2/01/2012
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #85
1er Février 2012
Sommaire
Maîtres de leurs propres destinées
Message de l’équipe éditoriale
Quels vœux pouvons-nous faire et partager avec nos lecteurs, quand de si lourds dangers menacent notre planète et l’avenir des générations futures?
L’actualité met la Conférence de RIO+20, du 20 au 22 juin 2012, au premier plan du calendrier citoyen. C’est un moment charnière pour donner enfin un coup de barre dans la bonne direction pour reprendre le gouvernail : réchauffement climatique, domination des « Marchés», pouvoirs exorbitants d’oligarchies qui règnent sans contrôle démocratique. Qu’attendre des États? Tétanisés par leurs crises internes, ils repoussent indéfiniment leurs responsabilités dans la préparation, ici et maintenant, d’un futur viable. Les majorités sont volatiles. Leurs conduites sont inféodées aux pouvoirs de l’argent.
Notre vœu le plus cher pour 2012 est la réussite du « Sommet des peuples Rio+20 pour la justice sociale et environnementale » qui se tiendra du 18 au 23 juin. Une plateforme brésilienne plurielle réunie dans un Comité facilitateur s’est mobilisée pour rassembler les peuples . Fort de sa pluralité et d’une préparation qui cherche à concentrer les acquis, il structure des propositions et permet d’améliorer les rapports de force, afin de faire entendre la voix de la société civile internationale dans un espace autonome de discussion démocratique. L’évènement se déroulera parallèlement au sommet officiel. Notre espérance est que les forces et propositions réunies à cette occasion réussissent à infléchir le gouvernail, à installer les fondations d’un nouvel agenda international, pour sortir de l’irresponsabilité actuelle.
Nous sommes avant tout des acteurs de terrain. Nous sommes réalistes. Ce futur sera long et ardu à construire, car cela suppose de prendre en compte et d’intégrer de nouveaux angles de vue dans une pensée régnante monolithique. Il ne faut donc pas tout attendre des institutions : elles sont défaillantes et surtout inappropriées pour encadrer avec efficience les problèmes qui se posent. Les témoignages que nous présentons depuis maintenant plus de huit ans, nous permettent d’affirmer que les efforts des communautés humaines partout sur la planète parviennent à se donner, continument, des conditions économiques, sociales et culturelles qui placent les besoins humains, et ceux de la planète au premier plan. C’est pourquoi nous continuerons notre mission de témoignage et d’analyse pour que la gouvernance, depuis le local jusqu’à l’international en vienne à partir des réalités et des potentiels plutôt que de marcher sur la tête! La finalité c’est l’organisation des activités humaines autour de la satisfaction des besoins des personnes et des peuples, et non pas le rendement maximum au plus court terme de l’argent.
L’article d’Yvon, fondé sur sa propre expérience de vie, montre avec force que si l’on veut renouer avec des pratiques de solidarité dans les communautés de vie, il ne manque souvent pas grand-chose. Nous n’avons pas à réinventer la roue. Les générations précédentes, en passant par les Pionniers de Rochdale et les banques Raiffeisen en Allemagne au XXe siècle, etc.…nous ont montré le chemin. Il faut tout simplement s’adapter, étendre de telles pratiques au niveau des plus grandes régions, voire même des pays. Ce n’est pas si facile, nous le savons bien, mais nous savons aussi que le système capitalisme ne représente plus l’avenir de l’humanité. Il faut s’y préparer!
L’actualité de la citoyenneté en 2012, c’est aussi l’Année internationale des coopératives, décrétée par l’ONU. Notre second vœu est que cette année soit l’occasion de réintégrer les acquis des générations qui nous ont précédés vers celles qui nous suivent, sont motivées et s’indignent pour qu’elles soient accompagnées à devenir actrices de la transformation de leur propre milieu. La coopération, c’est moins s’affirmer du côté de la puissance dans le système tel qu’il fonctionne aujourd’hui, car il y a beaucoup à y perdre! C’est que chacun prenne sa part de responsabilité pour renouer et déployer ensemble l’immense potentiel d’une économie pour et par les communautés elles-mêmes. Merci à Yvon Poirier pour ce témoignage qui relie ainsi hier à demain, en ces moments de vœux!
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Maîtres de leurs propres destinées
Par Yvon Poirier
Dans le présent article, l’expression «Maîtres de leurs propres destinées» fait référence au titre d’un livre publié en 1939, mais également à l’histoire d’une communauté dans laquelle l’auteur de cet article est né et a grandi.
Ce livre (1) a été écrit par William Coady du département d’éducation des adultes de l’Université Saint-François Xavier, situé à Antigonish en Nouvelle-Écosse, province de l’Est canadien. Il explique comment, à travers un processus «d’éducation des masses», les communautés de pêcheurs et d’agriculteurs se sont donné des coopératives comme outil économique pour prendre en main leurs propres destinées : devenant propriétaires collectifs pour la mise en marché des produits de la pêche, grâce à des caisses d’épargne et de crédit et des magasins coopératifs. Par le biais de cercles d’études, dont certains féminins, les gens ont pris conscience qu’ils pouvaient gérer eux-mêmes les activités économiques plutôt que de les laisser aux mains des capitalistes, prétendument seuls compétents pour gérer des entreprises. Par la suite, dans les années 40 et 50, le livre aura servi d’outil, à travers des cercles d’étude, pour la formation de coopératives dans les trois Provinces Maritimes de l’Est du Canada, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard.
Encore aujourd’hui, on identifie toujours cette approche de prise en main par les communautés de leurs activités économiques comme le «Mouvement Antigonish». Le succès de cette approche éducative est internationalement reconnu à travers le Coady International Institute qui depuis 1959 a formé plus de 5 000 personnes de pays en développement www.coady.stfx.ca/ (en anglais seulement). L’auteur du présent article, au hasard de diverses rencontres, a connu plusieurs personnes, notamment en Asie, qui ont étudié pendant une année à l’Institut.
D’autre part, l’expression décrit bien comment une petite communauté francophone située dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard a spontanément adopté la formule coopérative, sans même le connaître, dès 1862.
Il est utile de préciser ici que le territoire de ces trois provinces était une colonie de la France à partir de 1604, connue sous le nom d’Acadie. Après la conquête de cette colonie par la Couronne britannique, la grande majorité des «Acadiens» ont été déportés entre 1755 et 1763, femmes et enfants séparément des hommes, par bateau vers l’Europe, vers les colonies britanniques plus au Sud (avant la guerre d’indépendance américaine), et même vers la Louisiane, encore colonie française à cette époque. Ainsi, ces francophones Acadiens sont des survivants de ce «nettoyage ethnique», soit parce qu’ils ont échappé à la déportation, soit parce qu’ils sont revenus.
Ainsi, dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard, ils constituent seulement environ 4% de la population totale, mais sont surtout concentrées dans une région nommée aujourd’hui «Région Évangeline». Ainsi, dans cette région, ils sont largement majoritaires. Ils ont leurs propres institutions, dont une école publique de langue française pour les niveaux primaires et secondaires.
L’esprit d’entraide et de solidarité qui s’était forgé pendant les siècles précédents, afin de survivre dans un environnement minoritaire, aura rendu tout naturel la création d’une première coopérative, dès 1862 (2), qu’on appela une banque de grains de semence afin de constituer «une réserve où le plus grand nombre s’est engagé à déposer une certaine quantité de semences pour subvenir au besoin des plus pauvres d’entre eux lorsque le temps des semences sera venu…». D’autres banques similaires ont été créées dans la région et ce n’est qu’en 1946 que la première cessa ses activités. Vers la fin du XIXe et le début du XXe siècle, un grand nombre de coopératives ont été créées, certaines pour quelques années seulement, d’autres pour de plus longues périodes. Une fromagerie opéra de 1896 à 1952 (elle fusionna avec d’autres coopératives de fromage de la province). Il y eut des coopératives pour la mise en marché de pommes de terre, des œufs, pour des services d’animaux reproducteurs, un moulin pour moudre le grain, etc.
Après la Deuxième Guerre mondiale, une nouvelle génération de coopératives, inspirée par les écrits de William Coady, a vu le jour. Ces nouvelles coopératives s’expliquent également en partie par une forte diminution de l’agriculture, et le développement important du marché de la pêche, en particulier celle du homard.
C’est ainsi que s’est créée en 1954 la coopérative des pêcheurs, une fusion de deux plus petites coopératives. La coopérative fonctionne toujours. Avec son usine de transformation, elle est non seulement le plus important employeur (saisonnier) de la région, mais aussi un des plus importants employeurs «privés » de toute la province.
Lors de la bénédiction des bateaux de pêche (31 août-2008)
Pendant ces années, les membres de la communauté, souvent les mêmes, ont également doté la région d’un magasin d’alimentation, d’une caisse populaire (coopérative d’épargne et de crédit), pour ne nommer que les principales. Ainsi, la majorité des membres de la communauté sont membres de plusieurs coopératives.
Aujourd’hui en 2012, la plupart des activités économiques de la région Évangeline sont toujours coopératives, malgré la globalisation avec ses grandes surfaces et les grandes chaînes. En plus de la pêche, de l’alimentation et du crédit, l’épargne, il a été créé une coopérative funéraire. Récemment, une coopérative vit le jour et est vouée à l’intégration d’immigrants francophones dans la région, dont une famille de réfugiés du Rwanda. La plus importante réalisation des dernières années aura été la construction d’un foyer de personnes âgées, «La Coopérative le Chez Nous» avec une trentaine de chambres.
L’histoire de cette région est chère à l’auteur de l’article, car ses racines y sont. Après ses études universitaires, il déménage à Québec, à plus de 900 km. Néanmoins, il est resté en relation avec sa famille qu’il visite régulièrement.
Ses souvenirs de jeune garçon, accompagnant son père aux diverses coopératives dans les années 50, sont toujours clairs et impérissables. D’ailleurs, après le décès de son père en 1987, il a trouvé dans le livre de William Coady, des notes prises à l’occasion d’une rencontre d’un cercle d’étude en 1946. Le hasard a également fait que les funérailles de son père ont été organisées par les fondateurs d’une nouvelle coopérative funéraire dont il était membre. Tout comme il est tout naturel que sa mère, âgée de 95 ans, soit aujourd’hui une résidente du foyer «Le Chez Nous ».
Même s’il ne vit plus dans cette région, la formation qu’il a reçue dans sa famille et dans la communauté l’a prédisposé et formé à poursuivre dans cet esprit de solidarité pour un monde meilleur à travers ses engagements envers l’économie solidaire et une société plus juste, pour l’ensemble des habitants de la planète.
(1)Masters of their own destiny, M.M. Coady, Harper @ Brothers Publishers, United States of America, 1939, 170 p. Ce livre, publié en anglais seulement, est disponible sur demande.
(2)Les informations historiques sont puisées dans le livre «Le mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangeline (1862-1982) », Cécile Gallant, 283 pages
Sur le web
Région Évangéline (Fr et En):
http://regionevangeline.com/index.cfm/
http://museeacadien.org/
Acadiens (Wikipedia)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Acadiens (FR)
http://en.wikipedia.org/wiki/Acadians (EN)
http://es.wikipedia.org/wiki/Acadiano (ES)
À propos du bulletin
Ce bulletin est publié en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Il est réalisé de manière totalement bénévole depuis le premier numéro publié en 2003.
L’équipe éditoriale tient à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication dans la traduction et la révision:
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Les bulletins sont sur le web à deux adresses.
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
1er Février 2012
Sommaire
Maîtres de leurs propres destinées
Message de l’équipe éditoriale
Quels vœux pouvons-nous faire et partager avec nos lecteurs, quand de si lourds dangers menacent notre planète et l’avenir des générations futures?
L’actualité met la Conférence de RIO+20, du 20 au 22 juin 2012, au premier plan du calendrier citoyen. C’est un moment charnière pour donner enfin un coup de barre dans la bonne direction pour reprendre le gouvernail : réchauffement climatique, domination des « Marchés», pouvoirs exorbitants d’oligarchies qui règnent sans contrôle démocratique. Qu’attendre des États? Tétanisés par leurs crises internes, ils repoussent indéfiniment leurs responsabilités dans la préparation, ici et maintenant, d’un futur viable. Les majorités sont volatiles. Leurs conduites sont inféodées aux pouvoirs de l’argent.
Notre vœu le plus cher pour 2012 est la réussite du « Sommet des peuples Rio+20 pour la justice sociale et environnementale » qui se tiendra du 18 au 23 juin. Une plateforme brésilienne plurielle réunie dans un Comité facilitateur s’est mobilisée pour rassembler les peuples . Fort de sa pluralité et d’une préparation qui cherche à concentrer les acquis, il structure des propositions et permet d’améliorer les rapports de force, afin de faire entendre la voix de la société civile internationale dans un espace autonome de discussion démocratique. L’évènement se déroulera parallèlement au sommet officiel. Notre espérance est que les forces et propositions réunies à cette occasion réussissent à infléchir le gouvernail, à installer les fondations d’un nouvel agenda international, pour sortir de l’irresponsabilité actuelle.
Nous sommes avant tout des acteurs de terrain. Nous sommes réalistes. Ce futur sera long et ardu à construire, car cela suppose de prendre en compte et d’intégrer de nouveaux angles de vue dans une pensée régnante monolithique. Il ne faut donc pas tout attendre des institutions : elles sont défaillantes et surtout inappropriées pour encadrer avec efficience les problèmes qui se posent. Les témoignages que nous présentons depuis maintenant plus de huit ans, nous permettent d’affirmer que les efforts des communautés humaines partout sur la planète parviennent à se donner, continument, des conditions économiques, sociales et culturelles qui placent les besoins humains, et ceux de la planète au premier plan. C’est pourquoi nous continuerons notre mission de témoignage et d’analyse pour que la gouvernance, depuis le local jusqu’à l’international en vienne à partir des réalités et des potentiels plutôt que de marcher sur la tête! La finalité c’est l’organisation des activités humaines autour de la satisfaction des besoins des personnes et des peuples, et non pas le rendement maximum au plus court terme de l’argent.
L’article d’Yvon, fondé sur sa propre expérience de vie, montre avec force que si l’on veut renouer avec des pratiques de solidarité dans les communautés de vie, il ne manque souvent pas grand-chose. Nous n’avons pas à réinventer la roue. Les générations précédentes, en passant par les Pionniers de Rochdale et les banques Raiffeisen en Allemagne au XXe siècle, etc.…nous ont montré le chemin. Il faut tout simplement s’adapter, étendre de telles pratiques au niveau des plus grandes régions, voire même des pays. Ce n’est pas si facile, nous le savons bien, mais nous savons aussi que le système capitalisme ne représente plus l’avenir de l’humanité. Il faut s’y préparer!
L’actualité de la citoyenneté en 2012, c’est aussi l’Année internationale des coopératives, décrétée par l’ONU. Notre second vœu est que cette année soit l’occasion de réintégrer les acquis des générations qui nous ont précédés vers celles qui nous suivent, sont motivées et s’indignent pour qu’elles soient accompagnées à devenir actrices de la transformation de leur propre milieu. La coopération, c’est moins s’affirmer du côté de la puissance dans le système tel qu’il fonctionne aujourd’hui, car il y a beaucoup à y perdre! C’est que chacun prenne sa part de responsabilité pour renouer et déployer ensemble l’immense potentiel d’une économie pour et par les communautés elles-mêmes. Merci à Yvon Poirier pour ce témoignage qui relie ainsi hier à demain, en ces moments de vœux!
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Maîtres de leurs propres destinées
Par Yvon Poirier
Dans le présent article, l’expression «Maîtres de leurs propres destinées» fait référence au titre d’un livre publié en 1939, mais également à l’histoire d’une communauté dans laquelle l’auteur de cet article est né et a grandi.
Ce livre (1) a été écrit par William Coady du département d’éducation des adultes de l’Université Saint-François Xavier, situé à Antigonish en Nouvelle-Écosse, province de l’Est canadien. Il explique comment, à travers un processus «d’éducation des masses», les communautés de pêcheurs et d’agriculteurs se sont donné des coopératives comme outil économique pour prendre en main leurs propres destinées : devenant propriétaires collectifs pour la mise en marché des produits de la pêche, grâce à des caisses d’épargne et de crédit et des magasins coopératifs. Par le biais de cercles d’études, dont certains féminins, les gens ont pris conscience qu’ils pouvaient gérer eux-mêmes les activités économiques plutôt que de les laisser aux mains des capitalistes, prétendument seuls compétents pour gérer des entreprises. Par la suite, dans les années 40 et 50, le livre aura servi d’outil, à travers des cercles d’étude, pour la formation de coopératives dans les trois Provinces Maritimes de l’Est du Canada, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard.
Encore aujourd’hui, on identifie toujours cette approche de prise en main par les communautés de leurs activités économiques comme le «Mouvement Antigonish». Le succès de cette approche éducative est internationalement reconnu à travers le Coady International Institute qui depuis 1959 a formé plus de 5 000 personnes de pays en développement www.coady.stfx.ca/ (en anglais seulement). L’auteur du présent article, au hasard de diverses rencontres, a connu plusieurs personnes, notamment en Asie, qui ont étudié pendant une année à l’Institut.
D’autre part, l’expression décrit bien comment une petite communauté francophone située dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard a spontanément adopté la formule coopérative, sans même le connaître, dès 1862.
Il est utile de préciser ici que le territoire de ces trois provinces était une colonie de la France à partir de 1604, connue sous le nom d’Acadie. Après la conquête de cette colonie par la Couronne britannique, la grande majorité des «Acadiens» ont été déportés entre 1755 et 1763, femmes et enfants séparément des hommes, par bateau vers l’Europe, vers les colonies britanniques plus au Sud (avant la guerre d’indépendance américaine), et même vers la Louisiane, encore colonie française à cette époque. Ainsi, ces francophones Acadiens sont des survivants de ce «nettoyage ethnique», soit parce qu’ils ont échappé à la déportation, soit parce qu’ils sont revenus.
Ainsi, dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard, ils constituent seulement environ 4% de la population totale, mais sont surtout concentrées dans une région nommée aujourd’hui «Région Évangeline». Ainsi, dans cette région, ils sont largement majoritaires. Ils ont leurs propres institutions, dont une école publique de langue française pour les niveaux primaires et secondaires.
