier les PSLPC: Partenariats Solidaires Locaux entre Producteurs et Consommateurs), constituent une tendance forte émergeante aujourd’hui. Une différence entre ces deux concepts est que le premier est basé sur les critères spécifiques du Commerce Équitable (cf. les sites de Max Havelaar et de World Fair Trade Organisation - WFTO – autrefois IFAT), or le deuxième se trouve ancré dans les principes de la consommation responsable sur le plan local. Mais les deux éliminent les intermédiaires et visent à garantir des revenus corrects aux producteurs. Ceci signifie que le producteur gagne mieux sa vie qu’en vendant ses produits aux grandes surfaces (qui tentent de payer un minimum aux producteurs pour augmenter leurs marges avec un maximum de bénéfices). En agissant ainsi, la chaîne courte signifie que le consommateur s’y retrouve aussi, car le prix payé revient généralement, à peu de choses près, à celui que pratique l’économie conventionnelle. Et la qualité de la nourriture et des biens est bien meilleure.
L’autre aspect clé est le respect systématique des Conventions de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), ce qui garantit des conditions de travail décentes pour tous les producteurs. Et quand les personnes ont des salaires décents, l’obligation de prendre le chemin périlleux de la migration est souvent évitée. Ceci est d’autant plus vrai que la question de la souveraineté alimentaire est aussi placée au cœur de la politique gouvernementale de certains pays comme au Mali. Si nous tenons compte de tous ces aspects en achetant notre panier de fruits et de légumes de la semaine, cela semble un choix raisonnable d’équilibrer quelques bananes issues du Commerce Équitable (empreinte carbone forte, mais Commerce Équitable) avec un sac de pommes ‘bio’ du producteur local (nos agriculteurs locaux ‘bio’ pourront survivre)...! Et ce sont des éléments clés qui assurent l’amorce d’une vraie économie locale, qu’elle soit près de chez nous ou ailleurs, une alternative viable à la situation de crises
Politiques d’achats publics : une place pour l’économie solidaire ?
En Europe, les entités publiques disposent aussi du pouvoir de réaliser leurs achats au meilleur rapport qualité/prix, ou bien de les motiver selon des critères sociaux et sociopolitiques. Sur des montants modestes, la contractualisation peut se faire sans recourir à des appels d'offre. Pour des achats importants où les procédures d’appel d’offres sont imposées, les cahiers des charges peuvent définir des clauses sociales comme l’intégration des travailleurs défavorisés et/ou des clauses environnementales. L’Italie est le premier pays à avoir introduit la dimension sociale des achats publics en 1991, réservant certains marchés publics aux coopératives sociales. Mais cette loi a dû être réexaminée à la suite d’objections de la Commission. Car c’est dans le cadre de la législation européenne que le débat se déroule aujourd’hui. En réalité, l'introduction de critères sociaux dans les contrats publics n’est pas encore de pratique courante.
Prenons l’exemple de la France. Aujourd’hui il est devenu courant de voir les cantines scolaires s’approvisionner en nourriture bio locale (et tant mieux !). L’introduction d’autres produits est plus récente. L’exemple de la ville de Nantes illustre bien qu’on peut aller plus loin. Les appels d’offres pour les uniformes des services municipaux contiennent des clauses spécifiques pour favoriser l’utilisation de textiles issus du Commerce Équitable (en particulier le coton bio équitable). La difficulté à laquelle la Ville se trouve confrontée est que la demande dépasse la possibilité des fournisseurs. Cela dit, la demande peut stimuler le marché. On peut espérer qu’une démarche volontaire du secteur public encouragera son développement. Un autre domaine-clé est l’achat de papier recyclé.
Deux variables culturelles ont marqué les discussions sur ce sujet lors de la réunion mentionnée ci-dessus. La première est que l’achat de biens et de service en France à tendance à se passer d’une manière hiérarchique. Cet achat étant souvent considéré comme un mécanisme de soutien, il permet à des régions, des villes ou des pays de la Zone de Solidarité Prioritaire (ZSP) de coopération décentralisée de la France (souvent ses anciennes colonies) d’être jumelées sur le plan institutionnel et d’avoir un soutien financier pour des projets de développement local. D’autre part, diverses associations, dont certaines qui d’origine religieuse, interviennent également afin de favoriser les communautés du Sud. Cependant, au Royaume Uni, c’est plutôt l’inverse. La plupart du temps l’initiative de cette démarche est initiée par la société civile (souvent en incluant des associations religieuses) ou par une communauté locale. Il est souvent nécessaire d’exercer des pressions considérables sur les institutions et les Autorités Locales pour obtenir un soutien aux projets. Dans tous les cas, les Associations de la société civile ont un rôle d’impulsion nécessaire dans une approche ascendante porteuse d’une alternative économique.
Défis pour la généralisation de la vente des biens et services de l’économie solidaire.
Une autre réflexion concerne le concept de prise de risque dans l’achat de biens et des services provenant de l’économie alternative, et ce même dans les courants alternatifs. Le Commerce Équitable et la nourriture bio sont des produits clairement identifiés, qu’ils soient officiellement certifiés ou non, ce qui est un tout autre débat. Certains produits et services sont maintenant acceptés par l’acheteur moyen et par bien des entreprises également. Linux versus Microsoft en est une bonne illustration. Une personne qui opte pour l’achat du système Linux sait qu’elle ne prend pas de « risque déconsidéré ». Mais des résistances demeurent dans l’organisation des grandes manifestations mondiales altermondialistes. Par exemple, on rencontre souvent le refus de travailler avec les systèmes alternatifs d’interprétation et les réseaux bénévoles d’interprètes sont parfois perçus comme manquant de fiabilité, même si le contraire a été largement démontré et pour le matériel et pour l’humain. Un exemple malheureux de cela est le cas du Forum Social Mondial de Belém. Ce qui a réduit considérablement le nombre d’activités avec interprétation ainsi que la possibilité des participants de s’exprimer dans la langue de leur choix.
N’est-ce pas la crainte des acheteurs-euses que la prestation pour “leur” événement - moment unique pour eux - ne soit pas à la hauteur qui est sous-jacente à de telles décisions ? Mais si chacun(e) n’augmente pas sa capacité de prise de risque, comment amorcer de véritables processus de changement et installer la confiance ? Posner et Schmidt en 1984 ont mené une étude sérieuse sur les facteurs qui influent sur le comportement éthique et le choix des managers. Les résultats montrent l’importance de la décision des supérieurs hiérarchiques comme facteur d’exemplarité. Ceci veut dire, par extrapolation, que le rôle des autorités locales dans leur choix d’achat peut avoir un impact énorme en termes d’émulation et exemplarité. Les premiers résultats du programme des Territoires du Commerce Équitable et le niveau de conscientisation que cela a déjà provoqué le démontrent bien. Il serait certainement de même pour le choix d’équipements et services alternatifs avec un peu plus d’effort de la part des acheteurs.
Pour conclure
Les défis sont de taille pour que l’économie sociale et solidaire puisse se déployer pleinement et poursuive son chemin de construction d’une économie plus juste et solidaire. C’est par une approche holistique que des solutions alternatives pourront être mises en place dans le long terme pour résoudre les crises multiples qui existent actuellement. Ces solutions doivent se mettre en place sur le plan local comme international, en faisant le lien entre produits et standards de l’OIT, des clauses éthiques, des prix justes, de la souveraineté alimentaire et des relations durables. Ceci demande à la fois de l’ouverture et une volonté collective de changer, de prendre des risques et d’explorer les alternatives.
Auteur : Judith Hitchman
Article original en anglais et en français
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Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.
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