L’esprit d’entraide et de solidarité qui s’était forgé pendant les siècles précédents, afin de survivre dans un environnement minoritaire, aura rendu tout naturel la création d’une première coopérative, dès 1862 (2), qu’on appela une banque de grains de semence afin de constituer «une réserve où le plus grand nombre s’est engagé à déposer une certaine quantité de semences pour subvenir au besoin des plus pauvres d’entre eux lorsque le temps des semences sera venu…». D’autres banques similaires ont été créées dans la région et ce n’est qu’en 1946 que la première cessa ses activités. Vers la fin du XIXe et le début du XXe siècle, un grand nombre de coopératives ont été créées, certaines pour quelques années seulement, d’autres pour de plus longues périodes. Une fromagerie opéra de 1896 à 1952 (elle fusionna avec d’autres coopératives de fromage de la province). Il y eut des coopératives pour la mise en marché de pommes de terre, des œufs, pour des services d’animaux reproducteurs, un moulin pour moudre le grain, etc.
Après la Deuxième Guerre mondiale, une nouvelle génération de coopératives, inspirée par les écrits de William Coady, a vu le jour. Ces nouvelles coopératives s’expliquent également en partie par une forte diminution de l’agriculture, et le développement important du marché de la pêche, en particulier celle du homard.
C’est ainsi que s’est créée en 1954 la coopérative des pêcheurs, une fusion de deux plus petites coopératives. La coopérative fonctionne toujours. Avec son usine de transformation, elle est non seulement le plus important employeur (saisonnier) de la région, mais aussi un des plus importants employeurs «privés » de toute la province.
Lors de la bénédiction des bateaux de pêche (31 août-2008)
Pendant ces années, les membres de la communauté, souvent les mêmes, ont également doté la région d’un magasin d’alimentation, d’une caisse populaire (coopérative d’épargne et de crédit), pour ne nommer que les principales. Ainsi, la majorité des membres de la communauté sont membres de plusieurs coopératives.
Aujourd’hui en 2012, la plupart des activités économiques de la région Évangeline sont toujours coopératives, malgré la globalisation avec ses grandes surfaces et les grandes chaînes. En plus de la pêche, de l’alimentation et du crédit, l’épargne, il a été créé une coopérative funéraire. Récemment, une coopérative vit le jour et est vouée à l’intégration d’immigrants francophones dans la région, dont une famille de réfugiés du Rwanda. La plus importante réalisation des dernières années aura été la construction d’un foyer de personnes âgées, «La Coopérative le Chez Nous» avec une trentaine de chambres.
L’histoire de cette région est chère à l’auteur de l’article, car ses racines y sont. Après ses études universitaires, il déménage à Québec, à plus de 900 km. Néanmoins, il est resté en relation avec sa famille qu’il visite régulièrement.
Ses souvenirs de jeune garçon, accompagnant son père aux diverses coopératives dans les années 50, sont toujours clairs et impérissables. D’ailleurs, après le décès de son père en 1987, il a trouvé dans le livre de William Coady, des notes prises à l’occasion d’une rencontre d’un cercle d’étude en 1946. Le hasard a également fait que les funérailles de son père ont été organisées par les fondateurs d’une nouvelle coopérative funéraire dont il était membre. Tout comme il est tout naturel que sa mère, âgée de 95 ans, soit aujourd’hui une résidente du foyer «Le Chez Nous ».
Même s’il ne vit plus dans cette région, la formation qu’il a reçue dans sa famille et dans la communauté l’a prédisposé et formé à poursuivre dans cet esprit de solidarité pour un monde meilleur à travers ses engagements envers l’économie solidaire et une société plus juste, pour l’ensemble des habitants de la planète.
(1)Masters of their own destiny, M.M. Coady, Harper @ Brothers Publishers, United States of America, 1939, 170 p. Ce livre, publié en anglais seulement, est disponible sur demande.
(2)Les informations historiques sont puisées dans le livre «Le mouvement coopératif chez les Acadiens de la région Évangeline (1862-1982) », Cécile Gallant, 283 pages
Sur le web
Région Évangéline (Fr et En):
http://regionevangeline.com/index.cfm/
http://museeacadien.org/
Acadiens (Wikipedia)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Acadiens (FR)
http://en.wikipedia.org/wiki/Acadians (EN)
http://es.wikipedia.org/wiki/Acadiano (ES)
À propos du bulletin
Ce bulletin est publié en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Il est réalisé de manière totalement bénévole depuis le premier numéro publié en 2003.
L’équipe éditoriale tient à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication dans la traduction et la révision:
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Les bulletins sont sur le web à deux adresses.
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
12/01/2011
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #84
1er Décembre 2011
Sommaire
Cloughjordan : Écovillage irlandais
Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro Judith nous décrit le seul Écovillage d’Irlande, situé à Cloughjordan, à un peu plus d’une heure de route de la capitale, Dublin.
L’intérêt de cette démarche est qu’elle dépasse le cadre strict d’initiatives d’agriculture biologique ou d’une démarche d’Agriculture soutenue par la communauté (ASC).
Cette approche holistique d’une communauté locale va dans le sens d’initiatives dont nous avons témoigné dans des numéros précédents et renforce notre conviction qu’un monde meilleur est non seulement possible, mais qu’il se construit quotidiennement un peu partout sur la planète.
Prochaine parution : 1er février 2012
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Cloughjordan : Écovillage irlandais
Par Judith Hitchman
Cloughjordan est le premier, et pour l’instant le seul Écovillage en Irlande. Situé dans le nord-ouest du comté de Tipperary, le village se trouve à un peu plus d’une heure de route de Dublin, mais à 3 heures de ma maison familiale dans le comté de Waterford. Avec Fergal Anderson, qui vient juste de quitter son travail à Bruxelles auprès de la Via Campesina pour s’installer comme agriculteur sur les terres de sa famille à Galway, nous étions chaleureusement accueillis par Davie Philips, Président du Conseil d’Administration de la Ferme Communautaire de Cloughjordan. Nous avons également pu faire la connaissance de certains autres membres du Conseil, et rendre visite à la ferme “du bas”. Le temps inclément et les contraintes horaires nous ont empêchés de nous rendre sur celui “du haut”.
Origines
Né en 1999 - les premiers membres furent impliqués dans le Dublin Food Coop et s’y sont rencontrés – le projet est un ensemble qui fut conçu comme modèle de vie durable. Le site a été sélectionné pour différentes raisons: l’accès facile à la capitale, Dublin; la gare; la diversité religieuse de la communauté du village qui se prêtait à une tolérance plus importante... Le village est composé d’une cinquantaine de familles, essentiellement d’origine néo-rurale plutôt que rurale. 80 des 130 terrains du village ont déjà été vendus. Il y a également une auberge qui comporte 32 lits, ouverte non seulement aux visiteurs, mais également pour héberger les stagiaires qui viennent pour les très nombreuses formations qui se déroulent au sein du village (agro-écologie, biodynamie, agriculture, permaculture, résilience communautaire, leadership etc..).Il est prévu de développer une partie du site pour y inclure une zone d’entreprises sociales vertes. Étant donné que les principes, et du village et de la ferme, sont basés sur la copropriété et le développement communautaire dans le meilleur sens du terme, la valeur ajoutée d’un tel projet sera énorme. Une boulangerie au feu de bois à l’ancienne est sur le point de s’ouvrir sur le site. Le boulanger est déjà très connu à Dublin.
Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur l’Écovillage. Il est construit sur un site de quelque 67 acres (27 hectares) de terres. Ce qui le rend unique en son genre, et ce en quoi il diffère de beaucoup de projets un peu similaires, est qu’il se trouve en plein milieu d’un petit village existant et ancien. Plutôt que de créer de la friction et faire fuir les locaux, ce projet a revitalisé la communauté existante. Et malgré une méfiance au départ, il existe maintenant une véritable acceptation des “choses étranges” qui s’y passent, et qui sont un chantier en cours de développement continu. Cela inclut le seul ensemble de panneaux solaires en Irlande, un système d‘énergies renouvelables communautaires qui fournit l’eau chaude et le chauffage à toutes les maisons, un système de prise de décisions communautaire, et des maisons de plusieurs genres, construites par les habitants eux-mêmes (chanvre, chaux et autres matériaux écologiques...). Malheureusement les autorités locales ont refusé d’accorder le permis pour un système d’épuration par des roseaux, malgré le fait que des systèmes pareils marchent bien à d’autres endroits en Irlande. Mais les autorités locales irlandaises fonctionnent en toute autonomie les unes des autres...
Les activités
Le but principal de cet article est de décrire le projet plutôt unique en son genre de l’agriculture soutenue par la communauté, qui est intégré dans l’ensemble du projet de l’Écovillage. L’approche est la même que pour le restant du projet, et 60% des membres de l’ASC viennent de l’Écovillage. Ces dernières années, les jardins communautaires et municipaux, sont devenus un véritable phénomène. Et les jardins potages sont une mode. Mais Cloughjordan est la première ferme en Irlande structurée en ASC (Agriculture soutenue par la communauté). Il existe cependant un nombre croissant de projets en AMAP (version française des ASC) en Irlande. La ferme n’est pas certifiée bio. Il n’y a tout simplement pas de besoin d’entamer un processus lourd et coûteux, étant donné que les consommateurs sont les propriétaires des produits, et que la ferme ne vend donc rien; il s’agit d’un projet communautaire basé sur la confiance. La ferme utilise néanmoins les processus biologiques et biodynamiques. Il existe deux parcelles, celle du “haut” et celle du “bas”. Les terres sont louées, les 12 acres du bas et 28 du haut. La ferme organise aussi des projets à vocation éducative: des cours de cuisine, des sessions de cueillette, des activités scolaires pour des enfants et jeunes de tout âge.
La nature unique de la ferme est qu’elle est contiguë au village. La partie basse se trouve juste derrière les maisons. Cela veut dire que les 57 familles membres sont, pour la plupart d’entre elles plus impliquées et plus conscientes que la tendance générale. Les contributions hebdomadaires sont très modestes, basées sur la taille de la famille et les revenus. Mais au moment où je m’y suis rendue, les légumes fraîchement cueillis étaient tout simplement déposés dans un vieux hangar ouvert trois fois par semaine, et libre aux membres de s’y servir comme bon leur semble. Ce système en libre-service n’a posé aucun problème à ce jour. En d’autres saisons, les légumes sont déposés deux fois par semaine. Quelques membres de l’ASC habitent des villages ou des villes avoisinantes, comme Nenagh, à 10 kilomètres de là. Cela implique un besoin d’organiser des paniers une ou deux fois par semaine.
La ferme fournit aussi du lait cru des vaches de la race du Kerry à ses membres. Ceci est possible, en dépit des contraintes des réglementations de l’UE, qui interdisent maintenant la vente du lait cru, car le lait n’est pas vendu: les membres sont considérés comme les propriétaires, du fait de leur appartenance au projet collectif. Cela inclut aussi des œufs et des céréales, tout comme les légumes. Un bon nombre de variétés anciennes de légumes sont cultivées sur la ferme. Et moyennant une cotisation supplémentaire, les membres peuvent partager aussi des cochons et des agneaux. J’ai compté au moins une quinzaine de variétés de légumes dans les champs, ce qui représente une belle diversité pour les possibilités climatiques. Des «wwoofers» (réseau mondial de bénévoles dans l’agriculture bio) du monde entier viennent aussi travailler à la ferme. Dans le passé, la ferme fut gérée par différentes personnes, mais la situation est maintenant bien stabilisée. Un aspect bien amusant est la manière dont sont stockés les légumes: un vieux conteneur de camion a été acheté pour la somme modique de 200€. L’intérieur est aménagé pour tenir les légumes hors de la portée des animaux sauvages qui seraient tentés de s’y servir, et avec des compartiments pour les différentes variétés de légumes. Le tout est bien aéré.
Les agriculteurs locaux se méfiaient initialement des innovations de la ferme. Mais les bons résultats, la qualité indéniable des légumes font qu’ils ont peu à peu accepté l’approche écologique.
La méthode décisionnelle utilisée pour la ferme et le village dans son ensemble est une adaptation du MSV (Modèle des Systèmes Viables). Cette adaptation permet à tous ceux qui s’impliquent d’œuvrer avec un maximum d’autonomie. Le résultat est une démocratie participative réelle avec une structure organisationnelle cohérente. Le niveau d’implication dans les différents projets a pour résultat une communauté réellement durable qui s’épanouit, et un développement local durable.
La ferme compte tenir une conférence ASC nationale en février prochain, afin de créer un réseau irlandais, et d’effectuer une cartographie de l’existant. Cloughjordan est maintenant membre d’Urgenci, le réseau international de l’ASC, et à ce titre, les a invités à y participer. Quel plaisir à venir!
http://www.cloughjordancommunityfarm.ie/
http://thevillage.ie/
http://www.cloughjordan.ie/mainpage/index.htm
http://www.wwoof.org/
À propos du bulletin
Ce bulletin est publié en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Il est réalisé de manière totalement bénévole depuis le premier numéro publié en 2003.
L’équipe éditoriale tient à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication dans la traduction et la révision:
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Les bulletins sont sur le web à deux adresses.
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #84
1er Décembre 2011
Sommaire
Cloughjordan : Écovillage irlandais
Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro Judith nous décrit le seul Écovillage d’Irlande, situé à Cloughjordan, à un peu plus d’une heure de route de la capitale, Dublin.
L’intérêt de cette démarche est qu’elle dépasse le cadre strict d’initiatives d’agriculture biologique ou d’une démarche d’Agriculture soutenue par la communauté (ASC).
Cette approche holistique d’une communauté locale va dans le sens d’initiatives dont nous avons témoigné dans des numéros précédents et renforce notre conviction qu’un monde meilleur est non seulement possible, mais qu’il se construit quotidiennement un peu partout sur la planète.
Prochaine parution : 1er février 2012
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Cloughjordan : Écovillage irlandais
Par Judith Hitchman
Cloughjordan est le premier, et pour l’instant le seul Écovillage en Irlande. Situé dans le nord-ouest du comté de Tipperary, le village se trouve à un peu plus d’une heure de route de Dublin, mais à 3 heures de ma maison familiale dans le comté de Waterford. Avec Fergal Anderson, qui vient juste de quitter son travail à Bruxelles auprès de la Via Campesina pour s’installer comme agriculteur sur les terres de sa famille à Galway, nous étions chaleureusement accueillis par Davie Philips, Président du Conseil d’Administration de la Ferme Communautaire de Cloughjordan. Nous avons également pu faire la connaissance de certains autres membres du Conseil, et rendre visite à la ferme “du bas”. Le temps inclément et les contraintes horaires nous ont empêchés de nous rendre sur celui “du haut”.
Origines
Né en 1999 - les premiers membres furent impliqués dans le Dublin Food Coop et s’y sont rencontrés – le projet est un ensemble qui fut conçu comme modèle de vie durable. Le site a été sélectionné pour différentes raisons: l’accès facile à la capitale, Dublin; la gare; la diversité religieuse de la communauté du village qui se prêtait à une tolérance plus importante... Le village est composé d’une cinquantaine de familles, essentiellement d’origine néo-rurale plutôt que rurale. 80 des 130 terrains du village ont déjà été vendus. Il y a également une auberge qui comporte 32 lits, ouverte non seulement aux visiteurs, mais également pour héberger les stagiaires qui viennent pour les très nombreuses formations qui se déroulent au sein du village (agro-écologie, biodynamie, agriculture, permaculture, résilience communautaire, leadership etc..).Il est prévu de développer une partie du site pour y inclure une zone d’entreprises sociales vertes. Étant donné que les principes, et du village et de la ferme, sont basés sur la copropriété et le développement communautaire dans le meilleur sens du terme, la valeur ajoutée d’un tel projet sera énorme. Une boulangerie au feu de bois à l’ancienne est sur le point de s’ouvrir sur le site. Le boulanger est déjà très connu à Dublin.
Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur l’Écovillage. Il est construit sur un site de quelque 67 acres (27 hectares) de terres. Ce qui le rend unique en son genre, et ce en quoi il diffère de beaucoup de projets un peu similaires, est qu’il se trouve en plein milieu d’un petit village existant et ancien. Plutôt que de créer de la friction et faire fuir les locaux, ce projet a revitalisé la communauté existante. Et malgré une méfiance au départ, il existe maintenant une véritable acceptation des “choses étranges” qui s’y passent, et qui sont un chantier en cours de développement continu. Cela inclut le seul ensemble de panneaux solaires en Irlande, un système d‘énergies renouvelables communautaires qui fournit l’eau chaude et le chauffage à toutes les maisons, un système de prise de décisions communautaire, et des maisons de plusieurs genres, construites par les habitants eux-mêmes (chanvre, chaux et autres matériaux écologiques...). Malheureusement les autorités locales ont refusé d’accorder le permis pour un système d’épuration par des roseaux, malgré le fait que des systèmes pareils marchent bien à d’autres endroits en Irlande. Mais les autorités locales irlandaises fonctionnent en toute autonomie les unes des autres...
Les activités
Le but principal de cet article est de décrire le projet plutôt unique en son genre de l’agriculture soutenue par la communauté, qui est intégré dans l’ensemble du projet de l’Écovillage. L’approche est la même que pour le restant du projet, et 60% des membres de l’ASC viennent de l’Écovillage. Ces dernières années, les jardins communautaires et municipaux, sont devenus un véritable phénomène. Et les jardins potages sont une mode. Mais Cloughjordan est la première ferme en Irlande structurée en ASC (Agriculture soutenue par la communauté). Il existe cependant un nombre croissant de projets en AMAP (version française des ASC) en Irlande. La ferme n’est pas certifiée bio. Il n’y a tout simplement pas de besoin d’entamer un processus lourd et coûteux, étant donné que les consommateurs sont les propriétaires des produits, et que la ferme ne vend donc rien; il s’agit d’un projet communautaire basé sur la confiance. La ferme utilise néanmoins les processus biologiques et biodynamiques. Il existe deux parcelles, celle du “haut” et celle du “bas”. Les terres sont louées, les 12 acres du bas et 28 du haut. La ferme organise aussi des projets à vocation éducative: des cours de cuisine, des sessions de cueillette, des activités scolaires pour des enfants et jeunes de tout âge.
La nature unique de la ferme est qu’elle est contiguë au village. La partie basse se trouve juste derrière les maisons. Cela veut dire que les 57 familles membres sont, pour la plupart d’entre elles plus impliquées et plus conscientes que la tendance générale. Les contributions hebdomadaires sont très modestes, basées sur la taille de la famille et les revenus. Mais au moment où je m’y suis rendue, les légumes fraîchement cueillis étaient tout simplement déposés dans un vieux hangar ouvert trois fois par semaine, et libre aux membres de s’y servir comme bon leur semble. Ce système en libre-service n’a posé aucun problème à ce jour. En d’autres saisons, les légumes sont déposés deux fois par semaine. Quelques membres de l’ASC habitent des villages ou des villes avoisinantes, comme Nenagh, à 10 kilomètres de là. Cela implique un besoin d’organiser des paniers une ou deux fois par semaine.
La ferme fournit aussi du lait cru des vaches de la race du Kerry à ses membres. Ceci est possible, en dépit des contraintes des réglementations de l’UE, qui interdisent maintenant la vente du lait cru, car le lait n’est pas vendu: les membres sont considérés comme les propriétaires, du fait de leur appartenance au projet collectif. Cela inclut aussi des œufs et des céréales, tout comme les légumes. Un bon nombre de variétés anciennes de légumes sont cultivées sur la ferme. Et moyennant une cotisation supplémentaire, les membres peuvent partager aussi des cochons et des agneaux. J’ai compté au moins une quinzaine de variétés de légumes dans les champs, ce qui représente une belle diversité pour les possibilités climatiques. Des «wwoofers» (réseau mondial de bénévoles dans l’agriculture bio) du monde entier viennent aussi travailler à la ferme. Dans le passé, la ferme fut gérée par différentes personnes, mais la situation est maintenant bien stabilisée. Un aspect bien amusant est la manière dont sont stockés les légumes: un vieux conteneur de camion a été acheté pour la somme modique de 200€. L’intérieur est aménagé pour tenir les légumes hors de la portée des animaux sauvages qui seraient tentés de s’y servir, et avec des compartiments pour les différentes variétés de légumes. Le tout est bien aéré.
Les agriculteurs locaux se méfiaient initialement des innovations de la ferme. Mais les bons résultats, la qualité indéniable des légumes font qu’ils ont peu à peu accepté l’approche écologique.
La méthode décisionnelle utilisée pour la ferme et le village dans son ensemble est une adaptation du MSV (Modèle des Systèmes Viables). Cette adaptation permet à tous ceux qui s’impliquent d’œuvrer avec un maximum d’autonomie. Le résultat est une démocratie participative réelle avec une structure organisationnelle cohérente. Le niveau d’implication dans les différents projets a pour résultat une communauté réellement durable qui s’épanouit, et un développement local durable.
La ferme compte tenir une conférence ASC nationale en février prochain, afin de créer un réseau irlandais, et d’effectuer une cartographie de l’existant. Cloughjordan est maintenant membre d’Urgenci, le réseau international de l’ASC, et à ce titre, les a invités à y participer. Quel plaisir à venir!
http://www.cloughjordancommunityfarm.ie/
http://thevillage.ie/
http://www.cloughjordan.ie/mainpage/index.htm
http://www.wwoof.org/
À propos du bulletin
Ce bulletin est publié en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Il est réalisé de manière totalement bénévole depuis le premier numéro publié en 2003.
L’équipe éditoriale tient à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication dans la traduction et la révision:
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Les bulletins sont sur le web à deux adresses.
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
11/10/2011
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #83
1er Novembre 2011
Sommaire
Économie sociale et instances municipales : Pour un développement durable des collectivités locales
Message de l’équipe éditoriale
Comme nous le disons depuis le début de la publication du Bulletin en 2003, la construction des réponses, du bas vers le haut, en partant des communautés humaines et des ressources des territoires, est nécessaire à des sociétés plus justes, dans une perspective de développement durable.
Cet article d’Yvon a été écrit pour la revue Développement Social au Québec, dans le numéro publié à l’occasion du Forum international de l’économie sociale et solidaire (FIESS) qui s’est tenu à Montréal du 17 au 20 octobre dernier. Yvon développe l’exemple des relations qu’entretiennent divers acteurs socioéconomiques organisés sur une base municipale au Québec, deuxième plus importante province du Canada avec une population de 8 millions (Canada 34,5 million). Le numéro complet est disponible sur le site de la revue : www.revueds.ca (en français et en anglais).
Son article, documenté et précis, illustre de quelle manière fonctionnent les outils de développement local au Québec : tous ont un mandat d’action légitimé par la loi, des règles de fonctionnement collectives et paritaires, la prise en compte de la singularité des territoires, une stratégie de développement entrepreneurial à plusieurs entrées, des outils financiers d’investissement, des dispositions adaptées au secteur de l’économie solidaire (nommé économie sociale au Québec), reconnu à part entière. L’ancienneté de cet outillage des territoires au Québec permet de disposer de résultats mesurables en termes d’emplois et d’entreprises créées, ainsi que de longévité. La philosophie d’action reconnaît le profit, mais n’en fait pas LA finalité (lucrative pour quelques-uns au détriment des communautés). La méthode engage les autorités locales dans un processus participatif et stimule la mobilisation de tous. Cet article confirme la maturité d’une alternative économique que le FIESS aura mise en lumière en rassemblant des réalisations du monde entier qui ont en commun de porter des réponses aux besoins essentiels à partir de la base.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Économie sociale et instances municipales : Pour un développement durable des collectivités locales
par Yvon Poirier
Au Québec, la relation particulière entre l’économie sociale et les instances municipales – et par extension les collectivités locales – est originale et mérite qu’on s’y intéresse. La dynamique entre l’économie sociale et les municipalités passe notamment par des Centres locaux de développement (CLD) et des Conférences régionales des élus (CRÉ) qui, toutes deux, soutiennent à leur façon le déploiement de l’économie sociale.
CLD : un soutien technique et financier de l’économie sociale
Au Québec, la responsabilité du développement local et du soutien à l’entrepreneuriat revient aux municipalités régionales de comté (MRC) ou aux grandes villes. La loi stipule cependant qu’elles peuvent confier l’exercice de cette compétence à un Centre local de développement (CLD). Il existe 120 organismes de ce type au Québec : 111 CLD proprement dits et, dans certains secteurs de Montréal, 9 Corporations de développement économique communautaire (CDEC) qui possèdent un « mandat CLD » . Ce sont tous des organismes à but non lucratif dont le mandat est d’accompagner les entrepreneurs privés et collectifs dans la réalisation de leur projet d’affaires et d’offrir l’ensemble des services de première ligne aux entreprises. Les CLD et CDEC constituent un point de rencontre entre le monde municipal et l’économie sociale.
C’est en décembre 1997 que le gouvernement du Québec votait la loi 171 qui crée les CLD. Cette loi fait suite au Sommet de l’économie et de l’emploi de 1996, qui a reconnu l’économie sociale comme axe stratégique de développement, cherchant notamment à adapter les politiques de soutien aux entreprises. Avec cette loi, les CLD ont reçu comme mandat de développer une stratégie en matière de développement de l’entrepreneuriat, y compris celui qui se fonde sur l’économie sociale. Au même moment, le gouvernement dotait chaque organisme d’un Fonds de développement des entreprises d’économie sociale (FDEÉS), lequel permet le soutien spécifique de ce secteur. Aujourd’hui, les organismes n’ont plus l’obligation de posséder un FDEÉS, mais une très grande majorité a maintenu un outil financier spécifique pour soutenir l’économie sociale. Selon les données du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, c’est plus de 100 millions de dollars qui ont été investis par les FDEÉS dans les entreprises d’économie sociale en 10 ans (1998-2008), créant ou maintenant plus de 47 000 emplois et 5 700 entreprises.
Capitale-Nationale et économie sociale
En 2008, le gouvernement du Québec a adopté un Plan d’action gouvernemental pour l’entrepreneuriat collectif. Ce plan d’action vise à optimiser l’impact de ce secteur d’activité économique et il entend donner aux acteurs du milieu des moyens concrets et adaptés à leur réalité afin d’accroître le dynamisme des régions et de répondre aux besoins des communautés dans une perspective de développement durable.
Le plan d’action prévoit que chaque Conférence régionale des élus (CRÉ) signe une entente spécifique en matière d’économie sociale. Cette dernière est définie de la façon suivante par le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire : « Une entente spécifique est une convention qui associe une CRÉ et un ou des ministères ou organismes gouvernementaux ou d'autres partenaires pour l'exercice des pouvoirs et des responsabilités de la CRÉ, notamment pour la mise en œuvre des priorités régionales et pour l'adaptation des activités gouvernementales aux particularités régionales. » En vertu de son mandat, le Chantier de l’économie sociale du Québec accompagne la mise en place de ces ententes, notamment en soutenant la constitution des Pôles régionaux de l’économie sociale dans chacune des régions, action également prévue dans le plan d’action.
Les entreprises d’économie sociale se sont dotées, dans la région de la Capitale-Nationale d’un pôle d’économie sociale constitué de 27 membres. Le pôle a adopté quelques règles à cet égard, c’est-à-dire qu’il doit y avoir équilibre entre les coopératives et les OBNL, parité entre les femmes et les hommes, représentation des sous-régions (Charlevoix, Portneuf), représentation des divers secteurs d’activités. Le pôle d’économie sociale est intégré à la CRÉ de la Capitale-Nationale et cette dernière a entériné les règles fixées pour la nomination des membres du pôle . L’économie sociale représente, pour la région de la Capitale-Nationale, un modèle porteur, car « Les statistiques montrent que le taux de survie après 10 ans est de 44 % pour les coopératives en général, en comparaison de 19,5 % pour les entreprises qui ne sont pas des coopératives. » De plus, les entreprises d’économie sociale sont fortement ancrées leur milieu et n’envisagent jamais de procéder à des délocalisations.
La politique de la Ville de Montréal
En 2009, la Ville de Montréal inaugurait le Partenariat en Économie sociale et solidaire pour un développement solidaire et durable, première politique publique municipale dans ce domaine au Canada. Ce partenariat est le fruit d’une collaboration entre les acteurs de l’économie sociale et la Ville de Montréal.
« Les objectifs du partenariat sont de reconnaître formellement la contribution de l’économie sociale au développement économique, social et culturel de la métropole; de soutenir l’économie sociale en s’appuyant sur les acquis passés, en renforçant les moyens existants et en adoptant de nouvelles façons de faire qui permettront son épanouissement; de consolider et d’accroître la contribution des acteurs de l’économie sociale au développement durable de la métropole du Québec par le biais de la création et du développement d’entreprises collectives répondant aux besoins de ses citoyens. »,
Le Partenariat entend agir sur cinq grands axes qui sont le soutien à l’entrepreneuriat collectif, des pratiques d’approvisionnement solidaires, une promotion intégrée de l’économie sociale, un rôle accru de l’économie sociale dans les grands projets de développement métropolitain et un apport plus grand de l’économie sociale à l’amélioration de la qualité de vie de la population par des interventions en culture, en loisirs, en tourisme, en habitation, en développement durable.
En 2007, le chiffre d’affaires de l’économie sociale à Montréal a été évalué à 2 milliards de dollars. Près de 3 600 établissements génèrent 61 500 emplois, soit 7 % de l’emploi total sur l’île de Montréal (autant que l’industrie touristique).
Des coopératives au service des populations locales
En dehors des grands centres urbains, les entreprises d’économie sociale sont souvent un élément clé de la survie même des villes et des villages.
À ce titre, les populations locales, la plupart du temps avec le soutien de leur municipalité, ont mis en place des activités afin de développer ou de maintenir des services de proximité, essentiels pour lutter contre la migration vers les grands centres, ou même simplement des déplacements onéreux vers des plus grands centres régionaux. Les organismes d’économie sociale ralentissent l’exode rural, voire même inversent la tendance dans certains cas.
Ainsi, depuis 15 ans, une quarantaine de coopératives de santé ont été créées et sont en activité dans les diverses régions du Québec. La majorité de ces coopératives sont nées afin d’assurer une meilleure accessibilité à des services de soins primaires. On retrouve ainsi dans la clinique, un ou des médecins et parfois, d’autres professionnels (infirmières, pharmaciens). Dans les plus petites localités, les médecins abandonnent la pratique en cabinet privé pour se déplacer vers de plus grands centres, et la population se voit totalement privée de ce service essentiel.
Ainsi, afin d’éviter des déplacements de 50 ou de 100 km, les populations locales ont créé ces coopératives afin de mettre en place une infrastructure qui soit plus attrayante pour les médecins. Dans la majorité des cas, c’est la municipalité elle-même, la caisse Desjardins locale ou souvent les deux organismes ensemble qui ont soit démarré ou accompagné la démarche de développement (salles, animation de réunions, etc.). Dans la plupart des cas, c’est plus de 80 % de la population locale qui est membre de la coopérative. Toutefois, les non-membres ont accès aux services couverts par le régime public d’assurance maladie.
Dans un grand nombre de petites villes ou villages, des services essentiels comme une station-service ou une épicerie disparaissent, car ils ne sont pas rentables pour les grandes entreprises dont c’est là le seul critère. Afin d’éviter des pertes de temps et des déplacements onéreux, des citoyens et citoyennes, accompagnés de la municipalité, ont créé des coopératives multiservices afin de doter la communauté de ces services de base, accompagnés d’autres services comme un comptoir postal ou un guichet automatique. Il est important de souligner que la vaste majorité de ces projets adopte la forme d’une coopérative de solidarité, à savoir des coopératives avec plus d’une catégorie de membres.
Des défis à relever
Bien que depuis 1998, grâce aux CLD et aux CDÉC, des relations entre les autorités locales et le secteur de l’économie sociale se soient développées, elles demeuraient souvent indirectes ou occasionnelles, surtout dans les régions où l’économie sociale était peu organisée en réseau. Dans le monde rural, les municipalités sont souvent très actives dans la mise en place et le soutien à des entreprises collectives. Dans plusieurs secteurs, dont l’habitation, les loisirs, la culture, les services de proximité, les services aux personnes et la gestion des matières résiduelles, les municipalités s’appuient sur les entreprises d’économie sociale pour répondre aux besoins de la collectivité. Dans les milieux urbains, ce n’est que par la mise en place de la Politique de la ville de Montréal en 2009, et la mise en place des Ententes prévues dans le Plan d’action gouvernemental pour l’entrepreneuriat collectif qu’un partenariat formel entre les autorités locales (grâce aux CRÉ) et les acteurs de l’économie sociale des diverses régions ont établi des relations formelles, entre autres pour la promotion et la consolidation de l’économie sociale. Dans la plupart des régions, ce partenariat est toujours dans sa phase initiale et beaucoup reste à faire pour le consolider. Mais déjà, ces partenariats ouvrent tout un chantier de travail pour développer dans chacune des régions des entreprises d’économie sociale en mesure de répondre aux besoins des citoyens de chacune des municipalités du Québec, que ce soit en environnement, en transport durable ou en services de proximité.
Article publié d’abord (en français et an anglais) dans la revue Développement Social, Volume 12, No. 2, Octobre 2011
http://www.revueds.ca/
Message de l’équipe éditoriale
La production de ce bulletin, en français, en anglais, en espagnol et en portugais, est réalisée de manière totalement bénévole.
Nous tenons à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication :
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #83
1er Novembre 2011
Sommaire
Économie sociale et instances municipales : Pour un développement durable des collectivités locales
Message de l’équipe éditoriale
Comme nous le disons depuis le début de la publication du Bulletin en 2003, la construction des réponses, du bas vers le haut, en partant des communautés humaines et des ressources des territoires, est nécessaire à des sociétés plus justes, dans une perspective de développement durable.
Cet article d’Yvon a été écrit pour la revue Développement Social au Québec, dans le numéro publié à l’occasion du Forum international de l’économie sociale et solidaire (FIESS) qui s’est tenu à Montréal du 17 au 20 octobre dernier. Yvon développe l’exemple des relations qu’entretiennent divers acteurs socioéconomiques organisés sur une base municipale au Québec, deuxième plus importante province du Canada avec une population de 8 millions (Canada 34,5 million). Le numéro complet est disponible sur le site de la revue : www.revueds.ca (en français et en anglais).
Son article, documenté et précis, illustre de quelle manière fonctionnent les outils de développement local au Québec : tous ont un mandat d’action légitimé par la loi, des règles de fonctionnement collectives et paritaires, la prise en compte de la singularité des territoires, une stratégie de développement entrepreneurial à plusieurs entrées, des outils financiers d’investissement, des dispositions adaptées au secteur de l’économie solidaire (nommé économie sociale au Québec), reconnu à part entière. L’ancienneté de cet outillage des territoires au Québec permet de disposer de résultats mesurables en termes d’emplois et d’entreprises créées, ainsi que de longévité. La philosophie d’action reconnaît le profit, mais n’en fait pas LA finalité (lucrative pour quelques-uns au détriment des communautés). La méthode engage les autorités locales dans un processus participatif et stimule la mobilisation de tous. Cet article confirme la maturité d’une alternative économique que le FIESS aura mise en lumière en rassemblant des réalisations du monde entier qui ont en commun de porter des réponses aux besoins essentiels à partir de la base.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Économie sociale et instances municipales : Pour un développement durable des collectivités locales
par Yvon Poirier
Au Québec, la relation particulière entre l’économie sociale et les instances municipales – et par extension les collectivités locales – est originale et mérite qu’on s’y intéresse. La dynamique entre l’économie sociale et les municipalités passe notamment par des Centres locaux de développement (CLD) et des Conférences régionales des élus (CRÉ) qui, toutes deux, soutiennent à leur façon le déploiement de l’économie sociale.
CLD : un soutien technique et financier de l’économie sociale
Au Québec, la responsabilité du développement local et du soutien à l’entrepreneuriat revient aux municipalités régionales de comté (MRC) ou aux grandes villes. La loi stipule cependant qu’elles peuvent confier l’exercice de cette compétence à un Centre local de développement (CLD). Il existe 120 organismes de ce type au Québec : 111 CLD proprement dits et, dans certains secteurs de Montréal, 9 Corporations de développement économique communautaire (CDEC) qui possèdent un « mandat CLD » . Ce sont tous des organismes à but non lucratif dont le mandat est d’accompagner les entrepreneurs privés et collectifs dans la réalisation de leur projet d’affaires et d’offrir l’ensemble des services de première ligne aux entreprises. Les CLD et CDEC constituent un point de rencontre entre le monde municipal et l’économie sociale.
C’est en décembre 1997 que le gouvernement du Québec votait la loi 171 qui crée les CLD. Cette loi fait suite au Sommet de l’économie et de l’emploi de 1996, qui a reconnu l’économie sociale comme axe stratégique de développement, cherchant notamment à adapter les politiques de soutien aux entreprises. Avec cette loi, les CLD ont reçu comme mandat de développer une stratégie en matière de développement de l’entrepreneuriat, y compris celui qui se fonde sur l’économie sociale. Au même moment, le gouvernement dotait chaque organisme d’un Fonds de développement des entreprises d’économie sociale (FDEÉS), lequel permet le soutien spécifique de ce secteur. Aujourd’hui, les organismes n’ont plus l’obligation de posséder un FDEÉS, mais une très grande majorité a maintenu un outil financier spécifique pour soutenir l’économie sociale. Selon les données du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, c’est plus de 100 millions de dollars qui ont été investis par les FDEÉS dans les entreprises d’économie sociale en 10 ans (1998-2008), créant ou maintenant plus de 47 000 emplois et 5 700 entreprises.
Capitale-Nationale et économie sociale
En 2008, le gouvernement du Québec a adopté un Plan d’action gouvernemental pour l’entrepreneuriat collectif. Ce plan d’action vise à optimiser l’impact de ce secteur d’activité économique et il entend donner aux acteurs du milieu des moyens concrets et adaptés à leur réalité afin d’accroître le dynamisme des régions et de répondre aux besoins des communautés dans une perspective de développement durable.
Le plan d’action prévoit que chaque Conférence régionale des élus (CRÉ) signe une entente spécifique en matière d’économie sociale. Cette dernière est définie de la façon suivante par le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire : « Une entente spécifique est une convention qui associe une CRÉ et un ou des ministères ou organismes gouvernementaux ou d'autres partenaires pour l'exercice des pouvoirs et des responsabilités de la CRÉ, notamment pour la mise en œuvre des priorités régionales et pour l'adaptation des activités gouvernementales aux particularités régionales. » En vertu de son mandat, le Chantier de l’économie sociale du Québec accompagne la mise en place de ces ententes, notamment en soutenant la constitution des Pôles régionaux de l’économie sociale dans chacune des régions, action également prévue dans le plan d’action.
Les entreprises d’économie sociale se sont dotées, dans la région de la Capitale-Nationale d’un pôle d’économie sociale constitué de 27 membres. Le pôle a adopté quelques règles à cet égard, c’est-à-dire qu’il doit y avoir équilibre entre les coopératives et les OBNL, parité entre les femmes et les hommes, représentation des sous-régions (Charlevoix, Portneuf), représentation des divers secteurs d’activités. Le pôle d’économie sociale est intégré à la CRÉ de la Capitale-Nationale et cette dernière a entériné les règles fixées pour la nomination des membres du pôle . L’économie sociale représente, pour la région de la Capitale-Nationale, un modèle porteur, car « Les statistiques montrent que le taux de survie après 10 ans est de 44 % pour les coopératives en général, en comparaison de 19,5 % pour les entreprises qui ne sont pas des coopératives. » De plus, les entreprises d’économie sociale sont fortement ancrées leur milieu et n’envisagent jamais de procéder à des délocalisations.
La politique de la Ville de Montréal
En 2009, la Ville de Montréal inaugurait le Partenariat en Économie sociale et solidaire pour un développement solidaire et durable, première politique publique municipale dans ce domaine au Canada. Ce partenariat est le fruit d’une collaboration entre les acteurs de l’économie sociale et la Ville de Montréal.
« Les objectifs du partenariat sont de reconnaître formellement la contribution de l’économie sociale au développement économique, social et culturel de la métropole; de soutenir l’économie sociale en s’appuyant sur les acquis passés, en renforçant les moyens existants et en adoptant de nouvelles façons de faire qui permettront son épanouissement; de consolider et d’accroître la contribution des acteurs de l’économie sociale au développement durable de la métropole du Québec par le biais de la création et du développement d’entreprises collectives répondant aux besoins de ses citoyens. »,
Le Partenariat entend agir sur cinq grands axes qui sont le soutien à l’entrepreneuriat collectif, des pratiques d’approvisionnement solidaires, une promotion intégrée de l’économie sociale, un rôle accru de l’économie sociale dans les grands projets de développement métropolitain et un apport plus grand de l’économie sociale à l’amélioration de la qualité de vie de la population par des interventions en culture, en loisirs, en tourisme, en habitation, en développement durable.
En 2007, le chiffre d’affaires de l’économie sociale à Montréal a été évalué à 2 milliards de dollars. Près de 3 600 établissements génèrent 61 500 emplois, soit 7 % de l’emploi total sur l’île de Montréal (autant que l’industrie touristique).
Des coopératives au service des populations locales
En dehors des grands centres urbains, les entreprises d’économie sociale sont souvent un élément clé de la survie même des villes et des villages.
À ce titre, les populations locales, la plupart du temps avec le soutien de leur municipalité, ont mis en place des activités afin de développer ou de maintenir des services de proximité, essentiels pour lutter contre la migration vers les grands centres, ou même simplement des déplacements onéreux vers des plus grands centres régionaux. Les organismes d’économie sociale ralentissent l’exode rural, voire même inversent la tendance dans certains cas.
Ainsi, depuis 15 ans, une quarantaine de coopératives de santé ont été créées et sont en activité dans les diverses régions du Québec. La majorité de ces coopératives sont nées afin d’assurer une meilleure accessibilité à des services de soins primaires. On retrouve ainsi dans la clinique, un ou des médecins et parfois, d’autres professionnels (infirmières, pharmaciens). Dans les plus petites localités, les médecins abandonnent la pratique en cabinet privé pour se déplacer vers de plus grands centres, et la population se voit totalement privée de ce service essentiel.
Ainsi, afin d’éviter des déplacements de 50 ou de 100 km, les populations locales ont créé ces coopératives afin de mettre en place une infrastructure qui soit plus attrayante pour les médecins. Dans la majorité des cas, c’est la municipalité elle-même, la caisse Desjardins locale ou souvent les deux organismes ensemble qui ont soit démarré ou accompagné la démarche de développement (salles, animation de réunions, etc.). Dans la plupart des cas, c’est plus de 80 % de la population locale qui est membre de la coopérative. Toutefois, les non-membres ont accès aux services couverts par le régime public d’assurance maladie.
Dans un grand nombre de petites villes ou villages, des services essentiels comme une station-service ou une épicerie disparaissent, car ils ne sont pas rentables pour les grandes entreprises dont c’est là le seul critère. Afin d’éviter des pertes de temps et des déplacements onéreux, des citoyens et citoyennes, accompagnés de la municipalité, ont créé des coopératives multiservices afin de doter la communauté de ces services de base, accompagnés d’autres services comme un comptoir postal ou un guichet automatique. Il est important de souligner que la vaste majorité de ces projets adopte la forme d’une coopérative de solidarité, à savoir des coopératives avec plus d’une catégorie de membres.
Des défis à relever
Bien que depuis 1998, grâce aux CLD et aux CDÉC, des relations entre les autorités locales et le secteur de l’économie sociale se soient développées, elles demeuraient souvent indirectes ou occasionnelles, surtout dans les régions où l’économie sociale était peu organisée en réseau. Dans le monde rural, les municipalités sont souvent très actives dans la mise en place et le soutien à des entreprises collectives. Dans plusieurs secteurs, dont l’habitation, les loisirs, la culture, les services de proximité, les services aux personnes et la gestion des matières résiduelles, les municipalités s’appuient sur les entreprises d’économie sociale pour répondre aux besoins de la collectivité. Dans les milieux urbains, ce n’est que par la mise en place de la Politique de la ville de Montréal en 2009, et la mise en place des Ententes prévues dans le Plan d’action gouvernemental pour l’entrepreneuriat collectif qu’un partenariat formel entre les autorités locales (grâce aux CRÉ) et les acteurs de l’économie sociale des diverses régions ont établi des relations formelles, entre autres pour la promotion et la consolidation de l’économie sociale. Dans la plupart des régions, ce partenariat est toujours dans sa phase initiale et beaucoup reste à faire pour le consolider. Mais déjà, ces partenariats ouvrent tout un chantier de travail pour développer dans chacune des régions des entreprises d’économie sociale en mesure de répondre aux besoins des citoyens de chacune des municipalités du Québec, que ce soit en environnement, en transport durable ou en services de proximité.
Article publié d’abord (en français et an anglais) dans la revue Développement Social, Volume 12, No. 2, Octobre 2011
http://www.revueds.ca/
Message de l’équipe éditoriale
La production de ce bulletin, en français, en anglais, en espagnol et en portugais, est réalisée de manière totalement bénévole.
Nous tenons à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication :
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
10/02/2011
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #82
1er Octobre 2011
Sommaire
Nyéléni Europe: Un important pas en avant pour le mouvement de la Souveraineté Alimentaire en Europe
Fondation du RIPESS Europe, Solidarity Economy Network, Barcelone 9 et 10 septembre 2011
Message de l’équipe éditoriale
Judith nous fait état de l’avancement du mouvement de souveraineté alimentaire en Europe. Nous sommes encouragés par le développement de cette approche, que nous constatons dans l’ensemble des continents.
D’autre part, nous sommes heureux de partager une excellente nouvelle, à savoir la fondation de RIPESS Europe. Martine et Judith participaient à cette rencontre historique, tenue à Barcelone les 9 et 10 septembre dernier.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Nyéléni Europe: Un important pas en avant pour le mouvement de la Souveraineté Alimentaire en Europe
Du 16 au 22 août, plus de 500 participants venus de 40 pays se sont réunis à Krems, en Autriche, afin de partager leurs expériences et de développer l’avenir des réseaux et des actions pour accroître la souveraineté alimentaire en Europe.
Méthodologie et contenu
La méthodologie fut basée sur celle de la première rencontre de Nyéléni, qui s’est tenue au Mali en 2007, qui garantissait que tout le travail en groupe et en sous-groupes était fortement interactif. Le programme était divisé en 5 thèmes, qui traitaient respectivement des a) modèles de production, b) des marchés alternatifs, des chaînes de distribution et réseaux alimentaires locaux, c) des aspects sociaux et conditions de travail, d) de l’accès à la terre et aux autres ressources, et e) des politiques publiques. Une attention toute particulière était portée sur une participation jeune, dont le quota était fixé à 30%, ainsi qu’à celle des femmes. Il y avait aussi des réunions par groupe d’intérêt (producteurs, ONGs…) et un grand nombre d’activités auto-organisées, tout comme une excellente manifestation et une foire publique, sur une des multiples places historiques de la vieille ville, destinées à aider à la prise de conscience publique.
Volontaires
Comme cela se doit pour une telle rencontre, la nourriture préparée sur place fut locale et bio, et les excellents repas végétaliens (à base de produits non-animaliers) étaient préparés par une équipe de bénévoles. Cette cuisine était de loin la meilleure cuisine collective de ce type que je n’ai jamais mangé! Une grande équipe d’interprètes bénévoles ont couvert une vaste gamme de langues de l’Europe de l’est, de l’ouest, du sud et du nord.
Caractéristiques du travail de la semaine
L’aspect prédominant de la rencontre était l’ambiance et le dévouement au travail calme et concentré des participants. Était-ce parce que nous étions dans un pays de l’Europe centrale? La participation massive de jeunes incroyablement engagés? Ou bien parce que par ces temps de crise, la solution évidente semble être de ne pas critiquer, mais plutôt de construire de vraies alternatives au système néolibéral?
Beaucoup de réseaux tels La Via Campesina, Urgenci (le réseau international de l’Agriculture Soutenue par la Communauté-ASC), les Amis de la Terre et autres acteurs du mouvement de la Souveraineté alimentaire étaient des acteurs clés dans ce processus. Les questions comme l’ASC et autres formes de ventes directes, 2) l’accès aux offres d’appels publiques par des petits producteurs, 3) les systèmes de garantis participatifs (SGP), comme la certification alternative par les pairs pour la production bio, 4) le besoin de voir naître des réglementations qui favorisent l’agriculture paysanne et la transformation des produits plutôt que les industriels, l’interdiction des semences OGM, et la liberté pour les agriculteurs d’échanger, de vendre et de sauvegarder leurs semences, faisaient partie des différents éléments perçus comme le chemin qui permettrait au mouvement de la souveraineté alimentaire européen d’avancer avec des alternatives économiques et sociales entre les différentes parties prenantes à tout niveau pour créer un véritable dialogue social territorial.
C’était une semaine pleine d’inspiration, surtout de voir tant de jeunes pleins d’énergie et dévoués participer aux travaux.
La Déclaration Finale de Nyéléni Europe se trouve sur le site Internet à www.nyelenieurope.net
Judith Hitchman
Fondation du RIPESS Europe, Solidarity Economy Network, Barcelone 9 et 10 septembre 2011.
Dans le cadre de la stratégie du RIPESS international et deux ans après la 4ème rencontre de Globalisation des solidarités, accueillie au Grand Duché de Luxembourg, une centaine de délégués et de représentants de réseaux européens ont fondé le RIPESS Europe. Ils n’auraient pas pu réussir cet événement, presque sans moyens, sans la mobilisation et l’accueil efficace et convivial de la XES, Xarxa Economia Solidaria, membre du REAS espagnol. Environ 50 hébergements solidaires chez l’habitant ! Les pays présents ont été : Allemagne, Belgique, Catalogne, France, Espagne, Hongrie, Italie, Luxembourg, Portugal, Roumanie, Suisse. Avec la présence d’une délégation des voisins méditerranéens du Maroc, de Tunisie et d’Égypte.
Au menu du Congrès : la discussion et la validation des propositions qu’avait préparé le Comité de préparation, composé de membres actifs dans la préparation de Forum européen LUX’09 en avril 2009 (Manifeste et grandes lignes des statuts) ; la désignation du premier Comité d’Organisation. Il est composé d’un panel, pondéré entre : plateformes nationales, réseaux régionaux ou interrégionaux, réseaux sectoriels ou intersectoriels, personnes-ressources ou chercheurs.
Les activités des deux prochaines années ont été définies dans leurs grandes lignes à partir de la mise en commun des travaux qui seront conduits dans 6 Groupes de Travail :
GT1-- Cartographie, extension, identité et coopération
GT2 – Services sociaux d’intérêt général (SSIG), relations entre le secteur public et l’ESS
GT3 - Développement territorial, économie solidaire, souveraineté alimentaire pacte local : quelles convergences pour construire collectivement?
GT4 - Consommation responsable, commerce équitable, et tourisme solidaire, finances éthiques : construire le marché social.
GT5 - L’ESS comme alternative au système capitaliste
GT6 – RIPESS Europe : stratégies, positionnements, méthodes et plus-value : comment prendre toute sa place dans le débat européen.
L’approche territoriale transversale qu’apportent plus particulièrement les P’ACTES Européens prend sa part dans la fondation : avec une femme comme déléguée principale, Priscila Soarès, 30 ans d’aménagement régional participatif en Algarve, au Sud du Portugal, et France Joubert. Le GT3 qu’ils animent s’est donné l’objectif de produire des convergences en réalisant des voyages apprenants : bon outil pour apprendre les uns des autres : 2 ou 3 sont prévus en 2012 : au Maroc, en Catalogne, en Roumanie.
Des collectifs d’acteurs vers l’acteur collectif, les conditions sont réunies pour que l’Europe apporte sa quote-part de réussite à la grande transition !
Martine Theveniaut
http://www.ripesseu.net/
Annonce
Le nouveau site web du Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS) est maintenant en ligne, et ce en français, en anglais et en espagnol:
www.ripess.org
Le site sera régulièrement alimenté de nouvelles et des annonces d’évènements, ainsi que diverses ressources et informations.
Prenez note que vous pouvez vous y inscrire afin de recevoir directement des nouvelles à l’avenir.
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
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1er Octobre 2011
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Judith nous fait état de l’avancement du mouvement de souveraineté alimentaire en Europe. Nous sommes encouragés par le développement de cette approche, que nous constatons dans l’ensemble des continents.
D’autre part, nous sommes heureux de partager une excellente nouvelle, à savoir la fondation de RIPESS Europe. Martine et Judith participaient à cette rencontre historique, tenue à Barcelone les 9 et 10 septembre dernier.
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Du 16 au 22 août, plus de 500 participants venus de 40 pays se sont réunis à Krems, en Autriche, afin de partager leurs expériences et de développer l’avenir des réseaux et des actions pour accroître la souveraineté alimentaire en Europe.
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La méthodologie fut basée sur celle de la première rencontre de Nyéléni, qui s’est tenue au Mali en 2007, qui garantissait que tout le travail en groupe et en sous-groupes était fortement interactif. Le programme était divisé en 5 thèmes, qui traitaient respectivement des a) modèles de production, b) des marchés alternatifs, des chaînes de distribution et réseaux alimentaires locaux, c) des aspects sociaux et conditions de travail, d) de l’accès à la terre et aux autres ressources, et e) des politiques publiques. Une attention toute particulière était portée sur une participation jeune, dont le quota était fixé à 30%, ainsi qu’à celle des femmes. Il y avait aussi des réunions par groupe d’intérêt (producteurs, ONGs…) et un grand nombre d’activités auto-organisées, tout comme une excellente manifestation et une foire publique, sur une des multiples places historiques de la vieille ville, destinées à aider à la prise de conscience publique.
Volontaires
Comme cela se doit pour une telle rencontre, la nourriture préparée sur place fut locale et bio, et les excellents repas végétaliens (à base de produits non-animaliers) étaient préparés par une équipe de bénévoles. Cette cuisine était de loin la meilleure cuisine collective de ce type que je n’ai jamais mangé! Une grande équipe d’interprètes bénévoles ont couvert une vaste gamme de langues de l’Europe de l’est, de l’ouest, du sud et du nord.
Caractéristiques du travail de la semaine
L’aspect prédominant de la rencontre était l’ambiance et le dévouement au travail calme et concentré des participants. Était-ce parce que nous étions dans un pays de l’Europe centrale? La participation massive de jeunes incroyablement engagés? Ou bien parce que par ces temps de crise, la solution évidente semble être de ne pas critiquer, mais plutôt de construire de vraies alternatives au système néolibéral?
Beaucoup de réseaux tels La Via Campesina, Urgenci (le réseau international de l’Agriculture Soutenue par la Communauté-ASC), les Amis de la Terre et autres acteurs du mouvement de la Souveraineté alimentaire étaient des acteurs clés dans ce processus. Les questions comme l’ASC et autres formes de ventes directes, 2) l’accès aux offres d’appels publiques par des petits producteurs, 3) les systèmes de garantis participatifs (SGP), comme la certification alternative par les pairs pour la production bio, 4) le besoin de voir naître des réglementations qui favorisent l’agriculture paysanne et la transformation des produits plutôt que les industriels, l’interdiction des semences OGM, et la liberté pour les agriculteurs d’échanger, de vendre et de sauvegarder leurs semences, faisaient partie des différents éléments perçus comme le chemin qui permettrait au mouvement de la souveraineté alimentaire européen d’avancer avec des alternatives économiques et sociales entre les différentes parties prenantes à tout niveau pour créer un véritable dialogue social territorial.
C’était une semaine pleine d’inspiration, surtout de voir tant de jeunes pleins d’énergie et dévoués participer aux travaux.
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Dans le cadre de la stratégie du RIPESS international et deux ans après la 4ème rencontre de Globalisation des solidarités, accueillie au Grand Duché de Luxembourg, une centaine de délégués et de représentants de réseaux européens ont fondé le RIPESS Europe. Ils n’auraient pas pu réussir cet événement, presque sans moyens, sans la mobilisation et l’accueil efficace et convivial de la XES, Xarxa Economia Solidaria, membre du REAS espagnol. Environ 50 hébergements solidaires chez l’habitant ! Les pays présents ont été : Allemagne, Belgique, Catalogne, France, Espagne, Hongrie, Italie, Luxembourg, Portugal, Roumanie, Suisse. Avec la présence d’une délégation des voisins méditerranéens du Maroc, de Tunisie et d’Égypte.
Au menu du Congrès : la discussion et la validation des propositions qu’avait préparé le Comité de préparation, composé de membres actifs dans la préparation de Forum européen LUX’09 en avril 2009 (Manifeste et grandes lignes des statuts) ; la désignation du premier Comité d’Organisation. Il est composé d’un panel, pondéré entre : plateformes nationales, réseaux régionaux ou interrégionaux, réseaux sectoriels ou intersectoriels, personnes-ressources ou chercheurs.
Les activités des deux prochaines années ont été définies dans leurs grandes lignes à partir de la mise en commun des travaux qui seront conduits dans 6 Groupes de Travail :
GT1-- Cartographie, extension, identité et coopération
GT2 – Services sociaux d’intérêt général (SSIG), relations entre le secteur public et l’ESS
GT3 - Développement territorial, économie solidaire, souveraineté alimentaire pacte local : quelles convergences pour construire collectivement?
GT4 - Consommation responsable, commerce équitable, et tourisme solidaire, finances éthiques : construire le marché social.
GT5 - L’ESS comme alternative au système capitaliste
GT6 – RIPESS Europe : stratégies, positionnements, méthodes et plus-value : comment prendre toute sa place dans le débat européen.
L’approche territoriale transversale qu’apportent plus particulièrement les P’ACTES Européens prend sa part dans la fondation : avec une femme comme déléguée principale, Priscila Soarès, 30 ans d’aménagement régional participatif en Algarve, au Sud du Portugal, et France Joubert. Le GT3 qu’ils animent s’est donné l’objectif de produire des convergences en réalisant des voyages apprenants : bon outil pour apprendre les uns des autres : 2 ou 3 sont prévus en 2012 : au Maroc, en Catalogne, en Roumanie.
Des collectifs d’acteurs vers l’acteur collectif, les conditions sont réunies pour que l’Europe apporte sa quote-part de réussite à la grande transition !
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Message de l’équipe éditoriale
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9/05/2011
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #81
1er Septembre 2011
Sommaire
Économie Sociale et Solidaire dans la Chine rurale
Message de l’équipe éditoriale
Nous sommes heureux de vous présenter des informations concernant l’économie sociale et solidaire en Chine. Nous vous présentons ici la synthèse d’un travail académique d’une étudiante chinoise (elle préfère l’anonymat) dans une université américaine. Comme vous le verrez, là aussi des gens réalisent que c’est en coopérant, en mettant ensemble leurs énergies et leurs ressources, qu’ils peuvent améliorer leur sort collectivement et individuellement. Et ce malgré l’idéologie officielle en vigueur depuis 1979. Car à cette époque, tout a été privatisé. Les communes ont été divisées en lots individuels et les entreprises fonctionnent sous la forme de statut capitaliste, avec des actionnaires. Néanmoins, dans les campagnes chinoises, certains ont refusé ce virage et maintenu l’approche communale collective. D’autres y sont revenues. Ces villages sont devenus des références dans les zones rurales pauvres de la Chine. Souvent même avec des revenus par habitant dix fois supérieurs à la moyenne nationale. Plus récemment, de nombreuses coopératives paysannes se sont créées, notamment pour la mise en marché des produits, évitant ainsi d’être individuellement à la merci d’intermédiaires. Ces coopératives regroupent environ 13% de la paysannerie chinoise, et les revenus des ces familles sont plus élevés que ceux des paysans individuels. Ces avancées sont remarquables, car dans un certain nombre de cas, ces coopératives se sont créées malgré les autorités locales. Le gouvernement central commence à trouver ces développements positifs et des fonds spéciaux de soutien ont été créés. Une des considérations majeures est évidemment d’éviter d’accentuer davantage l’exode rural vers les grands centres urbains. Car il est connu que c’est la pauvreté dans les zones rurales qui pousse les gens vers l’exode.
Pour notre part, nous sommes toujours émerveillés d’observer les capacités d’initiatives des communautés locales, partout sur la planète, quand les gens réalisent qu’en regroupant leurs efforts, il devient alors possible d’améliorer leurs situations, voire leur vie en général. Même en Chine, et malgré l’individualisme ambiant, des agriculteurs ou des pêcheurs, des producteurs de café ou de bananes, décidant d’unir leurs efforts, améliorent leur sort. Et comme nous l’avons souvent relaté dans notre bulletin, quand ils se mettent à travailler ensemble, ils en arrivent souvent à se préoccuper de l’ensemble de leurs vies, que ce soit le logement, la santé et l’éducation. Elles s’inscrivent également dans une approche durable de leur avenir, et celui de la planète, un peu dans l’esprit des populations indigènes des Amériques qui ont pour dicton qu’il «faut penser le développement pour sept générations ».
Nous ne prétendons pas qu’il s’agit d’un antidote au «tout au marché capitaliste». Néanmoins, il est évident qu’il s’agit, à la fois, d’une manière de résister et de construire des approches solidaires et coopérantes qui d’après nous remplaceront, à terme, un modèle dominant, prédateur et insoutenable.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Économie Sociale et Solidaire dans la Chine rurale
Sous la nouvelle direction communiste, la Chine a réalisé une réforme agraire complète de 1949 à 1953. Les terres ont été prises aux grands propriétaires et distribuées aux paysans. À partir de 1958, le gouvernement a organisé des communes afin que les paysans puissent organiser une production agricole à grande échelle avec des machines, du marketing et la fabrication de certains produits. En 1979, la nouvelle direction a décidé de privatiser les terres pour les agriculteurs et les industries de propriété collective ont été vendues aux capitalistes privés.
La raison invoquée était que les paysans dans les communes n'avaient pas de motivation individuelle. Ce nouveau système a été appelé «système de responsabilité familiale». Dans la plupart des communes, les paysans ont convenu, ou ont été forcés, d'accepter le nouveau système. Cependant, certains ont refusé et ont décidé de rester organisés en commune. Pour beaucoup de ceux qui sont allés vers le nouveau système, ce fut à reculons. Tracteurs et autres machines ont été démolis, car ils n'étaient pas nécessaires. Ainsi, de nombreux agriculteurs ne pouvaient même pas se permettre d'acheter un cheval ou un bœuf pour les travaux. Cela a conduit à beaucoup de pauvreté et c’est l'une des raisons qui a contraint des dizaines de millions de personnes à se déplacer vers les grandes zones urbaines industrielles en Chine.
Aujourd'hui, certaines de ces communes démontrent un grand succès:
• Les 30 000 villageois de Huaxi ont maintenant atteint un revenu annuel total de 10 milliards de yuans (environ 1,5 milliard en dollars américains). Outre l'agriculture, ils possèdent entre autres une aciérie, une entreprise horticole, une fabrique de linge. Le chiffre d'affaires total en 2010 était de 50 milliards de yuans (8 milliards de dollars américains). Cela permet au village de fournir des services gratuits de santé, d'éducation (jusqu'au doctorat), de logement, de prestations de retraite et d'autres besoins des villageois.
• Le village Nanjie est situé dans une province agricole pauvre du Henan. Les villageois sont collectivement propriétaires du «Groupe Nanjie», qui se compose de 29 sociétés impliquées dans la transformation des aliments, la production d'encre, de produits pharmaceutiques, d'artisanat, de plastiques, d'imprimerie, ainsi que l'agriculture et les services de voyage. Comme à Huaxi, tous les services publics de base, tels que l'éducation, les soins de santé, le logement et les prestations de retraite, sont fournis gratuitement par la commune. La population du village est de 3400 habitants, pourtant il y a 7 260 employés. Fait intéressant, les emplois dans l'agriculture sont mieux payés que dans les usines, car ce travail est considéré plus difficile. Le revenu des ménages est d'environ dix fois plus que dans les autres villages de la région.
• Le village de Xixiakou, une commune dans le Shandong a une population de 1300 habitants. Ce village de pêcheurs, sur une période de 40 années depuis 1970, a accumulé plus de 6 milliards de yuans d'actifs (2010). La plupart des ménages possèdent une voiture privée et ils ont aussi construit le plus grand zoo de la province du Shandong.
• Liuzhuang, une commune dans le Henan, avec une population de 1700 habitants, était encore en profonde pauvreté dans les années 1980. En 2009, le revenu disponible des membres s’est accru jusqu’à 23 000 yuans par habitant, soit plus de dix fois la moyenne nationale.
Ces dernières années, il y a eu une augmentation énorme dans les entreprises collectives, en utilisant le nom de «coopérative» car il est politiquement moins sensible que «la commune» qui est identifiée à l'ère maoïste.
Dans la seule province du Shanxi, il y a plus de 24 000 coopératives rurales (Han Yuhai, Université de Pékin, 2010). Depuis 2003, le gouvernement central, ayant compris que se fier uniquement aux ménages n’était pas le meilleur chemin, a reconnu que l'organisation de coopératives rurales était un moyen pour ces paysans de sortir de la pauvreté. Sinon, les paysans sont poussés hors de leurs terres par les ventes de terrains et la location forcée. Le gouvernement a consacré des fonds spéciaux pour aider les ménages ruraux à se réorganiser en coopératives. En 2006, les coopératives rurales couvrent 13,8% de la population rurale chinoise. Même si beaucoup sont plus modestes que les communes mentionnées ci-dessus, le revenu de leurs membres est d'au moins 20-30% plus élevé que les paysans qui ne sont pas impliqués dans une coopérative. Le raisonnement derrière les coopératives est le même que pour les communes - épargne collective, investissements plus élevés, et partage des bénéfices. Par exemple, ils peuvent acheter des véhicules pour le transport des produits au lieu d'être totalement dépendants des intermédiaires. Ils peuvent être ainsi collectivement propriétaires de machines et acheter des biens.
Les zones rurales en Chine sont confrontées à d'énormes défis en matière d'irrigation. Les ménages individuels ne peuvent pas prendre soin de ce système. L’allocation d'eau pour chaque lot de terre est un énorme problème. Dans quelques zones rurales, comme dans la province du Jiangxi, les agriculteurs gèrent toujours collectivement le système d'irrigation. Dans la plupart des régions de la Chine, le système d'irrigation est en mauvais état. C'est pourquoi le gouvernement central prévoit de dépenser 620 milliards de dollars dans les dix prochaines années sur l'irrigation, car il doit payer pour tout. C'est pourquoi la gestion et l’entretien collectif de l'irrigation sont la seule approche pour une croissance durable de la production agricole à long terme (Li Changping). Le fait que le Quotidien du peuple a des articles sur ces sujets, démontre une conscience croissante de la Chine au sujet de ces approches alternatives.
Comme le dit cette étudiante chinoise, «la perspective des coopératives rurales est encore à confirmer par des développements futurs. Néanmoins, il est clair qu’un système où tout le monde ne se soucie de rien d'autre que de son propre intérêt ne peut pas vraiment maximiser le bien-être des individus.»
Yvon Poirier
Nouvelles sur Nanjie (en anglais)
BBC: http://news.bbc.co.uk/2/hi/8278128.stm
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Économie Sociale et Solidaire dans la Chine rurale
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Nous sommes heureux de vous présenter des informations concernant l’économie sociale et solidaire en Chine. Nous vous présentons ici la synthèse d’un travail académique d’une étudiante chinoise (elle préfère l’anonymat) dans une université américaine. Comme vous le verrez, là aussi des gens réalisent que c’est en coopérant, en mettant ensemble leurs énergies et leurs ressources, qu’ils peuvent améliorer leur sort collectivement et individuellement. Et ce malgré l’idéologie officielle en vigueur depuis 1979. Car à cette époque, tout a été privatisé. Les communes ont été divisées en lots individuels et les entreprises fonctionnent sous la forme de statut capitaliste, avec des actionnaires. Néanmoins, dans les campagnes chinoises, certains ont refusé ce virage et maintenu l’approche communale collective. D’autres y sont revenues. Ces villages sont devenus des références dans les zones rurales pauvres de la Chine. Souvent même avec des revenus par habitant dix fois supérieurs à la moyenne nationale. Plus récemment, de nombreuses coopératives paysannes se sont créées, notamment pour la mise en marché des produits, évitant ainsi d’être individuellement à la merci d’intermédiaires. Ces coopératives regroupent environ 13% de la paysannerie chinoise, et les revenus des ces familles sont plus élevés que ceux des paysans individuels. Ces avancées sont remarquables, car dans un certain nombre de cas, ces coopératives se sont créées malgré les autorités locales. Le gouvernement central commence à trouver ces développements positifs et des fonds spéciaux de soutien ont été créés. Une des considérations majeures est évidemment d’éviter d’accentuer davantage l’exode rural vers les grands centres urbains. Car il est connu que c’est la pauvreté dans les zones rurales qui pousse les gens vers l’exode.
Pour notre part, nous sommes toujours émerveillés d’observer les capacités d’initiatives des communautés locales, partout sur la planète, quand les gens réalisent qu’en regroupant leurs efforts, il devient alors possible d’améliorer leurs situations, voire leur vie en général. Même en Chine, et malgré l’individualisme ambiant, des agriculteurs ou des pêcheurs, des producteurs de café ou de bananes, décidant d’unir leurs efforts, améliorent leur sort. Et comme nous l’avons souvent relaté dans notre bulletin, quand ils se mettent à travailler ensemble, ils en arrivent souvent à se préoccuper de l’ensemble de leurs vies, que ce soit le logement, la santé et l’éducation. Elles s’inscrivent également dans une approche durable de leur avenir, et celui de la planète, un peu dans l’esprit des populations indigènes des Amériques qui ont pour dicton qu’il «faut penser le développement pour sept générations ».
Nous ne prétendons pas qu’il s’agit d’un antidote au «tout au marché capitaliste». Néanmoins, il est évident qu’il s’agit, à la fois, d’une manière de résister et de construire des approches solidaires et coopérantes qui d’après nous remplaceront, à terme, un modèle dominant, prédateur et insoutenable.
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Martine Theveniaut
Économie Sociale et Solidaire dans la Chine rurale
Sous la nouvelle direction communiste, la Chine a réalisé une réforme agraire complète de 1949 à 1953. Les terres ont été prises aux grands propriétaires et distribuées aux paysans. À partir de 1958, le gouvernement a organisé des communes afin que les paysans puissent organiser une production agricole à grande échelle avec des machines, du marketing et la fabrication de certains produits. En 1979, la nouvelle direction a décidé de privatiser les terres pour les agriculteurs et les industries de propriété collective ont été vendues aux capitalistes privés.
La raison invoquée était que les paysans dans les communes n'avaient pas de motivation individuelle. Ce nouveau système a été appelé «système de responsabilité familiale». Dans la plupart des communes, les paysans ont convenu, ou ont été forcés, d'accepter le nouveau système. Cependant, certains ont refusé et ont décidé de rester organisés en commune. Pour beaucoup de ceux qui sont allés vers le nouveau système, ce fut à reculons. Tracteurs et autres machines ont été démolis, car ils n'étaient pas nécessaires. Ainsi, de nombreux agriculteurs ne pouvaient même pas se permettre d'acheter un cheval ou un bœuf pour les travaux. Cela a conduit à beaucoup de pauvreté et c’est l'une des raisons qui a contraint des dizaines de millions de personnes à se déplacer vers les grandes zones urbaines industrielles en Chine.
Aujourd'hui, certaines de ces communes démontrent un grand succès:
• Les 30 000 villageois de Huaxi ont maintenant atteint un revenu annuel total de 10 milliards de yuans (environ 1,5 milliard en dollars américains). Outre l'agriculture, ils possèdent entre autres une aciérie, une entreprise horticole, une fabrique de linge. Le chiffre d'affaires total en 2010 était de 50 milliards de yuans (8 milliards de dollars américains). Cela permet au village de fournir des services gratuits de santé, d'éducation (jusqu'au doctorat), de logement, de prestations de retraite et d'autres besoins des villageois.
• Le village Nanjie est situé dans une province agricole pauvre du Henan. Les villageois sont collectivement propriétaires du «Groupe Nanjie», qui se compose de 29 sociétés impliquées dans la transformation des aliments, la production d'encre, de produits pharmaceutiques, d'artisanat, de plastiques, d'imprimerie, ainsi que l'agriculture et les services de voyage. Comme à Huaxi, tous les services publics de base, tels que l'éducation, les soins de santé, le logement et les prestations de retraite, sont fournis gratuitement par la commune. La population du village est de 3400 habitants, pourtant il y a 7 260 employés. Fait intéressant, les emplois dans l'agriculture sont mieux payés que dans les usines, car ce travail est considéré plus difficile. Le revenu des ménages est d'environ dix fois plus que dans les autres villages de la région.
• Le village de Xixiakou, une commune dans le Shandong a une population de 1300 habitants. Ce village de pêcheurs, sur une période de 40 années depuis 1970, a accumulé plus de 6 milliards de yuans d'actifs (2010). La plupart des ménages possèdent une voiture privée et ils ont aussi construit le plus grand zoo de la province du Shandong.
• Liuzhuang, une commune dans le Henan, avec une population de 1700 habitants, était encore en profonde pauvreté dans les années 1980. En 2009, le revenu disponible des membres s’est accru jusqu’à 23 000 yuans par habitant, soit plus de dix fois la moyenne nationale.
Ces dernières années, il y a eu une augmentation énorme dans les entreprises collectives, en utilisant le nom de «coopérative» car il est politiquement moins sensible que «la commune» qui est identifiée à l'ère maoïste.
Dans la seule province du Shanxi, il y a plus de 24 000 coopératives rurales (Han Yuhai, Université de Pékin, 2010). Depuis 2003, le gouvernement central, ayant compris que se fier uniquement aux ménages n’était pas le meilleur chemin, a reconnu que l'organisation de coopératives rurales était un moyen pour ces paysans de sortir de la pauvreté. Sinon, les paysans sont poussés hors de leurs terres par les ventes de terrains et la location forcée. Le gouvernement a consacré des fonds spéciaux pour aider les ménages ruraux à se réorganiser en coopératives. En 2006, les coopératives rurales couvrent 13,8% de la population rurale chinoise. Même si beaucoup sont plus modestes que les communes mentionnées ci-dessus, le revenu de leurs membres est d'au moins 20-30% plus élevé que les paysans qui ne sont pas impliqués dans une coopérative. Le raisonnement derrière les coopératives est le même que pour les communes - épargne collective, investissements plus élevés, et partage des bénéfices. Par exemple, ils peuvent acheter des véhicules pour le transport des produits au lieu d'être totalement dépendants des intermédiaires. Ils peuvent être ainsi collectivement propriétaires de machines et acheter des biens.
Les zones rurales en Chine sont confrontées à d'énormes défis en matière d'irrigation. Les ménages individuels ne peuvent pas prendre soin de ce système. L’allocation d'eau pour chaque lot de terre est un énorme problème. Dans quelques zones rurales, comme dans la province du Jiangxi, les agriculteurs gèrent toujours collectivement le système d'irrigation. Dans la plupart des régions de la Chine, le système d'irrigation est en mauvais état. C'est pourquoi le gouvernement central prévoit de dépenser 620 milliards de dollars dans les dix prochaines années sur l'irrigation, car il doit payer pour tout. C'est pourquoi la gestion et l’entretien collectif de l'irrigation sont la seule approche pour une croissance durable de la production agricole à long terme (Li Changping). Le fait que le Quotidien du peuple a des articles sur ces sujets, démontre une conscience croissante de la Chine au sujet de ces approches alternatives.
Comme le dit cette étudiante chinoise, «la perspective des coopératives rurales est encore à confirmer par des développements futurs. Néanmoins, il est clair qu’un système où tout le monde ne se soucie de rien d'autre que de son propre intérêt ne peut pas vraiment maximiser le bien-être des individus.»
Yvon Poirier
Nouvelles sur Nanjie (en anglais)
BBC: http://news.bbc.co.uk/2/hi/8278128.stm
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Message de l’équipe éditoriale
La production de ce bulletin, en français, en anglais, en espagnol et en portugais, est réalisée de manière totalement bénévole.
Nous tenons à remercier les personnes bénévoles suivantes pour leur implication :
Michel Colin (Brésil)
Paula Garuz Naval (Irlande)
Évéline Poirier (Canada)
Brunilda Rafael (France)
De plus, nous désirons remercier le Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) du Seikatsu Club au Japon pour la traduction vers le japonais.
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
7/03/2011
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #80
1ier Juillet 2011
Sommaire
Objectifs du Sommet RIO+20
Message de l’équipe éditoriale
Le Sommet de Rio de 1992 a eu le grand mérite de mettre les problèmes environnementaux et les principes d'un développement durable à l'ordre du jour des questions politiques mondiales. Les représentants du monde socio-économique, les Etats et la société civile ont été placés devant la réalité : comment transformer le modèle de production et de consommation afin d’assurer un avenir viable à l'humanité et à la biosphère ? En vingt ans, nous avons pris conscience que les ressources sont limitées et nous savons que les solutions classiques de relance économique seront impuissantes à régler les problèmes. Globalement, la situation s’est dégradée : pauvreté durable, croissance de l'extrême pauvreté dans les pays moins développés, augmentation de la dépendance alimentaire, approfondissement des inégalités sociales et économiques, réduction de la biodiversité, pressions insupportables sur les écosystèmes, accélération des changements climatiques et du réchauffement mondial.
Sommes-nous aujourd’hui capables de sortir de la schizophrénie politique qui, d’un côté propose des solutions vertes, équitables et durables, et qui de l’autre impose stratégies et mesures clairement orientées dans la direction opposée au nom de la compétitivité et de la libre concurrence ? Redéfinir les termes du débat en fonction de ces réalités, tel est l’enjeu du Sommet RIO+20 qui se tiendra au Brésil, du 4 au 6 juin 2012. La volonté politique d’un consensus sera difficile à obtenir.
Si nous, en tant que société civile, nous laissons piéger par la cacophonie des points de vue partiels, partiaux ou des réponses expertes sans base démocratique, si nous ne mettons pas sur la table de la négociation des propositions concrètement systémiques, qui le fera ? Comme nous l’écrivions dans le n°78 du Bulletin (mai 2011), nous pensons que les approches alternatives sont aujourd’hui plus réalistes que l’irresponsabilité qui règne au sommet et nous a conduits dans le mur. L’impérieux « dégage ! » des peuples pour abolir des régimes autocrates et auto-proclamés, l’indignation de la jeunesse du monde dont nous avons compromis l’avenir, sont autant de raisons pour ne pas désespérer. En effet, la génération qui nous succède se pose, à son tour, la question de transformer l’inacceptable en espérance.
Ce n° du Bulletin est consacré à des initiatives engagées dans le cadre de la préparation du Sommet de la Terre. Nous relayerons tout particulièrement les dynamiques qui affirment la voie citoyenne comme choix politique, jusqu’à juin 2012. On ne réussira pas le changement de cap sans la participation active des communautés et des peuples à la construction des réponses aux problèmes qui les concernent. Le global et le local sont indissociables.
Ce sera une contribution aux échanges intercontinentaux du RIPESS international : Le FBES (Forum Brésilien de l’Économie Solidaire) est partie prenante de la coupole des ONG brésiliennes et des mouvements sociaux qui animent la préparation d’un Sommet des peuples, accueilli à Rio de Janeiro du 4 au 6 juin 2012 et qui invitent à contribuer pour s’associer à « la réinvention du monde ».
Prochaine parution : 1er septembre
Nous sommes heureux de vous informer que notre Bulletin est maintenant disponible en japonais. Il est traduit en japonais par Yuko Wada du Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) de Seikatsu Club Cooperative Union du Japon. Le dernier numéro disponible est le numéro 78. Disponible sur demande.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Objectifs du Sommet RIO+20
Selon la résolution de l’ONU - A/RES/64/236 - la Conférence a trois objectifs : obtenir un engagement politique renouvelé pour le développement durable; évaluer les progrès et les lacunes dans la mise en œuvre des résultats; relever les défis nouveaux et émergents. La Conférence aura deux thèmes officiels : « l’économie verte dans le cadre de l’éradication de la pauvreté et du développement durable » ainsi que « le cadre institutionnel du développement durable ». Il est évident qu’il faut aller plus loin.
L’économie verte, nouvel oxymore, ne garantit en rien le respect du principe fondamental de «durabilité», ni l’engagement de combattre surconsommation, individualisme, ou court-termisme. Le concept ne se positionne pas non plus en relation avec la démocratie, 4ème composante adjointe dès 1992 aux 3 autres (économie, écologie et social) dans la Charte de Curitiba et reste un maillon très faible, dès 1992, avait lancé la réalisation d’Agenda 21. Leur bilan critique et constructif à l’échelle internationale serait du plus grand intérêt.
Concernant le cadre institutionnel, le principe de la souveraineté nationale et le droit de la concurrence pour les activités économiques sont inappropriés, voire contraires à la mise en œuvre des principes d’intérêt général supérieurs. On peut espérer faire progresser l’idée d’aller vers des accords contraignants.
Enfin, comment fonder une autorité légitime dans un monde aux interactions enchevêtrées ? Quelle est ma responsabilité dans l’économie, la société, la culture et la nature ? Comment relier ces grands domaines entre eux et avec ma vie personnelle ?
Les réponses sont à inventer à nouveaux frais dans ce contexte inédit.
La création du Collectif français RIO+20
Dès la fin 2010, un petit noyau d’associations animées par l’association 4D en a pris l’initiative pour mobiliser et inscrire le plus grand nombre d’acteurs dans la transition vers un nouvel état du monde au XXIe siècle. Il rassemble aujourd’hui des acteurs très différents de la société civile, ainsi que des syndicats et poursuit deux objectifs :
- penser le changement et faire des propositions concrètes dans 5 groupes de travail : chacun d’entre eux produira un document de réflexion d’une dizaine de pages, faisant apparaître dissensus et consensus, aboutissant sur des propositions pour les négociations officielles, visant une mise en débat et des discussions publiques.
- préparer la mobilisation dans une logique internationale au travers d’évènements en France et avec nos partenaires internationaux sur d’autres continents : afin de transmettre un contenu adapté au grand public, projeter le changement vers un autre paradigme et soutenir la transition, promouvoir une solidarité internationale à régime obligatoire.
Les P’ACTES Européens ont rejoint le Collectif français RIO+20 dans le Groupe de travail sur l’économie verte depuis la mois de mars 2011 pour apporter leur pierre :
1- au Collectif français RIO+20 pour illustrer par des exemples et des témoignages et proposer « Refonder l’économie à partir du territoire » :
« Les territoires remplissent des fonctions centrales de coordination des relations entre acteurs et entre échelles et de gestion des réponses aux problèmes essentiels de l’économie réelle et du vivre ensemble. Ils doivent donc être reconnus comme des acteurs sociaux et économiques à part entière.
Des réponses existent sur les territoires en matière d’emploi, d’alimentation, de développement local durable, de culture, de financement, de services locaux, de transports, de citoyenneté… Elles agissent déjà comme levier de l’économie locale. Sous différents statuts juridiques, marchands et non marchands, ces organisations quittent l’économie du seul profit lucratif, produisent et réinvestissent les bénéfices sociaux, génèrent un capital social territorial ».
2- au débat européen : Priscila Soarès, coordinatrice de projet à l’Associação IN LOCO (Algarve, Portugal), membre des P’ACTES a répondu à l’appel à consultation publique sur « la position de l’Union Européenne dans la Conférence sur le développement durable de juin 2012.
Deux points des propositions qu’elle a développés sont repris ici :
La place des PME dans la transition :« Le Pacte mondial concerne principalement les grandes entreprises (…). Or il serait beaucoup plus nécessaire de mobiliser les petites et moyennes entreprises. Ni l'ONU ni l'un de ses organes ne peuvent les atteindre directement, mais il est possible d'approcher, de promouvoir et d'encourager les expériences et les mouvements du monde entier qui comptent sur la participation des PME dans les processus locaux et régionaux axés sur le développement durable et la démocratie participative. Cette option ouvrirait à la compréhension de comment les PME sont associées au service des communautés et des territoires et comment elles sont interconnectés avec d'autres acteurs également impliqués dans les mêmes expériences et les mouvements ».
L’échelle européenne que vise tout particulièrement les P’ACTES: « L'Union européenne doit devenir une réalité plus cohérente - en termes politique, économique et social - afin de jouer un rôle clé lors du Sommet. Sans un changement intrinsèque dans ce sens, l’UE perdra la capacité de fournir de nouvelles idées et la crédibilité nécessaire pour mobiliser les citoyens, organisations de la société civile ou les Etats.
Comment l'Europe peut-elle assurer un soutien financier généreux pour la construction de la gouvernance et la capacitation, s’il n'y a pas de position européenne commune en ce qui concerne le financement de l'ONU et ses organes?
Dans le droit fil de sa tradition, l'UE peut et doit proposer et promouvoir une participation large et profonde de la société civile dans le processus de réalisation du développement durable aux niveaux européen, national, régional et local. Ce faisant l'Europe poursuivra cet objectif principal au sein de son territoire et fournira des exemples et des modèles de gouvernance qui peuvent être utiles et inspirer au niveau international.
En parallèle, l'UE peut promouvoir l'intégration des responsabilités de durabilité dans la responsabilité sociale des entreprises, améliorer et élargir le cadre conceptuel de son action.
Tout aussi important serait d'intégrer la stratégie de développement durable dans la stratégie européenne à 2020, pour surmonter une approche fragmentée et sectorielle du développement durable ».
Téléchargeable en anglais (Fiche 30 avril 2011) http://www.pactes-locaux.org/
3- à la feuille de route du Réseau européen de l’Economie sociale et solidaire qui organise son congrès de fondation en les 9 et 10 septembre 2011 à Barcelone. Les P’ACTES co-animent un groupe de travail avec le Réseau d’économie solidaire Catalan « Xarxa d'economia solidària » (XES) « ESS, développement territorial, souveraineté alimentaire : quelles convergences existent pour construire collectivement ? ». http://wiki.ripesseu.net/index.php/Groupe_de_travail_3
4. à des informations dans l’agenda international du Bulletin,
Informations sur la mobilisation des sociétés civiles :
L’article 21 de la résolution 64/236 de mars 2010 : "Engage tous les grands groupes à participer activement aux activités préparatoires, à toutes les étapes". Un stake-holder forum est organisé en amont pour promouvoir la participation des organisations de la société civile qui sont en lien avec l’ONU. Rappelons que dans la définition onusienne les groupes majeurs de la société civile sont les ONG, les syndicats, les entreprises, les autorités locales, les communautés scientifiques, les femmes, les jeunes, les paysans, les peuples autochtones. http://www.earthsummit2012.org
Mobilisations engagées :
Le 3 novembre 2010, un Comité de facilitation de la société civile brésilienne a été constitué à l’initiative des organisations environnementales et sociales et des mouvements sociaux brésiliens. Il est appelé «Sommet des peuples» et porte «la marque de l'autonomie. Il combinera la pluralité avec la possibilité de dialogue avec les officiels et les autres secteurs dynamiques".
http://www.ong-ngo.org/IMG/pdf/CALL_FOR_CSFC_RIO20_final.pdf
http://vitaecivilis.org/rio2012/images/stories/pub/Venez_reinventer_le_monde_a_Rio.pdf
Ce sommet des peuples est en grande partie initié et soutenu par IBASE (Instituto Brasileiro de Análises Sociais e Econômicas) (en portugais) http://www.ibase.br/
La Fondation pour le Progrès de l’Homme pour sa part met ses ressources et celles de plusieurs de ses partenaires au service de la préparation de ce Sommet des peuples. Un site est ouvert qui "vise à donner une vision d'ensemble de la mobilisation internationale.
www.rio20.net en 4 langues
Martine Theveniaut
Pour en savoir plus (en français en partiellement en anglais)
www.association4d.org/
www.affinitiz.net/space/rio2012 est un espace créé afin de faciliter les échanges du Collectif Rio+20 et de favoriser les échanges de productions entre ses membres.
Les informations sont disponibles en anglais et portugais
Calendrier d’Evénements et Manifestation autour de la Conférence Rio-2012 http://collectif-france.rio20.net/files/2011/06/Agenda_RIO_20_2011_2012.pdf
Rapport PNUE sur l’Economie Verte : http://www.unep.org/greeneconomy
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements :
Paula Garuz Naval (Irlande) pour l’espagnol
Michel Colin (Brésil) pour le portugais
Évéline Poirier (Canada) pour l’anglais
Judith Hitchman (France) pour la révision en anglais
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #80
1ier Juillet 2011
Sommaire
Objectifs du Sommet RIO+20
Message de l’équipe éditoriale
Le Sommet de Rio de 1992 a eu le grand mérite de mettre les problèmes environnementaux et les principes d'un développement durable à l'ordre du jour des questions politiques mondiales. Les représentants du monde socio-économique, les Etats et la société civile ont été placés devant la réalité : comment transformer le modèle de production et de consommation afin d’assurer un avenir viable à l'humanité et à la biosphère ? En vingt ans, nous avons pris conscience que les ressources sont limitées et nous savons que les solutions classiques de relance économique seront impuissantes à régler les problèmes. Globalement, la situation s’est dégradée : pauvreté durable, croissance de l'extrême pauvreté dans les pays moins développés, augmentation de la dépendance alimentaire, approfondissement des inégalités sociales et économiques, réduction de la biodiversité, pressions insupportables sur les écosystèmes, accélération des changements climatiques et du réchauffement mondial.
Sommes-nous aujourd’hui capables de sortir de la schizophrénie politique qui, d’un côté propose des solutions vertes, équitables et durables, et qui de l’autre impose stratégies et mesures clairement orientées dans la direction opposée au nom de la compétitivité et de la libre concurrence ? Redéfinir les termes du débat en fonction de ces réalités, tel est l’enjeu du Sommet RIO+20 qui se tiendra au Brésil, du 4 au 6 juin 2012. La volonté politique d’un consensus sera difficile à obtenir.
Si nous, en tant que société civile, nous laissons piéger par la cacophonie des points de vue partiels, partiaux ou des réponses expertes sans base démocratique, si nous ne mettons pas sur la table de la négociation des propositions concrètement systémiques, qui le fera ? Comme nous l’écrivions dans le n°78 du Bulletin (mai 2011), nous pensons que les approches alternatives sont aujourd’hui plus réalistes que l’irresponsabilité qui règne au sommet et nous a conduits dans le mur. L’impérieux « dégage ! » des peuples pour abolir des régimes autocrates et auto-proclamés, l’indignation de la jeunesse du monde dont nous avons compromis l’avenir, sont autant de raisons pour ne pas désespérer. En effet, la génération qui nous succède se pose, à son tour, la question de transformer l’inacceptable en espérance.
Ce n° du Bulletin est consacré à des initiatives engagées dans le cadre de la préparation du Sommet de la Terre. Nous relayerons tout particulièrement les dynamiques qui affirment la voie citoyenne comme choix politique, jusqu’à juin 2012. On ne réussira pas le changement de cap sans la participation active des communautés et des peuples à la construction des réponses aux problèmes qui les concernent. Le global et le local sont indissociables.
Ce sera une contribution aux échanges intercontinentaux du RIPESS international : Le FBES (Forum Brésilien de l’Économie Solidaire) est partie prenante de la coupole des ONG brésiliennes et des mouvements sociaux qui animent la préparation d’un Sommet des peuples, accueilli à Rio de Janeiro du 4 au 6 juin 2012 et qui invitent à contribuer pour s’associer à « la réinvention du monde ».
Prochaine parution : 1er septembre
Nous sommes heureux de vous informer que notre Bulletin est maintenant disponible en japonais. Il est traduit en japonais par Yuko Wada du Policy Research Institute for the Civil Sector (PRICS) de Seikatsu Club Cooperative Union du Japon. Le dernier numéro disponible est le numéro 78. Disponible sur demande.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Objectifs du Sommet RIO+20
Selon la résolution de l’ONU - A/RES/64/236 - la Conférence a trois objectifs : obtenir un engagement politique renouvelé pour le développement durable; évaluer les progrès et les lacunes dans la mise en œuvre des résultats; relever les défis nouveaux et émergents. La Conférence aura deux thèmes officiels : « l’économie verte dans le cadre de l’éradication de la pauvreté et du développement durable » ainsi que « le cadre institutionnel du développement durable ». Il est évident qu’il faut aller plus loin.
L’économie verte, nouvel oxymore, ne garantit en rien le respect du principe fondamental de «durabilité», ni l’engagement de combattre surconsommation, individualisme, ou court-termisme. Le concept ne se positionne pas non plus en relation avec la démocratie, 4ème composante adjointe dès 1992 aux 3 autres (économie, écologie et social) dans la Charte de Curitiba et reste un maillon très faible, dès 1992, avait lancé la réalisation d’Agenda 21. Leur bilan critique et constructif à l’échelle internationale serait du plus grand intérêt.
Concernant le cadre institutionnel, le principe de la souveraineté nationale et le droit de la concurrence pour les activités économiques sont inappropriés, voire contraires à la mise en œuvre des principes d’intérêt général supérieurs. On peut espérer faire progresser l’idée d’aller vers des accords contraignants.
Enfin, comment fonder une autorité légitime dans un monde aux interactions enchevêtrées ? Quelle est ma responsabilité dans l’économie, la société, la culture et la nature ? Comment relier ces grands domaines entre eux et avec ma vie personnelle ?
Les réponses sont à inventer à nouveaux frais dans ce contexte inédit.
La création du Collectif français RIO+20
Dès la fin 2010, un petit noyau d’associations animées par l’association 4D en a pris l’initiative pour mobiliser et inscrire le plus grand nombre d’acteurs dans la transition vers un nouvel état du monde au XXIe siècle. Il rassemble aujourd’hui des acteurs très différents de la société civile, ainsi que des syndicats et poursuit deux objectifs :
- penser le changement et faire des propositions concrètes dans 5 groupes de travail : chacun d’entre eux produira un document de réflexion d’une dizaine de pages, faisant apparaître dissensus et consensus, aboutissant sur des propositions pour les négociations officielles, visant une mise en débat et des discussions publiques.
- préparer la mobilisation dans une logique internationale au travers d’évènements en France et avec nos partenaires internationaux sur d’autres continents : afin de transmettre un contenu adapté au grand public, projeter le changement vers un autre paradigme et soutenir la transition, promouvoir une solidarité internationale à régime obligatoire.
Les P’ACTES Européens ont rejoint le Collectif français RIO+20 dans le Groupe de travail sur l’économie verte depuis la mois de mars 2011 pour apporter leur pierre :
1- au Collectif français RIO+20 pour illustrer par des exemples et des témoignages et proposer « Refonder l’économie à partir du territoire » :
« Les territoires remplissent des fonctions centrales de coordination des relations entre acteurs et entre échelles et de gestion des réponses aux problèmes essentiels de l’économie réelle et du vivre ensemble. Ils doivent donc être reconnus comme des acteurs sociaux et économiques à part entière.
Des réponses existent sur les territoires en matière d’emploi, d’alimentation, de développement local durable, de culture, de financement, de services locaux, de transports, de citoyenneté… Elles agissent déjà comme levier de l’économie locale. Sous différents statuts juridiques, marchands et non marchands, ces organisations quittent l’économie du seul profit lucratif, produisent et réinvestissent les bénéfices sociaux, génèrent un capital social territorial ».
2- au débat européen : Priscila Soarès, coordinatrice de projet à l’Associação IN LOCO (Algarve, Portugal), membre des P’ACTES a répondu à l’appel à consultation publique sur « la position de l’Union Européenne dans la Conférence sur le développement durable de juin 2012.
Deux points des propositions qu’elle a développés sont repris ici :
La place des PME dans la transition :« Le Pacte mondial concerne principalement les grandes entreprises (…). Or il serait beaucoup plus nécessaire de mobiliser les petites et moyennes entreprises. Ni l'ONU ni l'un de ses organes ne peuvent les atteindre directement, mais il est possible d'approcher, de promouvoir et d'encourager les expériences et les mouvements du monde entier qui comptent sur la participation des PME dans les processus locaux et régionaux axés sur le développement durable et la démocratie participative. Cette option ouvrirait à la compréhension de comment les PME sont associées au service des communautés et des territoires et comment elles sont interconnectés avec d'autres acteurs également impliqués dans les mêmes expériences et les mouvements ».
L’échelle européenne que vise tout particulièrement les P’ACTES: « L'Union européenne doit devenir une réalité plus cohérente - en termes politique, économique et social - afin de jouer un rôle clé lors du Sommet. Sans un changement intrinsèque dans ce sens, l’UE perdra la capacité de fournir de nouvelles idées et la crédibilité nécessaire pour mobiliser les citoyens, organisations de la société civile ou les Etats.
Comment l'Europe peut-elle assurer un soutien financier généreux pour la construction de la gouvernance et la capacitation, s’il n'y a pas de position européenne commune en ce qui concerne le financement de l'ONU et ses organes?
Dans le droit fil de sa tradition, l'UE peut et doit proposer et promouvoir une participation large et profonde de la société civile dans le processus de réalisation du développement durable aux niveaux européen, national, régional et local. Ce faisant l'Europe poursuivra cet objectif principal au sein de son territoire et fournira des exemples et des modèles de gouvernance qui peuvent être utiles et inspirer au niveau international.
En parallèle, l'UE peut promouvoir l'intégration des responsabilités de durabilité dans la responsabilité sociale des entreprises, améliorer et élargir le cadre conceptuel de son action.
Tout aussi important serait d'intégrer la stratégie de développement durable dans la stratégie européenne à 2020, pour surmonter une approche fragmentée et sectorielle du développement durable ».
Téléchargeable en anglais (Fiche 30 avril 2011) http://www.pactes-locaux.org/
3- à la feuille de route du Réseau européen de l’Economie sociale et solidaire qui organise son congrès de fondation en les 9 et 10 septembre 2011 à Barcelone. Les P’ACTES co-animent un groupe de travail avec le Réseau d’économie solidaire Catalan « Xarxa d'economia solidària » (XES) « ESS, développement territorial, souveraineté alimentaire : quelles convergences existent pour construire collectivement ? ». http://wiki.ripesseu.net/index.php/Groupe_de_travail_3
4. à des informations dans l’agenda international du Bulletin,
Informations sur la mobilisation des sociétés civiles :
L’article 21 de la résolution 64/236 de mars 2010 : "Engage tous les grands groupes à participer activement aux activités préparatoires, à toutes les étapes". Un stake-holder forum est organisé en amont pour promouvoir la participation des organisations de la société civile qui sont en lien avec l’ONU. Rappelons que dans la définition onusienne les groupes majeurs de la société civile sont les ONG, les syndicats, les entreprises, les autorités locales, les communautés scientifiques, les femmes, les jeunes, les paysans, les peuples autochtones. http://www.earthsummit2012.org
Mobilisations engagées :
Le 3 novembre 2010, un Comité de facilitation de la société civile brésilienne a été constitué à l’initiative des organisations environnementales et sociales et des mouvements sociaux brésiliens. Il est appelé «Sommet des peuples» et porte «la marque de l'autonomie. Il combinera la pluralité avec la possibilité de dialogue avec les officiels et les autres secteurs dynamiques".
http://www.ong-ngo.org/IMG/pdf/CALL_FOR_CSFC_RIO20_final.pdf
http://vitaecivilis.org/rio2012/images/stories/pub/Venez_reinventer_le_monde_a_Rio.pdf
Ce sommet des peuples est en grande partie initié et soutenu par IBASE (Instituto Brasileiro de Análises Sociais e Econômicas) (en portugais) http://www.ibase.br/
La Fondation pour le Progrès de l’Homme pour sa part met ses ressources et celles de plusieurs de ses partenaires au service de la préparation de ce Sommet des peuples. Un site est ouvert qui "vise à donner une vision d'ensemble de la mobilisation internationale.
www.rio20.net en 4 langues
Martine Theveniaut
Pour en savoir plus (en français en partiellement en anglais)
www.association4d.org/
www.affinitiz.net/space/rio2012 est un espace créé afin de faciliter les échanges du Collectif Rio+20 et de favoriser les échanges de productions entre ses membres.
Les informations sont disponibles en anglais et portugais
Calendrier d’Evénements et Manifestation autour de la Conférence Rio-2012 http://collectif-france.rio20.net/files/2011/06/Agenda_RIO_20_2011_2012.pdf
Rapport PNUE sur l’Economie Verte : http://www.unep.org/greeneconomy
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements :
Paula Garuz Naval (Irlande) pour l’espagnol
Michel Colin (Brésil) pour le portugais
Évéline Poirier (Canada) pour l’anglais
Judith Hitchman (France) pour la révision en anglais
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
6/01/2011
Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #79
1ier Juin 2011
Sommaire
Déclaration du Consensus de Barcelone 1.0
Annonce de parution : RIPESS Info #18
Message de l’équipe éditoriale
Dix ans après ses débuts, le Forum Social Mondial a aidé la société civile à développer bien des réseaux maintenant reconnus internationalement. Mais la vocation du Forum n’a jamais été orientée vers l’action: le Forum est un lieu d’échanges et de maillage des réseaux. Ce fait a généré au cours des années une frustration bien compréhensible pour les réseaux qui souhaitent aller au-delà de la simple discussion. Ainsi, on a assisté à la création de certains réseaux qui œuvrent au-delà du Forum Social Mondial, même si beaucoup de leurs participants restent actifs au sein du processus du FSM. Tel est le cas par exemple de La Via Campesina et de l’Assemblée des Mouvements Sociaux qui regroupent beaucoup de réseaux.
Nous voulons vous faire part d’une des initiatives menées par des mouvements qui tout en participant, dans bien des cas aux processus du FSM lui-même, ont convenu de se réunir avec d’autres, pour une action intitulée Le Consensus de Barcelone. Étant donné leur grand nombre, il serait injuste d’en nommer certaines et pas les autres. Tous les noms des personnes et des structures se trouvent en annexe de la Déclaration en ligne à : www.barcelonaconsensus.org
Le processus du Consensus de Barcelone a débuté en 2008, impulsé par Marti Olivella de Nova à Barcelone, en Catalogne. Cette initiative est née du désir d’agir et de construire des alternatives durables. 250 chercheurs et leaders des mouvements sociaux du monde entier ont contribué à développer des objectifs partagés
Depuis le lancement de la Déclaration à Barcelone le 3 mai dernier, toute organisation peut signer le Consensus de Barcelone et choisir un ou plusieurs parmi les 67 objectifs afin de contribuer à la mise en œuvre d’un Plan de Transition. Il s’agit là d’une manière concrète de rendre possible la construction d’autres mondes, de s’assurer que les actions et alternatives sont fermement ancrées dans le développement local durable, ce qui correspond à la préoccupation centrale de notre Bulletin. Judith avait le privilège de participer à la rencontre du Consensus de Barcelone, comme souvent en sa capacité d’interprète. Il lui semblait que la Déclaration intéresserait tous nos lecteurs. Il s’agit d’une véritable approche mondiale, qui relie les actions qui pourront contribuer à un changement durable.
La cérémonie de lancement de la Déclaration fut un vrai évènement multiculturel. Au-delà des quatre langues «officielles» interprétées par l’équipe des volontaires (le catalan, l’espagnol, l’anglais et le français), les délégués qui ont pris part à la lecture cérémoniale ont lu une partie du texte dans leurs langues maternelles : kiswahili, bambara, chinois, hindi, letton, philippin, birman et togolais… ! Permettre aux gens de s’exprimer dans leur propre langue est une indication puissante des intentions du Consensus de Barcelone d’agir au niveau de la base.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Déclaration du Consensus de Barcelone 1.0
Engagement pour un monde juste et durable
Toutes les personnes ont le droit à une vie digne
par le simple fait d’être humains
La situation au niveau mondial est inacceptable: elle est structurellement violente, inéquitable et non durable. Nous vivons l’un des moments les plus critiques de notre histoire, de par l'ampleur et la profondeur de cette crise, laquelle sous-tend une grave crise de la conscience et de la responsabilité humaine. La majorité des dirigeants et gestionnaires actuels n’ont ni prétendu, ni été capables de modifier le système économique et décisionnel; et ils sont tout aussi incapables d’adopter les valeurs visant à orienter les transformations nécessaires.
Nous ne vivons pas une époque de changement, mais un changement d’époque. Les citoyen(ne)s et les communautés ont la capacité et la responsabilité d’agir face à la crise multiple dans laquelle nous nous retrouvons. Nous sommes conscients de l’apparition de nouvelles pratiques sociales, politiques et économiques ainsi que d’un réveil des peuples. Nous affirmons la souveraineté naturelle de toutes les personnes à décider de leur destinée.
Pour reconstruire un monde juste et durable, nous devons garantir que toutes les personnes disposent des ressources adaptées pour satisfaire leur besoins fondamentaux de manière durable et équitable.
Nous proposons un nouveau contrat social, politique et économique, promu par les citoyen(ne)s et les communautés, avec les gouvernements, les institutions et les entreprises qui souhaitent y adhérer afin de construire une alternative au Consensus de Washington.
Avec les propositions du Consensus de Barcelone et les actions qui les concrétisent progressivement, nous prétendons rendre possible en quelques années le passage d'une culture de contrainte, de domination, de violence et de guerre à une culture de dialogue, de conciliation, de partenariat et de paix. D'une culture de la force à une culture de la parole. Et ce, notamment grâce aux possibilités de participation électronique à distance et aux nouvelles politiques mises en œuvre dans certains pays.
Ce nouveau contrat social, que représente le Consensus de Barcelone , en appelle à notre capacité à répondre sans tarder à la nécessité de réorganiser nos sociétés en repensant la présence humaine sur Terre.
Nous proposons l’élaboration et la réalisation collective de plans de transition comme outils pour la mise en place de processus fermes et non-violents. Ceci implique des objectifs, des moyens et un calendrier pour leur exécution.
Nous lançons un appel à toutes les personnes de toutes les communautés pour qu'elles s’engagent librement et en toute conscience à mettre en place leur Plan de Transition dans leurs territoires et secteurs d’activité respectifs (quartier, village, pays, région, organisation, secteur...). Nous exhortons tous les citoyen(ne)s du monde à inventer et construire ensemble un avenir juste et durable pour l’humanité.
Ces plans permettront à chaque personne ou groupe de personnes de choisir quelques uns des objectifs communs pour mener à bien les transitions suivantes:
1. Transition vers une démocratie participative et délibérative afin:
De promouvoir l’implication des citoyen(ne)s dans le choix des orientations politiques pour la gestion des ressources et leur distribution équitable.
D'éviter une mauvaise ou insuffisante application des lois et renforcer la légitimité de l'État de droit.
De garantir l’accès aux services sociaux, de santé, d'éducation et la défense du bien commun pour le bien être de toutes les populations.
De prévenir la corruption et améliorer la gestion publique, par le biais de budgets participatifs, de systèmes d’information et d’administration publique garantissant le droit d’accès à l’information, la transparence et l’obligation des gouvernements à rendre des comptes.
De faciliter la participation des femmes et des secteurs les plus vulnérables à la prise de décision collective tout en favorisant, dans les pratiques et au sein des organisations démocratiques, une représentativité effective et paritaire des femmes et des hommes dans tous les domaines.
2. Transition vers une durabilité environnementale afin:
De restaurer la vision de la vie humaine comme étant interdépendante et intrinsèquement liée aux êtres vivants, à la nature, au soleil, à l’air, à l’eau et à la terre.
De générer un nouveau mode de vie durable, une consommation responsable et promouvoir l’utilisation des énergies renouvelables, en diminuant progressivement l’usage des combustibles fossiles et radioactifs.
De favoriser des modèles de régénération et de déconcentration des peuplements humains.
D'adopter et d'appliquer plus rigoureusement des politiques fiscales favorisant la durabilité, au niveau national et mondial, en recourant à des taxes, à des sanctions et à des mesures d’incitation tant sur le plan environnemental que social.
De protéger les droits des générations présentes et futures et d'élargir les compétences de la Cour Pénale Internationale aux délits environnementaux et économiques.
3. Transition vers une économie sociale, équitable et durable afin:
• De repenser le système économique et le mode de vie qui lui est associé de manière drastique, et remplacer les indicateurs économiques biaisés.
• D'empêcher l’accaparement des terres et des ressources naturelles ainsi que la concentration de richesses, de propriété et de pouvoir, en appliquant le principe de « Qui possède ou gagne plus, paye plus ».
• De garantir le droit à un travail digne , à une rétribution adéquate et à un revenu citoyen minimum, reconnus comme des droits humains.
• De sortir des politiques d'aide au développement, devenues un moyen d’exploitation des peuples et des ressources, et établir un système mondial d'échanges basé sur la solidarité.
• De remplacer la concurrence sauvage par la coopération et l'autogestion, en promouvant la relocalisation de la production et des services.
4. Transition vers un système financier non-spéculatif afin:
• D'interdire les activités financières spéculatives, de taxer les transactions financières et de supprimer de manière effective les paradis fiscaux.
• De limiter l'endettement public auprès du système financier privé, en récupérant la souveraineté financière au travers de la capacité publique, sociale et transparente de création monétaire.
• D'éviter que l'argent ne soit un moyen d'accumuler ressources et profits, en introduisant des systèmes monétaires alternatifs et transparents sous contrôle social et public.
• De libérer les peuples de l’esclavage de la dette extérieure publique, par la renégociation, l’abandon ou l’annulation unilatérale des créances.
• D'empêcher que les banques ne soutiennent des entreprises ou des projets nocifs à la vie et à la planète, notamment en favorisant la finance éthique.
5. Transition vers une société des savoirs partagés et de communication démocratique afin:
• De considérer et valoriser le savoir et la capacité à le produire comme un patrimoine commun de l'humanité,
• D'empêcher le contrôle des ressources intellectuelles, des médias et des systèmes de communication par les grandes multinationales et les partis politiques, notamment en soutenant des médias indépendants au service des populations.
• D'éviter toute manipulation de la société émergente de l'information et de la communication, en favorisant son accès et son contrôle à toutes les personnes.
De promouvoir des modèles plus ouverts de recherche scientifique transdisciplinaire, et l’échange des connaissances.
De prioriser le droit à la santé et à la vie, ainsi que le droit des peuples à fournir à leurs membres les traitements médicaux nécessaires, en faisant fi des brevets existants.
6. Transition vers un monde qui dépasse la guerre et la violence afin:
• D'avancer vers un monde plus pacifique en luttant contre les causes structurelles de la guerre et de la violence.
• De promouvoir la coexistence pacifique, la tolérance et le respect de la diversité sexuelle, religieuse, ethnique, linguistique et culturelle; et lutter contre le patriarcat, le fémicide, les préjugés raciaux et la ségrégation de caste.
• D'avancer vers le désarmement, notamment en interdisant toutes les armes de destruction massive.
• D'éliminer structurellement l'impunité des trafics d’êtres humains, d'organes, d'armes, de drogues et de capitaux d'origine criminelle.
• De renforcer le droit des peuples et des communautés à la résistance contre l'injustice.
7. Transition vers une gouvernance mondiale démocratique afin:
• D'éviter la ploutocratie - le pouvoir de l'argent - en avançant vers un système inclusif de gouvernance mondiale démocratique, basé sur l'intérêt des êtres humains et non sur les intérêts nationaux, en réformant le Système des Nations Unies.
• De garantir la sécurité au niveau mondial et l'action coordonnée pour réduire l'impact des catastrophes (naturelles ou provoquées par l'Homme).
• De garantir que les normes et instances de régulation internationales agissent dans l’intérêt public et en accord avec les nouveaux objectifs sociaux, environnementaux et humains du « buen vivir» .
• De protéger les droits humains des migrants et d'ouvrir progressivement les flux migratoires, comme un premier pas vers la libre circulation des personnes.
• De sortir du désordre financier mondial provoqué par les spéculateurs et Institutions Financières Internationales en créant un nouveau système financier international et de réserves monétaires mondiales.
Alors que nous avançons vers ces transitions, nous nous engageons à entreprendre des actions d'urgence afin:
• De mettre un terme, à l’échelle locale et mondiale, à la faim, à la malnutrition et au manque d'eau potable et d’assainissement.
• De faire face aux dommages causés par le « développement » et le changement climatique dans les pays appauvris.
• D'éviter le recours aux interventions armées et aux guerres, y compris celles faites au nom de la « démocratie ».
Nous entendons financer les objectifs communs que nous proposons par la réduction des dépenses en armement, corruption, paradis fiscaux, trafics illégaux et par l’augmentation de ressources en crédit social, création monétaire publique, taxes sur les transactions financières, impôts sur la durabilité et sur les grandes fortunes.
En tant qu’individus ou groupes en transition, nous nous engageons à exercer nos droits de citoyens et à ne pas coopérer, ni collaborer, ni acheter, ni servir, ni obéir... avec les organisations et institutions qui empêchent ou entravent les transitions.
Chaque personne ou groupe de personnes prend ainsi la responsabilité de choisir les objectifs et de mener à bien ses propres transitions , tout comme de partager ses propositions, actions et résultats avec la communauté qui se forme autour de cette déclaration.
Chaque organisation peut, de plus, s’engager sur une base annuelle, à participer à une Consultation pour proposer, soutenir et mener à bien une Action Commune Transformatrice (ACT!) .
Pour tout cela :
NOUS NOUS ENGAGEONS
A DEFINIR, PRENDRE PART ET MENER A BIEN
DES PLANS DE TRANSITION POUR UN MONDE JUSTE ET DURABLE
Barcelone, le 3 mai 2011
www.barcelonaconsensus.org
Annonce de parution : RIPESS Info #18
Le Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS) vient de publier RIPESS Info #18.
Disponible en français, anglais et espagnol à l’adresse suivante :
http://www.chantier.qc.ca/?module=document&uid=1034
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements :
Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol
Michel Colin (Brésil) pour le portugais
Judith Hitchman (France) pour l’anglais
Évéline Poirier (Canada) pour la révision des textes en français et en anglais
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca
Bulletin d’information #79
1ier Juin 2011
Sommaire
Déclaration du Consensus de Barcelone 1.0
Annonce de parution : RIPESS Info #18
Message de l’équipe éditoriale
Dix ans après ses débuts, le Forum Social Mondial a aidé la société civile à développer bien des réseaux maintenant reconnus internationalement. Mais la vocation du Forum n’a jamais été orientée vers l’action: le Forum est un lieu d’échanges et de maillage des réseaux. Ce fait a généré au cours des années une frustration bien compréhensible pour les réseaux qui souhaitent aller au-delà de la simple discussion. Ainsi, on a assisté à la création de certains réseaux qui œuvrent au-delà du Forum Social Mondial, même si beaucoup de leurs participants restent actifs au sein du processus du FSM. Tel est le cas par exemple de La Via Campesina et de l’Assemblée des Mouvements Sociaux qui regroupent beaucoup de réseaux.
Nous voulons vous faire part d’une des initiatives menées par des mouvements qui tout en participant, dans bien des cas aux processus du FSM lui-même, ont convenu de se réunir avec d’autres, pour une action intitulée Le Consensus de Barcelone. Étant donné leur grand nombre, il serait injuste d’en nommer certaines et pas les autres. Tous les noms des personnes et des structures se trouvent en annexe de la Déclaration en ligne à : www.barcelonaconsensus.org
Le processus du Consensus de Barcelone a débuté en 2008, impulsé par Marti Olivella de Nova à Barcelone, en Catalogne. Cette initiative est née du désir d’agir et de construire des alternatives durables. 250 chercheurs et leaders des mouvements sociaux du monde entier ont contribué à développer des objectifs partagés
Depuis le lancement de la Déclaration à Barcelone le 3 mai dernier, toute organisation peut signer le Consensus de Barcelone et choisir un ou plusieurs parmi les 67 objectifs afin de contribuer à la mise en œuvre d’un Plan de Transition. Il s’agit là d’une manière concrète de rendre possible la construction d’autres mondes, de s’assurer que les actions et alternatives sont fermement ancrées dans le développement local durable, ce qui correspond à la préoccupation centrale de notre Bulletin. Judith avait le privilège de participer à la rencontre du Consensus de Barcelone, comme souvent en sa capacité d’interprète. Il lui semblait que la Déclaration intéresserait tous nos lecteurs. Il s’agit d’une véritable approche mondiale, qui relie les actions qui pourront contribuer à un changement durable.
La cérémonie de lancement de la Déclaration fut un vrai évènement multiculturel. Au-delà des quatre langues «officielles» interprétées par l’équipe des volontaires (le catalan, l’espagnol, l’anglais et le français), les délégués qui ont pris part à la lecture cérémoniale ont lu une partie du texte dans leurs langues maternelles : kiswahili, bambara, chinois, hindi, letton, philippin, birman et togolais… ! Permettre aux gens de s’exprimer dans leur propre langue est une indication puissante des intentions du Consensus de Barcelone d’agir au niveau de la base.
Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut
Déclaration du Consensus de Barcelone 1.0
Engagement pour un monde juste et durable
Toutes les personnes ont le droit à une vie digne
par le simple fait d’être humains
La situation au niveau mondial est inacceptable: elle est structurellement violente, inéquitable et non durable. Nous vivons l’un des moments les plus critiques de notre histoire, de par l'ampleur et la profondeur de cette crise, laquelle sous-tend une grave crise de la conscience et de la responsabilité humaine. La majorité des dirigeants et gestionnaires actuels n’ont ni prétendu, ni été capables de modifier le système économique et décisionnel; et ils sont tout aussi incapables d’adopter les valeurs visant à orienter les transformations nécessaires.
Nous ne vivons pas une époque de changement, mais un changement d’époque. Les citoyen(ne)s et les communautés ont la capacité et la responsabilité d’agir face à la crise multiple dans laquelle nous nous retrouvons. Nous sommes conscients de l’apparition de nouvelles pratiques sociales, politiques et économiques ainsi que d’un réveil des peuples. Nous affirmons la souveraineté naturelle de toutes les personnes à décider de leur destinée.
Pour reconstruire un monde juste et durable, nous devons garantir que toutes les personnes disposent des ressources adaptées pour satisfaire leur besoins fondamentaux de manière durable et équitable.
Nous proposons un nouveau contrat social, politique et économique, promu par les citoyen(ne)s et les communautés, avec les gouvernements, les institutions et les entreprises qui souhaitent y adhérer afin de construire une alternative au Consensus de Washington.
Avec les propositions du Consensus de Barcelone et les actions qui les concrétisent progressivement, nous prétendons rendre possible en quelques années le passage d'une culture de contrainte, de domination, de violence et de guerre à une culture de dialogue, de conciliation, de partenariat et de paix. D'une culture de la force à une culture de la parole. Et ce, notamment grâce aux possibilités de participation électronique à distance et aux nouvelles politiques mises en œuvre dans certains pays.
Ce nouveau contrat social, que représente le Consensus de Barcelone , en appelle à notre capacité à répondre sans tarder à la nécessité de réorganiser nos sociétés en repensant la présence humaine sur Terre.
Nous proposons l’élaboration et la réalisation collective de plans de transition comme outils pour la mise en place de processus fermes et non-violents. Ceci implique des objectifs, des moyens et un calendrier pour leur exécution.
Nous lançons un appel à toutes les personnes de toutes les communautés pour qu'elles s’engagent librement et en toute conscience à mettre en place leur Plan de Transition dans leurs territoires et secteurs d’activité respectifs (quartier, village, pays, région, organisation, secteur...). Nous exhortons tous les citoyen(ne)s du monde à inventer et construire ensemble un avenir juste et durable pour l’humanité.
Ces plans permettront à chaque personne ou groupe de personnes de choisir quelques uns des objectifs communs pour mener à bien les transitions suivantes:
1. Transition vers une démocratie participative et délibérative afin:
De promouvoir l’implication des citoyen(ne)s dans le choix des orientations politiques pour la gestion des ressources et leur distribution équitable.
D'éviter une mauvaise ou insuffisante application des lois et renforcer la légitimité de l'État de droit.
De garantir l’accès aux services sociaux, de santé, d'éducation et la défense du bien commun pour le bien être de toutes les populations.
De prévenir la corruption et améliorer la gestion publique, par le biais de budgets participatifs, de systèmes d’information et d’administration publique garantissant le droit d’accès à l’information, la transparence et l’obligation des gouvernements à rendre des comptes.
De faciliter la participation des femmes et des secteurs les plus vulnérables à la prise de décision collective tout en favorisant, dans les pratiques et au sein des organisations démocratiques, une représentativité effective et paritaire des femmes et des hommes dans tous les domaines.
2. Transition vers une durabilité environnementale afin:
De restaurer la vision de la vie humaine comme étant interdépendante et intrinsèquement liée aux êtres vivants, à la nature, au soleil, à l’air, à l’eau et à la terre.
De générer un nouveau mode de vie durable, une consommation responsable et promouvoir l’utilisation des énergies renouvelables, en diminuant progressivement l’usage des combustibles fossiles et radioactifs.
De favoriser des modèles de régénération et de déconcentration des peuplements humains.
D'adopter et d'appliquer plus rigoureusement des politiques fiscales favorisant la durabilité, au niveau national et mondial, en recourant à des taxes, à des sanctions et à des mesures d’incitation tant sur le plan environnemental que social.
De protéger les droits des générations présentes et futures et d'élargir les compétences de la Cour Pénale Internationale aux délits environnementaux et économiques.
3. Transition vers une économie sociale, équitable et durable afin:
• De repenser le système économique et le mode de vie qui lui est associé de manière drastique, et remplacer les indicateurs économiques biaisés.
• D'empêcher l’accaparement des terres et des ressources naturelles ainsi que la concentration de richesses, de propriété et de pouvoir, en appliquant le principe de « Qui possède ou gagne plus, paye plus ».
• De garantir le droit à un travail digne , à une rétribution adéquate et à un revenu citoyen minimum, reconnus comme des droits humains.
• De sortir des politiques d'aide au développement, devenues un moyen d’exploitation des peuples et des ressources, et établir un système mondial d'échanges basé sur la solidarité.
• De remplacer la concurrence sauvage par la coopération et l'autogestion, en promouvant la relocalisation de la production et des services.
4. Transition vers un système financier non-spéculatif afin:
• D'interdire les activités financières spéculatives, de taxer les transactions financières et de supprimer de manière effective les paradis fiscaux.
• De limiter l'endettement public auprès du système financier privé, en récupérant la souveraineté financière au travers de la capacité publique, sociale et transparente de création monétaire.
• D'éviter que l'argent ne soit un moyen d'accumuler ressources et profits, en introduisant des systèmes monétaires alternatifs et transparents sous contrôle social et public.
• De libérer les peuples de l’esclavage de la dette extérieure publique, par la renégociation, l’abandon ou l’annulation unilatérale des créances.
• D'empêcher que les banques ne soutiennent des entreprises ou des projets nocifs à la vie et à la planète, notamment en favorisant la finance éthique.
5. Transition vers une société des savoirs partagés et de communication démocratique afin:
• De considérer et valoriser le savoir et la capacité à le produire comme un patrimoine commun de l'humanité,
• D'empêcher le contrôle des ressources intellectuelles, des médias et des systèmes de communication par les grandes multinationales et les partis politiques, notamment en soutenant des médias indépendants au service des populations.
• D'éviter toute manipulation de la société émergente de l'information et de la communication, en favorisant son accès et son contrôle à toutes les personnes.
De promouvoir des modèles plus ouverts de recherche scientifique transdisciplinaire, et l’échange des connaissances.
De prioriser le droit à la santé et à la vie, ainsi que le droit des peuples à fournir à leurs membres les traitements médicaux nécessaires, en faisant fi des brevets existants.
6. Transition vers un monde qui dépasse la guerre et la violence afin:
• D'avancer vers un monde plus pacifique en luttant contre les causes structurelles de la guerre et de la violence.
• De promouvoir la coexistence pacifique, la tolérance et le respect de la diversité sexuelle, religieuse, ethnique, linguistique et culturelle; et lutter contre le patriarcat, le fémicide, les préjugés raciaux et la ségrégation de caste.
• D'avancer vers le désarmement, notamment en interdisant toutes les armes de destruction massive.
• D'éliminer structurellement l'impunité des trafics d’êtres humains, d'organes, d'armes, de drogues et de capitaux d'origine criminelle.
• De renforcer le droit des peuples et des communautés à la résistance contre l'injustice.
7. Transition vers une gouvernance mondiale démocratique afin:
• D'éviter la ploutocratie - le pouvoir de l'argent - en avançant vers un système inclusif de gouvernance mondiale démocratique, basé sur l'intérêt des êtres humains et non sur les intérêts nationaux, en réformant le Système des Nations Unies.
• De garantir la sécurité au niveau mondial et l'action coordonnée pour réduire l'impact des catastrophes (naturelles ou provoquées par l'Homme).
• De garantir que les normes et instances de régulation internationales agissent dans l’intérêt public et en accord avec les nouveaux objectifs sociaux, environnementaux et humains du « buen vivir» .
• De protéger les droits humains des migrants et d'ouvrir progressivement les flux migratoires, comme un premier pas vers la libre circulation des personnes.
• De sortir du désordre financier mondial provoqué par les spéculateurs et Institutions Financières Internationales en créant un nouveau système financier international et de réserves monétaires mondiales.
Alors que nous avançons vers ces transitions, nous nous engageons à entreprendre des actions d'urgence afin:
• De mettre un terme, à l’échelle locale et mondiale, à la faim, à la malnutrition et au manque d'eau potable et d’assainissement.
• De faire face aux dommages causés par le « développement » et le changement climatique dans les pays appauvris.
• D'éviter le recours aux interventions armées et aux guerres, y compris celles faites au nom de la « démocratie ».
Nous entendons financer les objectifs communs que nous proposons par la réduction des dépenses en armement, corruption, paradis fiscaux, trafics illégaux et par l’augmentation de ressources en crédit social, création monétaire publique, taxes sur les transactions financières, impôts sur la durabilité et sur les grandes fortunes.
En tant qu’individus ou groupes en transition, nous nous engageons à exercer nos droits de citoyens et à ne pas coopérer, ni collaborer, ni acheter, ni servir, ni obéir... avec les organisations et institutions qui empêchent ou entravent les transitions.
Chaque personne ou groupe de personnes prend ainsi la responsabilité de choisir les objectifs et de mener à bien ses propres transitions , tout comme de partager ses propositions, actions et résultats avec la communauté qui se forme autour de cette déclaration.
Chaque organisation peut, de plus, s’engager sur une base annuelle, à participer à une Consultation pour proposer, soutenir et mener à bien une Action Commune Transformatrice (ACT!) .
Pour tout cela :
NOUS NOUS ENGAGEONS
A DEFINIR, PRENDRE PART ET MENER A BIEN
DES PLANS DE TRANSITION POUR UN MONDE JUSTE ET DURABLE
Barcelone, le 3 mai 2011
www.barcelonaconsensus.org
Annonce de parution : RIPESS Info #18
Le Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS) vient de publier RIPESS Info #18.
Disponible en français, anglais et espagnol à l’adresse suivante :
http://www.chantier.qc.ca/?module=document&uid=1034
Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/
Remerciements :
Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol
Michel Colin (Brésil) pour le portugais
Judith Hitchman (France) pour l’anglais
Évéline Poirier (Canada) pour la révision des textes en français et en anglais
Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca


